Les contemplations, 1855· Livre sixième Au bord de l’infini
XXII. Ce que c’est que la mort
Ne dites pas : mourir ;‖ dites : naître. Croyez.On voit ce que je vois‖ et ce que vous voyez ;On est l'homme mauvais‖ que je suis, que vous êtes ;On se rue aux plaisirs,‖ aux tourbillons, aux fêtes ;On tâche d'oublier‖ le bas, la fin, l'écueil,La sombre égalité‖ du mal et du cercueil ;Quoique le plus petit‖ vaille le plus prospère ;Car tous les hommes sont‖ les fils du même père ;Ils sont la même larme‖ et sortent du même œil.On vit, usant ses jours‖ à se remplir d'orgueil ;On marche, on court, on rêve,‖ on souffre, on penche, on tombe,On monte. Quelle est donc‖ cette aube ? C'est la tombe.Où suis-je ? Dans la mort.‖ Viens ! Un vent inconnuVous jette au seuil des cieux.‖ On tremble ; on se voit nu,Impur, hideux, noué‖ des mille nœuds funèbresDe ses torts, de ses maux‖ honteux, de ses ténèbres ;Et soudain on entend‖ quelqu'un dans l'infiniQui chante, et par quelqu'un‖ on sent qu'on est béni,Sans voir la main d'où tombe‖ à notre âme méchanteL'amour, et sans savoir‖ quelle est la voix qui chante.On arrive homme, deuil,‖ glaçon, neige ; on se sentFondre et vivre ; et, d'extase‖ et d'azur s'emplissant,Tout notre être frémit‖ de la défaite étrangeDu monstre qui devient‖ dans la lumière un ange.
Au dolmen de la tour Blanche, jour des Morts, novembre 1854.
Versification
- Forme
- 1 distiques (distiques)
- Rimes
- 12((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 1 distiques
- Mots à la rime
- a Croyez / voyez masculine, classiqueb êtes / fêtes féminine, classiquec l'écueil / cercueil masculine, classiqued prospère / père féminine, classiquee œil / d'orgueil masculine, classiquef tombe féminine, classiqueg inconnu / nu masculine, classiqueh funèbres / ténèbres féminine, classiquei l'infini / béni masculine, classiquej méchante / chante féminine, classiquek sent / s'emplissant masculine, classiquel étrange / ange féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
24 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Contemplations, Éditions Classique Garnier, 1950· numérisation Enclitt Encyclopédie de la littérature française (Rue des Écoles)· Sources