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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les contemplations, 1855· Livre sixième Au bord de l’infini

XXVI. Ce que dit la bouche d’ombre

Victor Hugo· strophes variées, alexandrins surtout, 800 vers

L'homme en songeant descend‖ au gouffre universel.J'errais près du dolmen‖ qui domine Rozel,À l'endroit où le cap‖ se prolonge en presqu'île.Le spectre m'attendait ;‖ l'être sombre et tranquilleMe prit par les cheveux‖ dans sa main qui grandit,M'emporta sur le haut‖ du rocher, et me dit :

Sache que tout connaît‖ sa loi, son but, sa route ;Que, de l'astre au ciron,‖ l'immensité s'écoute ;Que tout a conscience‖ en la création ;Et l'oreille pourrait‖ avoir sa vision,Car les choses et l'être‖ ont un grand dialogue.Tout parle ; l'air qui passe‖ et l'alcyon qui vogue,Le brin d'herbe, la fleur,‖ le germe, l'élément.T'imaginais-tu donc‖ l'univers autrement ?Crois-tu que Dieu, par qui‖ la forme sort du nombre,Aurait fait à jamais‖ sonner la forêt sombre,L'orage, le torrent‖ roulant de noirs limons,Le rocher dans les flots,‖ la bête dans les monts,La mouche, le buisson,‖ la ronce où croît la mûre,Et qu'il n'aurait rien mis‖ dans l'éternel murmure ?Crois-tu que l'eau du fleuve‖ et les arbres des bois,S'ils n'avaient rien à dire,‖ élèveraient la voix ?Prends-tu le vent des mers‖ pour un joueur de flûte ?Crois-tu que l'océan,‖ qui se gonfle et qui lutte,Serait content d'ouvrir‖ sa gueule jour et nuitPour souffler dans le vide‖ une vapeur de bruit,Et qu'il voudrait rugir,‖ sous l'ouragan qui vole,Si son rugissement‖ n'était une parole ?Crois-tu que le tombeau,‖ d'herbe et de nuit vêtu,Ne soit rien qu'un silence ?‖ et te figures-tuQue la création‖ profonde, qui composeSa rumeur des frissons‖ du lys et de la rose,De la foudre, des flots,‖ des souffles du ciel bleu,Ne sait ce qu'elle dit‖ quand elle parle à Dieu ?Crois-tu qu'elle ne soit‖ qu'une langue épaissie ?Crois-tu que la nature‖ énorme balbutie,Et que Dieu se serait,‖ dans son immensité,Donné pour tout plaisir,‖ pendant l'éternité,D'entendre bégayer‖ une sourde-muette ?Non, l'abîme est un prêtre‖ et l'ombre est un poëte ;Non, tout est une voix‖ et tout est un parfum ;Tout dit dans l'infini‖ quelque chose à quelqu'un ;Une pensée emplit‖ le tumulte superbe.Dieu n'a pas fait un bruit‖ sans y mêler le Verbe.Tout, comme toi, gémit,‖ ou chante comme moi ;Tout parle. Et maintenant,‖ homme, sais-tu pourquoiTout parle ? Écoute bien.‖ C'est que vents, ondes, flammes,Arbres, roseaux, rochers, tout vit !

Tout est plein d’âmes.

Mais comment ? Oh ! voilà‖ le mystère inouï.Puisque tu ne t'es pas‖ en route évanoui,Causons.

Dieu n’a créé que l’être impondérable.Il le fit radieux,‖ beau, candide, adorable,Mais imparfait ; sans quoi,‖ sur la même hauteur,La créature étant‖ égale au créateur,Cette perfection,‖ dans l'infini perdue,Se serait avec Dieu‖ mêlée et confondue,Et la création,‖ à force de clarté,En lui serait rentrée‖ et n'aurait pas été.La création sainte‖ où rêve le prophète,Pour être, ô profondeur !‖ devait être imparfaite.

Donc, Dieu fit l'univers,‖ l'univers fit le mal.

L'être créé, paré‖ du rayon baptismal,En des temps dont nous seuls‖ conservons la mémoire,Planait dans la splendeur‖ sur des ailes de gloire ;Tout était chant, encens,‖ flamme, éblouissement ;L'être errait, aile d'or,‖ dans un rayon charmant,Et de tous les parfums‖ tour à tour était l'hôte ;Tout nageait, tout volait.

Or, la première fauteFut le premier poids.Dieu senti une douleur.Le poids prit une forme,‖ et, comme l'oiseleurFuit emportant l'oiseau‖ qui frisonne et qui lutte,Il tomba, traînant l'ange‖ éperdu dans sa chute.Le mal était fait. Puis‖ tout alla s'aggravant ;Et l'éther devint l'air,‖ et l'air devint le vent ;L'ange devint l'esprit,‖ et l'esprit devint l'homme.L'âme tomba, des maux‖ multipliant la somme,Dans la brute, dans l'arbre,‖ et même, au-dessous d'eux,Dans le caillou pensif,‖ cet aveugle hideux.Êtres vils qu'à regret‖ les anges énumèrent !Et de tous ces amas‖ des globes se formèrent,Et derrière ces blocs‖ naquit la sombre nuit.Le mal, c'est la matière.‖ Arbre noir, fatal fruit.

Ne réfléchis-tu pas‖ lorsque tu vois ton ombre ?Cette forme de toi,‖ rampante, horrible, sombre,Qui, liée à tes pas‖ comme un spectre vivant,Va tantôt en arrière‖ et tantôt en avant,Qui se mêle à la nuit,‖ sa grande sœur funeste,Et qui contre le jour,‖ noire et dure, proteste,D'où vient-elle ? De toi,‖ de ta chair, du limonDont l'esprit se revêt‖ en devenant démon ;De ce corps qui, créé‖ par ta faute première,Ayant rejeté Dieu,‖ résiste à la lumière ;De ta matière, hélas !‖ de ton iniquité.Cette ombre dit : — Je suis‖ l'être d'infirmité ;Je suis tombé déjà ;‖ je puis tomber encore. —L'ange laisse passer‖ à travers lui l'aurore ;Nul simulacre obscur‖ ne suit l'être aromal ;Homme, tout ce qui fait‖ de l'ombre a fait le mal.

Maintenant, c'est ici‖ le rocher fatidique,Et je vais t'expliquer‖ tout ce que je t'indique ;Je vais t'emplir les yeux‖ de nuit et de lueurs.Prépare-toi, front triste,‖ aux funèbres sueurs.Le vent d'en haut sur moi‖ passe, et, ce qu'il m'arrache,Je te le jette ; prends, et vois.

Et, d’abord, sacheQue le monde où tu vis‖ est un monde effrayantDevant qui le songeur,‖ sous l'infini ployant,Lève les bras au ciel‖ et recule terrible.Ton soleil est lugubre‖ et ta terre est horrible.Vous habitez le seuil‖ du monde châtiment.Mais vous n'êtes pas hors‖ de Dieu complètement ;Dieu, soleil dans l'azur,‖ dans la cendre étincelle,N'est hors de rien, étant‖ la fin universelle ;L'éclair est son regard,‖ autant que le rayon ;Et tout, même le mal,‖ est la création,Car le dedans du masque‖ est encor la figure.

— O sombre aile invisible‖ à l'immense envergure !Esprit ! esprit ! esprit !‖ m'écriai-je éperdu.Le spectre poursuivit‖ sans m'avoir entendu :

Faisons un pas de plus‖ dans ces choses profondes.

Homme, tu veux, tu fais,‖ tu construis et tu fondes,Et tu dis : — Je suis seul,‖ car je suis le penseur.L'univers n'a que moi‖ dans sa morne épaisseur.En deçà, c'est la nuit ;‖ au delà, c'est le rêve.L'idéal est un œil‖ que la science crève.C'est moi qui suis la fin‖ et qui suis le sommet. —Voyons ; observes-tu‖ le bœuf qui se soumet ?Écoutes-tu le bruit‖ de ton pas sur les marbres ?Interroges-tu l'onde ?‖ et, quand tu vois des arbres,Parles-tu quelquefois‖ à ces religieux ?Comme sur le versant‖ d'un mont prodigieux,Vaste mêlée aux bruits‖ confus, du fond de l'ombre,Tu vois monter à toi‖ la création sombre.Le rocher est plus loin,‖ l'animal est plus près.Comme le faite altier‖ et vivant, tu parais !Mais, dis, crois-tu que l'être‖ illogique nous trompe ?L'échelle que tu vois,‖ crois-tu qu'elle se rompe ?Crois-tu, toi dont les sens‖ d'en haut sont éclairés,Que la création‖ qui, lente et par degrés,S'élève à la lumière,‖ et, dans sa marche entière,Fait de plus de clarté‖ luire moins de matièreEt mêle plus d'instincts‖ au monstre décroissant,Crois-tu que cette vie‖ énorme, remplissantDe souffles le feuillage‖ et de lueurs la tête,Qui va du roc à l'arbre‖ et de l'arbre à la bête,Et de la pierre à toi‖ monte insensiblement,S'arrête sur l'abîme‖ à l'homme, escarpement ?Non, elle continue,‖ invincible, admirable,Entre dans l'invisible‖ et dans l'impondérable,Y disparaît pour toi,‖ chair vile, emplit l'azurD'un monde éblouissant,‖ miroir du monde obscur,D'êtres voisins de l'homme‖ et d'autres qui s'éloignent,D'esprits purs, de voyants‖ dont les splendeurs témoignent,D'anges faits de rayons‖ comme l'homme d'instincts ;Elle plonge à travers‖ les cieux jamais atteints,Sublime ascension‖ d'échelles étoilées,Des démons enchaînés‖ monte aux âmes ailées,Fait toucher le front sombre‖ au radieux orteil,Rattache l'astre esprit‖ à l'archange soleil,Relie, en traversant‖ des millions de lieues,Les groupes constellés‖ et les légions bleues,Peuple le haut, le bas,‖ les bords et le milieu,Et dans les profondeurs‖ s'évanouit en Dieu !

Cette échelle apparaît‖ vaguement dans la vieEt dans la mort. Toujours‖ les justes l'ont gravie :Jacob en la voyant,‖ et Caton sans la voir.Ses échelons sont deuil,‖ sagesse, exil, devoir.

Et cette échelle vient‖ de plus loin que la terre.Sache qu'elle commence‖ aux mondes du mystère,Aux mondes des terreurs‖ et des perditions ;Et qu'elle vient, parmi‖ les pâles visions,Du précipice où sont‖ les larves et les crimes,Où la création,‖ effrayant les abîmes,Se prolonge dans l'ombre‖ en spectre indéfini.Car, au-dessous du globe‖ où vit l'homme banni,Hommes, plus bas que vous,‖ dans le nadir livide,Dans cette plénitude‖ horrible qu'on croit vide,Le mal, qui par la chair,‖ hélas ! vous asservit,Dégorge une vapeur‖ monstrueuse qui vit !Là, sombre et s'engloutit,‖ dans des flots de désastres,L'hydre Univers tordant‖ son corps écaillé d'astres ;Là, tout flotte et s'en va‖ dans un naufrage obscur ;Dans ce gouffre sans bord,‖ sans soupirail, sans mur,De tout ce qui vécut‖ pleut sans cesse la cendre ;Et l'on voit tout au fond,‖ quand l'œil ose y descendre,Au delà de la vie,‖ et du souffle et du bruit,Un affreux soleil noir‖ d'où rayonne la nuit !

Donc, la matière pend‖ à l'idéal, et tireL'esprit vers l'animal,‖ l'ange vers le satyre,Le sommet vers le bas,‖ l'amour vers l'appétit.Avec le grand qui croule‖ elle fait le petit.

Comment de tant d'azur‖ tant de terreur s'engendre,Comment le jour fait l'ombre‖ et le feu pur la cendre,Comment la cécité‖ peut naître du voyant,Comment le ténébreux‖ descend du flamboyant,Comment du monstre esprit‖ naît le monstre matière,Un jour, dans le tombeau,‖ sinistre vestiaire,Tu le sauras ; la tombe‖ est faite pour savoir ;Tu verras ; aujourd'hui,‖ tu ne peux qu'entrevoir ;Mais, puisque Dieu permet‖ que ma voix t'avertisse,Je te parle.

Et, d’abord, qu’est-ce que la justice ?Qui la rend ? qui la fait ?‖ où ? quand ? à quel moment ?Qui donc pèse la faute ?‖ et qui le châtiment ?

L'être créé se meut‖ dans la lumière immense.

Libre, il sait où le bien‖ cesse, où le mal commence ;Il a ses actions pour juges.

Il suffitQu'il soit méchant ou bon ;‖ tout est dit. Ce qu'on fit,Crime, est notre geôlier,‖ ou, vertu, nous délivre.L'être ouvre à son insu‖ de lui-même le livre ;Sa conscience calme‖ y marque avec le doigtCe que l'ombre lui garde‖ ou ce que Dieu lui doit.On agit, et l'on gagne‖ ou l'on perd à mesure ;On peut être étincelle‖ ou bien éclaboussure ;Lumière ou fange, archange‖ au vol d'aigle ou bandit ;L'échelle vaste est là.‖ Comme je te l'ai dit,Par des zones sans fin‖ la vie universelleMonte, et par des degrés‖ innombrables ruisselle,Depuis l'infâme nuit‖ jusqu'au charmant azur.L'être en la traversant‖ devient mauvais ou pur.En haut plane la joie ;‖ en bas l'horreur se traîne.Selon que l'âme, aimante,‖ humble, bonne, sereine,Aspire à la lumière‖ et tend vers l'idéal,Ou s'alourdit, immonde,‖ au poids croissant du mal,Dans la vie infinie‖ on monte et l'on s'élance,Ou l'on tombe ; et tout être‖ est sa propre balance.

Dieu ne nous juge point.‖ Vivant tous à la fois,Nous pesons, et chacun‖ descend selon son poids.

Homme ! nous n'approchons‖ que les paupières closes,De ces immensités d’en bas.

Viens, si tu l’oses !Regarde dans ce puits‖ morne et vertigineux,De la création‖ compte les sombres nœuds,Viens, vois, sonde :

Au-dessous de l’homme qui contemple,Qui peut être un cloaque‖ ou qui peut être un temple,Être en qui l'instinct vit‖ dans la raison dissous,Est l'animal courbé‖ vers la terre ; au-dessousDe la brute est la plante‖ inerte, sans paupièreEt sans cris ; au-dessous‖ de la plante est la pierre ;Au-dessous de la pierre‖ est le chaos sans nom.

Avançons dans cette ombre‖ et sois mon compagnon.

Toute faute qu'on fait‖ est un cachot qu'on s'ouvre.Les mauvais, ignorant‖ quel mystère les couvre,Les êtres de fureur,‖ de sang, de trahison,Avec leurs actions‖ bâtissent leur prison ;Tout bandit, quand la mort‖ vient lui toucher l'épauleEt l'éveille, hagard,‖ se retrouve en la geôleQue lui fit son forfait‖ derrière lui rampant ;Tibère en un rocher,‖ Séjan dans un serpent.

L'homme marche sans voir‖ ce qu'il fait dans l'abîme.L'assassin pâlirait‖ s'il voyait sa victime ;C'est lui. L'oppresseur vil,‖ le tyran sombre et fou,En frappant sans pitié‖ sur tous, forge le clouQui le clouera dans l'ombre‖ au fond de la matière.

Les tombeaux sont les trous‖ du crible cimetière,D'où tombe, graine obscure‖ en un ténébreux champ,L’effrayant tourbillon des âmes.

Tout méchantFait naître en expirant‖ le monstre de sa vie,Qui le saisit. L'horreur‖ par l'horreur est suivie.Nemrod gronde enfermé‖ dans la montagne à pic ;Quand Dalila descend‖ dans la tombe, un aspicSort des plis du linceul,‖ emportant l'âme fausse ;Phryné meurt, un crapaud‖ saute hors de la fosse ;Ce scorpion au fond‖ d'une pierre dormant,C'est Clytemnestre aux bras‖ d'Égisthe son amant ;Du tombeau d'Anitus‖ il sort une ciguë ;Le houx sombre et l'ortie‖ à la piqûre aiguëPleurent quand l'aquilon‖ les fouette, et l'aquilonLeur dit : Tais-toi, Zoïle !‖ et souffre, Ganelon !Dieu livre, choc affreux‖ dont la plaine au loin gronde,Au cheval Brunehaut‖ le pavé Frédégonde ;La pince qui rougit‖ dans le brasier hideuxEst faite du duc d'Albe‖ et de Philippe Deux ;Farinace est le croc‖ des noires boucheries ;L'orfraie au fond de l'ombre‖ a les yeux de Jeffryes ;Tristan est au secret‖ dans le bois d'un gibet.Quand tombent dans la mort‖ tous ces brigands, Macbeth,Ezzelin, Richard Trois,‖ Carrier, Ludovic Sforce,La matière leur met‖ la chemise de force.Oh ! comme en son bonheur,‖ qui masque un sombre arrêt,Messaline ou l'horrible‖ Isabeau frémiraitSi, dans ses actions‖ du sépulcre voisines,Cette femme sentait‖ qu'il lui vient des racines,Et qu'ayant été monstre,‖ elle deviendra fleur !À chacun son forfait !‖ à chacun sa douleur !Claude est l'algue que l'eau‖ traîne de havre en havre ;Xercès est excrément,‖ Charles Neuf est cadavre ;Hérode, c'est l'osier‖ des berceaux vagissants ;L'âme du noir Judas,‖ depuis dix-huit cents ans,Se disperse et renaît‖ dans les crachats des hommes ;Et le vent qui jadis‖ soufflait sur les SodomesMêle, dans l'âtre abject‖ et sous le vil chaudron,La fumée Érostrate‖ à la flamme Néron.

Et tout, bête, arbre et roche,‖ étant vivant sur terre,Tout est monstre, excepté‖ l'homme, esprit solitaire.

L'âme que sa noirceur‖ chasse du firmamentDescend dans les degrés‖ divers du châtimentSelon que plus ou moins‖ d'obscurité la gagne.L'homme en est la prison,‖ la bête en est le bagne,L'arbre en est le cachot,‖ la pierre en est l'enfer.Le ciel d'en haut, le seul‖ qui soit splendide et clair,La suit des yeux dans l'ombre,‖ et, lui jetant l'aurore,Tâche, en la regardant,‖ de l'attirer encore.O chute ! dans la bête,‖ à travers les barreauxDe l'instinct, obstruant‖ de pâles soupiraux,Ayant encor la voix,‖ l'essor et la prunelle,L'âme entrevoit de loin‖ la lueur éternelle ;Dans l'arbre elle frissonne,‖ et, sans jour et sans yeux,Sent encor dans le vent‖ quelque chose des cieux ;Dans la pierre elle rampe,‖ immobile, muette,Ne voyant même plus‖ l'obscure silhouetteDu monde qui s'éclipse‖ et qui s'évanouit,Et face à face avec‖ son crime dans la nuit.L'âme en ces trois cachots‖ traîne sa faute noire.Comme elle en a la forme,‖ elle en a la mémoire ;Elle sait ce qu'elle est ;‖ et, tombant sans appuis,Voit la clarté décroître‖ à la paroi du puits ;Elle assiste à sa chute ;‖ et, dur caillou qui roule,Pense : Je suis Octave ;‖ et, vil chardon qu'on foule,Crie au talon : Je suis‖ Attila le géant ;Et, ver de terre au fond‖ du charnier, et rongeantUn crâne infect et noir,‖ dit : Je suis Cléopâtre.Et, hibou, malgré l'aube,‖ ours, en bravant le pâtre,Elle accomplit la loi‖ qui l'enchaîne d'en haut ;Pierre, elle écrase ; épine,‖ elle pique ; il le faut.Le monstre est enfermé‖ dans son horreur vivante.Il aurait beau vouloir‖ dépouiller l'épouvante ;Il faut qu'il reste horrible‖ et reste châtié ;O mystère ! le tigre‖ a peut-être pitié !Le tigre sur son dos,‖ qui peut-être eut une aile,À l'ombre des barreaux‖ de la cage éternelle ;Un invisible fil‖ lie aux noirs échafaudsLe noir corbeau dont l'aile‖ est en forme de faulx ;L'âme louve ne peut‖ s'empêcher d'être louve,Car le monstre est tenu,‖ sous le ciel qui l'éprouve,Dans l'expiation‖ par la fatalité.Jadis, sans la comprendre‖ et d'un œil hébété,L'Inde a presque entrevu‖ cette métempsycose.La ronce devient griffe,‖ et la feuille de roseDevient langue de chat,‖ et, dans l'ombre et les cris,Horrible, lèche et boit‖ le sang de la souris ;Qui donc connaît le monstre‖ appelé mandragore ?Qui sait ce que, le soir,‖ éclaire le fulgore,Être en qui la laideur‖ devient une clarté ?Ce qui se passe en l'ombre‖ où croît la fleur d'étéEfface la terreur‖ des antiques avernesÉtages effrayants !‖ cavernes sur cavernes.Ruche obscure du mal,‖ du crime et du remord !

Donc, une bête va,‖ vient, rugit, hurle, mord ;Un arbre est là, dressant‖ ses branches hérissées,Une dalle s'effondre‖ au milieu des chausséesQue la charrette écrase‖ et que l'hiver détruit,Et, sous ces épaisseurs‖ de matière et de nuit,Arbre, bête, pavé,‖ poids que rien ne soulève,Dans cette profondeur‖ terrible, une âme rêve !Que fait-elle ? Elle songe à Dieu !

Fatalité !Échéance ! retour !‖ revers ! autre côté !O loi ! pendant qu'assis‖ à table, joyeux groupes,Les pervers, les puissants,‖ vidant toutes les coupes,Oubliant qu'aujourd'hui‖ par demain est guetté,Étalent leur mâchoire‖ en leur folle gaîté,Voilà ce qu'en sa nuit‖ muette et colossale,Montrant comme eux ses dents‖ tout au fond de la salle,Leur réserve la mort,‖ ce sinistre rieur !

Nous avons, nous, voyants‖ du ciel supérieur,Le spectacle inouï‖ de vos régions basses.O songeur, fallait-il‖ qu'en ces nuits tu tombasses !Nous écoutons le cri‖ de l'immense malheur.Au-dessus d'un rocher,‖ d'un loup ou d'une fleur,Parfois nous apparaît‖ l'âme à mi-corps sortie,Pauvre ombre en pleurs qui lutte,‖ hélas ! presque engloutie ;Le loup la tient, le roc‖ étreint ses pieds qu'il tord,Et la fleur implacable‖ et féroce la mord.Nous entendons le bruit‖ du rayon que Dieu lance,La voix de ce que l'homme‖ appelle le silence,Et vos soupirs profonds,‖ cailloux désespérés !Nous voyons la pâleur‖ de tous les fronts murés.À travers la matière,‖ affreux caveau sans portes,L'ange est pour nous visible‖ avec ses ailes mortes.Nous assistons aux deuils,‖ au blasphème, aux regrets,Aux fureurs ; et, la nuit,‖ nous voyons les forêts,D'où cherchent à s'enfuir‖ les larves enfermées,S'écheveler dans l'ombre‖ en lugubres fumées.Partout, partout, partout !‖ dans les flots, dans les bois,Dans l'herbe en fleurs, dans l'or‖ qui sert de sceptre aux rois,Dans le jonc dont Hermès‖ se fait une baguette,Partout le châtiment‖ contemple, observe ou guette,Sourd aux questions, triste,‖ affreux, pensif, hagard ;Et tout est l'œil d'où sort‖ ce terrible regard.

O châtiment ! dédale‖ aux spirales funèbres !Construction d'en bas‖ qui cherche les ténèbres,Plonge au-dessous du monde‖ et descend dans la nuit,Et, Babel renversée,‖ au fond de l'ombre fuit !

L'homme qui plane et rampe,‖ être crépusculaire,En est le milieu.

L’homme est clémence et colère ;Fond vil du puits, plateau‖ radieux de la tour ;Degré d'en haut pour l'ombre,‖ et d'en bas pour le jour.L'ange y descend, la bête‖ après la mort y monte ;Pour la bête, il est gloire,‖ et, pour l'ange, il est honte ;Dieu mêle en votre race,‖ hommes infortunés,Les demi-dieux punis‖ aux monstres pardonnés.

De là vient que, parfois,‖ — mystère que Dieu mène ! —On entend d'une bouche‖ en apparence humaineSortir des mots pareils‖ à des rugissements,Et que, dans d'autres lieux‖ et dans d'autres moments,On croit voir sur un front‖ s'ouvrir des ailes d'ange.

Roi forçat, l'homme, esprit,‖ pense, et, matière, mange.L'âme en lui ne se peut‖ dresser sur son séant.L'homme, comme la brute‖ abreuvé de néant,Vide toutes les nuits‖ le verre noir du somme.La chaîne de l'enfer,‖ liée au pied de l'homme,Ramène chaque jour‖ vers le cloaque impurLa beauté, le génie,‖ envolés dans l'azur,Mêle la peste au souffle‖ idéal des poitrines,Et traîne, avec Socrate,‖ Aspasie aux latrines.

Par un côté pourtant‖ l'homme est illimité.Le monstre a le carcan,‖ l'homme a la liberté.Songeur, retiens ceci :‖ l'homme est un équilibre.L'homme est une prison‖ où l'âme reste libre.L'âme, dans l'homme, agit,‖ fait le bien, fait le mal,Remonte vers l'esprit,‖ retombe à l'animal ;Et, pour que, dans son vol‖ vers les cieux, rien ne lieSa conscience ailée‖ et de Dieu seul remplie,Dieu, quand une âme éclôt‖ dans l'homme au bien poussé,Casse en son souvenir‖ le fil de son passé ;De là vient que la nuit‖ en sait plus que l'aurore.Le monstre se connaît‖ lorsque l'homme s'ignore.Le monstre est la souffrance,‖ et l'homme est l'action.L'homme est l'unique point‖ de la créationOù, pour demeurer libre‖ en se faisant meilleure,L'âme doive oublier‖ sa vie antérieure.Mystère ! au seuil de tout‖ l'esprit rêve ébloui.L'homme ne voit pas Dieu,‖ mais peut aller à lui,En suivant la clarté‖ du bien, toujours présente ;Le monstre, arbre, rocher‖ ou bête rugissante,Voit Dieu, c'est là sa peine,‖ et reste enchaîné loin.

L'homme a l'amour pour aile,‖ et pour joug le besoin.L'ombre est sur ce qu'il voit‖ par lui-même semée ;La nuit sort de son œil‖ ainsi qu'une fumée ;Homme, tu ne sais rien ;‖ tu marches, pâlissant !Parfois le voile obscur‖ qui te couvre, ô passant !S'envole et flotte au vent‖ soufflant d'une autre sphère,Gonfle un moment ses plis‖ jusque dans la lumière,Puis retombe sur toi,‖ spectre, et redevient noir.Tes sages, tes penseurs‖ ont essayé de voir ;Qu'ont-ils vu ? qu'ont-ils fait ?‖ qu'ont-ils dit, ces fils d'Ève ?Rien…

Homme ! autour de toi la création rêve.Mille êtres inconnus‖ t'entourent dans ton mur.Tu vas, tu viens, tu dors‖ sous leur regard obscur,Et tu ne les sens pas‖ vivre autour de ta vie :Toute une légion‖ d'âmes t'est asservie ;Pendant qu'elle te plaint,‖ tu la foules aux pieds.Tous tes pas vers le jour‖ sont par l'ombre épiés.Ce que tu nommes chose,‖ objet, nature morte,Sait, pense, écoute, entend.‖ Le verrou de ta porteVoit arriver ta faute‖ et voudrait se fermer.Ta vitre connaît l'aube,‖ et dit : Voir ! croire ! aimer !Les rideaux de ton lit‖ frissonnent de tes songes.Dans les mauvais desseins‖ quand, rêveur, tu te plonges,La cendre dit au fond‖ de l'âtre sépulcral :Regarde-moi ; je suis‖ ce qui reste du mal.Hélas ! l'homme imprudent‖ trahit, torture, opprime.La bête en son enfer‖ voit les deux bouts du crime ;Un loup pourrait donner‖ des conseils à Néron.Homme ! homme ! aigle aveuglé,‖ moindre qu'un moucheron !Pendant que dans ton Louvre‖ ou bien dans ta chaumière,Tu vis, sans même avoir‖ épelé la premièreDes constellations,‖ sombre alphabet qui luitEt tremble sur la page‖ immense de la nuit,Pendant que tu maudis‖ et pendant que tu nies,Pendant que tu dis : Non !‖ aux astres ; aux génies :Non ! à l'idéal : Non !‖ à la vertu : Pourquoi ?Pendant que tu te tiens‖ en dehors de la loi,Copiant les dédains‖ inquiets ou robustesDe ces sages qu'on voit‖ rêver dans les vieux bustes,Et que tu dis : Que sais-je ?‖ amer, froid, mécréant,Prostituant ta bouche‖ au rire du néant,À travers le taillis‖ de la nature énorme,Flairant l'éternité‖ de son museau difforme,Là, dans l'ombre, à tes pieds,‖ homme, ton chien voit Dieu.

Ah ! je t'entends. Tu dis :‖ — Quel deuil ! la bête est peu,L'homme n'est rien. O loi‖ misérable ! ombre ! abîme ! —

O songeur ! cette loi‖ misérable est sublime.Il faut donc tout redire‖ à ton esprit chétif !À la fatalité,‖ loi du monstre captif,Succède le devoir,‖ fatalité de l'homme.Ainsi de toutes parts‖ l'épreuve se consomme,Dans le monstre passif,‖ dans l'homme intelligent,La nécessité morne‖ en devoir se changeant,Et l'âme, remontant‖ à sa beauté première,Va de l'ombre fatale‖ à la libre lumière.Or, je te le redis,‖ pour se transfigurer,Et pour se racheter,‖ l'homme doit ignorer.Il doit être aveuglé‖ par toutes les poussières.Sans quoi, comme l'enfant‖ guidé par des lisières,L'homme vivrait, marchant‖ droit à la vision.Douter est sa puissance‖ et sa punition.Il voit la rose, et nie ;‖ il voit l'aurore, et doute ;Où serait le mérite‖ à retrouver sa route,Si l'homme, voyant clair,‖ roi de sa volonté,Avait la certitude,‖ ayant la liberté ?Non. Il faut qu'il hésite‖ en la vaste nature,Qu'il traverse du choix‖ l'effrayante aventure,Et qu'il compare au vice‖ agitant son miroir,Au crime, aux voluptés,‖ l'œil en pleurs du devoir ;Il faut qu'il doute ! Hier‖ croyant demain impie ;Il court du mal au bien ;‖ il scrute, sonde, épie,Va, revient, et, tremblant,‖ agenouillé, debout,Les bras étendus, triste,‖ il cherche Dieu partout ;Il tâte l'infini‖ jusqu'à ce qu'il l'y sente ;Alors, son âme ailée‖ éclate frémissante ;L'ange éblouissant luit‖ dans l'homme transparent.Le doute le fait libre,‖ et la liberté, grand.La captivité sait ;‖ la liberté suppose,Creuse, saisit l'effet,‖ le compare à la cause,Croit vouloir le bien-être‖ et veut le firmament ;Et, cherchant le caillou,‖ trouve le diamant.C'est ainsi que du ciel‖ l'âme à pas lents s'empare.

Dans le monstre, elle expie ;‖ en l'homme, elle répare.

Oui, ton fauve univers‖ est le forçat de Dieu.Les constellations,‖ sombres lettres de feu,Sont les marques du bagne‖ à l'épaule du monde.Dans votre région‖ tant d'épouvante abonde,Que, pour l'homme, marqué‖ lui-même du fer chaud,Quand il lève les yeux‖ vers les astres, là-haut,Le cancer resplendit,‖ le scorpion flamboie,Et dans l'immensité‖ le chien sinistre aboie !Ces soleils inconnus‖ se groupent sur son frontComme l'effroi, le deuil,‖ la menace et l'affront ;De toutes parts s'étend‖ l'ombre incommensurable ;En bas l'obscur, l'impur,‖ le mauvais, l'exécrable,Le pire, tas hideux,‖ fourmillent ; tout au fond,Ils échangent entre eux‖ dans l'ombre ce qu'ils font ;Typhon donne l'horreur,‖ Satan donne le crime ;Lugubre intimité‖ du mal et de l'abîme !Amours de l'âme monstre‖ et du monstre univers !Baiser triste ! et l'informe‖ engendré du pervers,La matière, le bloc,‖ la fange, la géhenne,L'écume, le chaos,‖ l'hiver, nés de la haine,Les faces de beauté‖ qu'habitent des démons,Tous les êtres maudits,‖ mêlés aux vils limons,Pris par la plante fauve‖ et la bête féroce,Le grincement de dents,‖ la peur, le rire atroce,L'orgueil, que l'infini‖ courbe sous son niveau,Rampent, noirs prisonniers,‖ dans la nuit, noir caveau.La porte, affreuse et faite‖ avec de l'ombre, est lourde ;Par moments, on entend,‖ dans la profondeur sourde,Les efforts que les monts,‖ les flots, les ouragans,Les volcans, les forêts,‖ les animaux brigands,Et tous les monstres font‖ pour soulever le pêne ;Et sur cet amas d'ombre,‖ et de crime, et de peine,Ce grand ciel formidable‖ est le scellé de Dieu.

Voilà pourquoi, songeur‖ dont la mort est le vœu,Tant d'angoisse est empreinte‖ au front des cénobites !

Je viens de te montrer‖ le gouffre. Tu l'habites.

Les mondes, dans la nuit‖ que vous nommez l'azur,Par les brèches que fait‖ la mort blême à leur mur,Se jettent en fuyant‖ l'un à l'autre des âmes.

Dans votre globe où sont‖ tant de geôles infâmes,Vous avez des méchants‖ de tous les univers,Condamnés qui, venus‖ des cieux les plus divers,Rêvent dans vos rochers,‖ ou dans vos arbres ploient ;Tellement stupéfaits‖ de ce monde qu'ils voient,Qu'eussent-ils la parole,‖ ils ne pourraient parler.On en sent quelques-uns‖ frissonner et trembler.De là les songes vains‖ du bonze et de l'augure.

Donc, représente-toi‖ cette sombre figure :Ce gouffre, c'est l'égout‖ du mal universel.Ici vient aboutir‖ de tous les points du cielLa chute des punis,‖ ténébreuse traînée.Dans cette profondeur,‖ morne, âpre, infortunée,De chaque globe il tombe‖ un flot vertigineuxD'âmes, d'esprits malsains‖ et d'êtres vénéneux,Flot que l'éternité‖ voit sans fin se répandre.Chaque étoile au front d'or‖ qui brille, laisse pendreSa chevelure d'ombre‖ en ce puits effrayant.Âme immortelle, vois,‖ et frémis en voyant :Voilà le précipice‖ exécrable où tu sombres.

Oh ! qui que vous soyez,‖ qui passez dans ces ombres,Versez votre pitié‖ sur ces douleurs sans fond !Dans ce gouffre, où l'abîme‖ en l'abîme se fond,Se tordent les forfaits,‖ transformés en supplices,L'effroi, le deuil, le mal,‖ les ténèbres complices,Les pleurs sous la toison,‖ le soupir expiréDans la fleur, et le cri‖ dans la pierre muré !Oh ! qui que vous soyez,‖ pleurez sur ces misères !Pour Dieu seul, qui sait tout,‖ elles sont nécessaires ;Mais vous pouvez pleurer‖ sur l'énorme cachotSans déranger le sombre‖ équilibre d'en haut !Hélas ! hélas ! hélas !‖ tout est vivant ! tout pense !La mémoire est la peine,‖ étant la récompense.Oh ! comme ici l'on souffre‖ et comme on se souvient !Torture de l'esprit‖ que la matière tient !La brute et le granit,‖ quel chevalet pour l'âme !Ce mulet fut sultan,‖ ce cloporte était femme.L'arbre est un exilé,‖ la roche est un proscrit.Est-ce que, quelque part,‖ par hasard, quelqu'un ritQuand ces réalités‖ sont là, remplissant l'ombre ?La ruine, la mort,‖ l'ossement, le décombre,Sont vivants. Un remords‖ songe dans un débris.Pour l'œil profond qui voit,‖ les antres sont des cris :Hélas ! le cygne est noir,‖ le lys songe à ses crimes ;La perle est nuit ; la neige‖ est la fange des cimes ;Le même gouffre, horrible‖ et fauve, et sans abri,S'ouvre dans la chouette‖ et dans le colibri ;La mouche, âme, s'envole‖ et se brûle à la flamme ;Et la flamme, esprit, brûle‖ avec angoisse une âme ;L'horreur fait frissonner‖ les plumes de l'oiseau ;Tout est douleur.

Les fleurs souffrent sous le ciseau,Et se ferment ainsi‖ que des paupières closes :Toutes les femmes sont‖ teintes du sang des roses ;La vierge au bal, qui danse,‖ ange aux fraîches couleurs,Et qui porte en sa main‖ une touffe de fleurs,Respire en souriant‖ un bouquet d'agonies.Pleurez sur les laideurs‖ et les ignominies,Pleurez sur l'araignée‖ immonde, sur le ver,Sur la limace au dos‖ mouillé comme l'hiver,Sur le vil puceron‖ qu'on voit aux feuilles pendre,Sur le crabe hideux,‖ sur l'affreux scolopendre,Sur l'effrayant crapaud,‖ pauvre monstre aux doux yeux,Qui regarde toujours‖ le ciel mystérieux !Plaignez l'oiseau de crime‖ et la bête de proie.Ce que Domitien,‖ César, fit avec joie,Tigre, il le continue‖ avec horreur. Verrès,Qui fut loup sous la pourpre,‖ est loup dans les forêts ;Il descend, réveillé,‖ l'autre côté du rêve :Son rire, au fond des bois,‖ en hurlement s'achève ;Pleurez sur ce qui hurle‖ et pleurez sur Verrès.Sur ces tombeaux vivants,‖ marqués d'obscurs arrêts,Penchez-vous attendri !‖ versez votre prière !La pitié fait sortir‖ des rayons de la pierre.Plaignez le louveteau,‖ plaignez le lionceau.La matière, affreux bloc,‖ n'est que le lourd monceauDes effets monstrueux,‖ sortis des sombres causes.Ayez pitié ! voyez‖ des âmes dans les choses.Hélas ! le cabanon‖ subit aussi l'écrou ;Plaignez le prisonnier,‖ mais plaignez le verrou ;Plaignez la chaîne au fond‖ des bagnes insalubres ;La hache et le billot‖ sont deux êtres lugubres ;La hache souffre autant‖ que le corps, le billotSouffre autant que la tête ;‖ ô mystères d'en haut !Ils se livrent une âpre‖ et hideuse bataille ;Il ébrèche la hache‖ et la hache l'entaille ;Ils se disent tout bas‖ l'un à l'autre : Assassin !Et la hache maudit‖ les hommes, sombre essaim,Quand, le soir, sur le dos‖ du bourreau, son ministre,Elle revient dans l'ombre,‖ et luit, miroir sinistre,Ruisselante de sang‖ et reflétant les cieux ;Et, la nuit, dans l'étal‖ morne et silencieux,Le cadavre au cou rouge,‖ effrayant, glacé, blême,Seul, sait ce que lui dit‖ le billot, tronc lui-même.Oh ! que la terre est froide‖ et que les rocs sont durs !Quelle muette horreur‖ dans les halliers obscurs !Les pleurs noirs de la nuit‖ sur la colombe blancheTombent ; le vent met nue‖ et torture la branche ;Quel monologue affreux‖ dans l'arbre aux rameaux verts !Quel frisson dans l'herbe ! Oh !‖ quels yeux fixes ouvertsDans les cailloux profonds,‖ oubliettes des âmes !C'est une âme que l'eau‖ scie en ses froides lames ;C'est une âme que fait‖ ruisseler le pressoir.Ténèbres ! l'univers‖ est hagard. Chaque soir,Le noir horizon monte‖ et la nuit noire tombe ;Tous deux, à l'occident,‖ d'un mouvement de tombe,Ils vont se rapprochant,‖ et, dans le firmament,O terreur ! sur le jour,‖ écrasé lentement,La tenaille de l'ombre‖ effroyable se ferme.Oh ! les berceaux font peur.‖ Un bagne est dans un germe.Ayez pitié, vous tous‖ et qui que vous soyez !Les hideux châtiments,‖ l'un sur l'autre broyés,Roulent, submergeant tout,‖ excepté les mémoires.

Parfois on voit passer‖ dans ces profondeurs noiresComme un rayon lointain‖ de l'éternel amour ;Alors, l'hyène Atrée‖ et le chacal Timour,Et l'épine Caïphe‖ et le roseau Pilate,Le volcan Alaric‖ à la gueule écarlate,L'ours Henri Huit, pour qui‖ Morus en vain pria,Le sanglier Selim‖ et le porc Borgia,Poussent des cris vers l'Être‖ adorable ; et les bêtesQui portèrent jadis‖ des mitres sur leurs têtes,Les grains de sable rois,‖ les brins d'herbe empereurs,Tous les hideux orgueils‖ et toutes les fureurs,Se brisent ; la douceur‖ saisit le plus farouche ;Le chat lèche l'oiseau,‖ l'oiseau baise la mouche ;Le vautour dit dans l'ombre‖ au passereau : Pardon !Une caresse sort‖ du houx et du chardon ;Tous les rugissements‖ se fondent en prières ;On entend s'accuser‖ de leurs forfaits les pierres ;Tous ces sombres cachots‖ qu'on appelle les fleursTressaillent ; le rocher‖ se met à fondre en pleurs ;Des bras se lèvent hors‖ de la tombe dormante ;Le vent gémit, la nuit‖ se plaint, l'eau se lamente,Et, sous l'œil attendri‖ qui regarde d'en haut,Tout l'abîme n'est plus‖ qu'un immense sanglot.

Espérez ! espérez !‖ espérez, misérables !Pas de deuil infini,‖ pas de maux incurables,Pas d'enfer éternel !Les douleurs vont à Dieu,‖ comme la flèche aux cibles ;Les bonnes actions‖ sont les gonds invisiblesDe la porte du ciel.

Le deuil est la vertu,‖ le remords est le pôleDes monstres garrottés‖ dont le gouffre est la geôle ;Quand, devant Jéhovah,Un vivant reste pur‖ dans les ombres charnelles,La mort, ange attendri,‖ rapporte ses deux ailesÀ l'homme qui s'en va.

Les enfers se refont‖ édens ; c'est là leur tâche.Tout globe est un oiseau‖ que le mal tient et lâche.Vivants, je vous le dis,Les vertus, parmi vous,‖ font ce labeur augusteD'augmenter sur vos fronts‖ le ciel ; quiconque est justeTravaille au paradis.

L'heure approche. Espérez.‖ Rallumez l'âme éteinte !Aimez-vous ! aimez-vous !‖ car c'est la chaleur sainte,C'est le feu du vrai jour.Le sombre univers, froid,‖ glacé, pesant, réclameLa sublimation‖ de l'être par la flamme,De l'homme par l'amour !

Déjà, dans l'océan‖ d'ombre que Dieu domine,L'archipel ténébreux‖ des bagnes s'illumine ;Dieu, c'est le grand aimant ;Et les globes, ouvrant‖ leur sinistre prunelle,Vers les immensités‖ de l'aurore éternelleSe tournent lentement !

Oh ! comme vont chanter‖ toutes les harmonies,Comme rayonneront‖ dans les sphères béniesLes faces de clarté,Comme les firmaments‖ se fondront en délires,Comme tressailleront‖ toutes les grandes lyresDe la sérénité,

Quand, du monstre matière‖ ouvrant toutes les serres,Faisant évanouir‖ en splendeurs les misères,Changeant l'absinthe en miel,Inondant de beauté‖ la nuit diminuée,Ainsi que le soleil‖ tire à lui la nuéeEt l'emplit d'arcs-en-ciel,

Dieu, de son regard fixe‖ attirant les ténèbres,Voyant vers lui, du fond‖ des cloaques funèbresOù le mal le pria,Monter l'énormité,‖ bégayant des louanges,Fera rentrer, parmi‖ les univers archanges,L'univers paria !

On verra palpiter‖ les fanges éclairées,Et briller les laideurs‖ les plus désespéréesAu faîte le plus haut,L'araignée éclatante‖ au seuil des bleus pilastres,Luire, et se redresser,‖ portant des épis d'astres,La paille du cachot !

La clarté montera‖ dans tout comme une sève ;On verra rayonner‖ au front du bœuf qui rêveLe céleste croissant ;Le charnier chantera‖ dans l'horreur qui l'encombre,Et sur tous les fumiers‖ apparaîtra dans l'ombreUn Job resplendissant !

O disparition‖ de l'antique anathème !La profondeur disant‖ à la hauteur : Je t'aime !O retour du banni !Quel éblouissement‖ au fond des cieux sublimes !Quel surcroît de clarté‖ que l'ombre des abîmesS'écriant : Sois béni !

On verra le troupeau‖ des hydres formidablesSortir, monter du fond‖ des brumes insondablesEt se transfigurer ;Des étoiles éclore‖ aux trous noirs de leurs crânes,Dieu juste ! et, par degrés‖ devenant diaphanes,Les monstres s'azurer !

Ils viendront, sans pouvoir‖ ni parler ni répondre,Éperdus ! on verra‖ des auréoles fondreLes cornes de leur front ;Ils tiendront dans leur griffe,‖ au milieu des cieux calmes,Des rayons frissonnants‖ semblables à des palmes ;Les gueules baiseront !

Ils viendront ! ils viendront,‖ tremblants, brisés d'extase,Chacun d'eux débordant‖ de sanglots comme un vase,Mais pourtant sans effroi ;On leur tendra les bras‖ de la haute demeure,Et Jésus, se penchant‖ sur Bélial qui pleure,Lui dira : C'est donc toi !

Et vers Dieu par la main‖ il conduira ce frère !Et, quand ils seront près‖ des degrés de lumièrePar nous seuls aperçus,Tous deux seront si beaux,‖ que Dieu dont l'œil flamboieNe pourra distinguer,‖ père ébloui de joie,Bélial de Jésus !

Tout sera dit. Le mal‖ expirera, les larmesTariront ; plus de fers,‖ plus de deuils, plus d'alarmes ;L'affreux gouffre inclémentCessera d'être sourd,‖ et bégaiera : Qu'entends-je ?Les douleurs finiront‖ dans toute l'ombre : un angeCriera : Commencement !

Jersey, 1855.

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
361[aa] 16[abba]
Mètre
Alexandrins surtout (768 de 12, 32 de 6)· profil 6, 6+6
Mots à la rime
a universel / Rozel masculine, classiqueb presqu'île / tranquille féminine, classiquec grandit / dit masculine, classiquea route / s'écoute féminine, classiqueb création / vision masculine, classiquec dialogue / vogue féminine, classiqued l'élément / autrement masculine, classiquee nombre / sombre féminine, classiquef limons / monts masculine, classiqueg mûre / murmure féminine, classiqueh bois / voix masculine, classiquei flûte / lutte féminine, classiquej nuit / bruit masculine, classiquek vole / parole féminine, classiquel vêtu / figures-tu masculine, classiquem compose / rose féminine, classiquen bleu / Dieu masculine, classiqueo épaissie / balbutie féminine, classiquep immensité / l'éternité masculine, classiqueq sourde-muette / poëte féminine, classiquer parfum / quelqu'un masculine, classiques superbe / Verbe féminine, classiquet moi / pourquoi masculine, classiqueu flammes / vit / d’âmes féminine, classiquea inouï / évanoui masculine, classiquea Causons / impondérable / adorable féminine, classiqueb hauteur / créateur masculine, classiquec perdue / confondue féminine, classiqued clarté / été masculine, classiquee prophète / imparfaite féminine, classiquea mal / baptismal masculine, classiqueb mémoire / gloire féminine, classiquec éblouissement / charmant masculine, classiqued l'hôte / volait / faute féminine, classiqueb poids / douleur / l'oiseleur masculine, classiquec lutte / chute féminine, classiqued s'aggravant / vent masculine, classiquee l'homme / somme féminine, classiquef d'eux / hideux masculine, classiqueg énumèrent / formèrent féminine, classiqueh nuit / fruit masculine, classiquea ombre / sombre féminine, classiqueb vivant / avant masculine, classiquec funeste / proteste féminine, classiqued limon / démon masculine, classiquee première / lumière féminine, classiquef iniquité / d'infirmité masculine, classiqueg encore / l'aurore féminine, classiqueh aromal / mal masculine, classiquea fatidique / t'indique féminine, classiqueb lueurs / sueurs masculine, classiquec m'arrache / vois / sache féminine, classiqueb effrayant / ployant masculine, classiquec terrible / horrible féminine, classiqued châtiment / complètement masculine, classiquee étincelle / universelle féminine, classiquef rayon / création masculine, classiqueg figure / envergure féminine, classiqueb éperdu / entendu masculine, classiquea profondes / fondes féminine, classiqueb penseur / épaisseur masculine, classiquec rêve / crève féminine, classiqued sommet / soumet masculine, classiquee marbres / arbres féminine, classiquef religieux / prodigieux masculine, classiqueg l'ombre / sombre féminine, classiqueh près / parais masculine, classiquei trompe / rompe féminine, classiquej éclairés / degrés masculine, classiquek entière / matière féminine, classiquel décroissant / remplissant masculine, classiquem tête / bête féminine, classiquen insensiblement / escarpement masculine, classiqueo admirable / l'impondérable féminine, classiquep l'azur / obscur masculine, classiqueq s'éloignent / témoignent féminine, classiquer d'instincts / atteints masculine, classiques étoilées / ailées féminine, classiquet orteil / soleil masculine, classiqueu lieues / bleues féminine, classiquev milieu / Dieu masculine, classiquea vie / gravie féminine, classiqueb voir / devoir masculine, classiquea terre / mystère féminine, classiqueb perditions / visions masculine, classiquec crimes / abîmes féminine, classiqued indéfini / banni masculine, classiquee livide / vide féminine, classiquef asservit / vit masculine, classiqueg désastres / d'astres féminine, classiqueh obscur / mur masculine, classiquei cendre / descendre féminine, classiquej bruit / nuit masculine, classiquea tire / satyre féminine, classiqueb l'appétit / petit masculine, classiquea s'engendre / cendre féminine, classiqueb voyant / flamboyant masculine, classiquec matière / vestiaire féminine, classiqued savoir / qu'entrevoir masculine, classiquee t'avertisse / parle / justice féminine, classiqueb moment / châtiment masculine, classiquea immense / commence féminine, classiquea juges / suffit / fit masculine, classiqueb délivre / livre féminine, classiquec doigt / doit masculine, classiqued mesure / éclaboussure féminine, classiquee bandit / dit masculine, classiquef universelle / ruisselle féminine, classiqueg azur / pur masculine, classiqueh traîne / sereine féminine, classiquei l'idéal / mal masculine, classiquej s'élance / balance féminine, classiquea fois / poids masculine, classiquea closes / bas / l’oses féminine, classiqueb vertigineux / nœuds masculine, classiquea sonde / contemple / temple féminine, classiqueb dissous / au-dessous masculine, classiquec paupière / pierre féminine, classiqued nom / compagnon masculine, classiquea s'ouvre / couvre féminine, classiqueb trahison / prison masculine, classiquec l'épaule / geôle féminine, classiqued rampant / serpent masculine, classiquea l'abîme / victime féminine, classiqueb fou / clou masculine, classiquec matière / cimetière féminine, classiqueb champ / âmes / méchant masculine, non classiqueb vie / suivie féminine, classiquec pic / aspic masculine, classiqued fausse / fosse féminine, classiquee dormant / amant masculine, classiquef ciguë / aiguë féminine, classiqueg l'aquilon / Ganelon masculine, classiqueh gronde / Frédégonde féminine, classiquei hideux / Deux masculine, classiquej boucheries / Jeffryes féminine, classiquek gibet / Macbeth masculine, classiquel Sforce / force féminine, classiquem arrêt / frémirait masculine, classiquen voisines / racines féminine, classiqueo fleur / douleur masculine, classiquep havre / cadavre féminine, classiqueq vagissants / ans masculine, classiquer hommes / Sodomes féminine, classiques chaudron / Néron masculine, classiquea terre / solitaire féminine, classiquea firmament / châtiment masculine, classiqueb gagne / bagne féminine, classiquec l'enfer / clair masculine, classiqued l'aurore / encore féminine, classiquee barreaux / soupiraux masculine, classiquef prunelle / éternelle féminine, classiqueg yeux / cieux masculine, classiqueh muette / silhouette féminine, classiquei s'évanouit / nuit masculine, classiquej noire / mémoire féminine, classiquek appuis / puits masculine, classiquel roule / foule féminine, classiquem géant / rongeant masculine, classiquen Cléopâtre / pâtre féminine, classiqueo haut / faut masculine, classiquep vivante / l'épouvante féminine, classiqueq châtié / pitié masculine, classiquer aile / éternelle féminine, classiques échafauds / faulx masculine, classiquet louve / l'éprouve féminine, classiqueu fatalité / hébété masculine, classiquev métempsycose / rose féminine, classiquew cris / souris masculine, classiquex mandragore / fulgore féminine, classiquey clarté / d'été masculine, classiquez avernes / cavernes féminine, classiquea remord / mord masculine, classiqueb hérissées / chaussées féminine, classiquec détruit / nuit masculine, classiqued soulève / rêve féminine, classiquea Dieu / Fatalité / côté masculine, classiqueb groupes / coupes féminine, classiquec guetté / gaîté masculine, classiqued colossale / salle féminine, classiquee rieur / supérieur masculine, classiqueb basses / tombasses féminine, classiquec malheur / fleur masculine, classiqued sortie / engloutie féminine, classiquee tord / mord masculine, classiquef lance / silence féminine, classiqueg désespérés / murés masculine, classiqueh portes / mortes féminine, classiquei regrets / forêts masculine, classiquej enfermées / fumées féminine, classiquek bois / rois masculine, classiquel baguette / guette féminine, classiquem hagard / regard masculine, classiquea funèbres / ténèbres féminine, classiqueb nuit / fuit masculine, classiquea crépusculaire / milieu / colère féminine, classiqueb tour / jour masculine, classiquec monte / honte féminine, classiqued infortunés / pardonnés masculine, classiquea mène / humaine féminine, classiqueb rugissements / moments masculine, classiquec d'ange / mange féminine, classiqueb séant / néant masculine, classiquec somme / l'homme féminine, classiqued impur / l'azur masculine, classiquee poitrines / latrines féminine, classiquea illimité / liberté masculine, classiqueb équilibre / libre féminine, classiquec mal / l'animal masculine, classiqued lie / remplie féminine, classiquee poussé / passé masculine, classiquef l'aurore / s'ignore féminine, classiqueg l'action / création masculine, classiqueh meilleure / antérieure féminine, classiquei ébloui / lui masculine, classiquej présente / rugissante féminine, classiquek loin / besoin masculine, classiqueb semée / fumée féminine, classiquec pâlissant / passant masculine, classiqued sphère / lumière féminine, classiquee noir / voir masculine, classiquef d'Ève / Rien / rêve féminine, classiqueb mur / obscur masculine, classiquec vie / asservie féminine, classiqued pieds / épiés masculine, classiquee morte / porte féminine, classiquef fermer / aimer masculine, classiqueg songes / plonges féminine, classiqueh sépulcral / mal masculine, classiquei opprime / crime féminine, classiquej Néron / moucheron masculine, classiquek chaumière / première féminine, classiquel luit / nuit masculine, classiquem nies / génies féminine, classiquen Pourquoi / loi masculine, classiqueo robustes / bustes féminine, classiquep mécréant / néant masculine, classiqueq énorme / difforme féminine, classiquer Dieu / peu masculine, classiqueb abîme / sublime féminine, classiqueb chétif / captif masculine, classiquec l'homme / consomme féminine, classiqued intelligent / changeant masculine, classiquef transfigurer / ignorer masculine, classiqueg poussières / lisières féminine, classiqueh vision / punition masculine, classiquei doute / route féminine, classiquej volonté / liberté masculine, classiquek nature / aventure féminine, classiquel miroir / devoir masculine, classiquem impie / épie féminine, classiquen debout / partout masculine, classiqueo sente / frémissante féminine, classiquep transparent / grand masculine, classiqueq suppose / cause féminine, classiquer firmament / diamant masculine, classiques s'empare / répare féminine, classiquea Dieu / feu masculine, classiqueb monde / abonde féminine, classiquec chaud / là-haut masculine, classiqued flamboie / aboie féminine, classiquee front / l'affront masculine, classiquef incommensurable / l'exécrable féminine, classiqueg fond / font masculine, classiqueh crime / l'abîme féminine, classiquei univers / pervers masculine, classiquej géhenne / haine féminine, classiquek démons / limons masculine, classiquel féroce / atroce féminine, classiquem niveau / caveau masculine, classiquen lourde / sourde féminine, classiqueo ouragans / brigands masculine, classiquep pêne / peine féminine, classiqueq Dieu / vœu masculine, classiqueb cénobites / l'habites féminine, classiquea l'azur / mur masculine, classiqueb âmes / infâmes féminine, classiqueb univers / divers masculine, classiquec ploient / voient féminine, classiqued parler / trembler masculine, classiquee l'augure / figure féminine, classiqueb universel / ciel masculine, classiquec traînée / infortunée féminine, classiqued vertigineux / vénéneux masculine, classiquee répandre / pendre féminine, classiquef effrayant / voyant masculine, classiqueg sombres / ombres féminine, classiqueb fond masculine, classiquec supplices / complices féminine, classiqued expiré / muré masculine, classiquee misères / nécessaires féminine, classiquef cachot / haut masculine, classiqueg pense / récompense féminine, classiqueh souvient / tient masculine, classiquei l'âme / femme féminine, classiquej proscrit / rit masculine, classiquek l'ombre / décombre féminine, classiquel débris / cris masculine, classiquem crimes / cimes féminine, classiquen abri / colibri masculine, classiqueo flamme / âme féminine, classiquep l'oiseau / douleur / ciseau masculine, classiqueb closes / roses féminine, classiquec couleurs / fleurs masculine, classiqued d'agonies / ignominies féminine, classiquee ver / l'hiver masculine, classiquef pendre / scolopendre féminine, classiqueg yeux / mystérieux masculine, classiqueh proie / joie féminine, classiquei Verrès / forêts masculine, classiquej rêve / s'achève féminine, classiquek Verrès / arrêts masculine, classiquel prière / pierre féminine, classiquem lionceau / monceau masculine, classiquen causes / choses féminine, classiqueo l'écrou / verrou masculine, classiquep insalubres / lugubres féminine, classiqueq billot / haut masculine, classiquer bataille / l'entaille féminine, classiques Assassin / essaim masculine, classiquet ministre / sinistre féminine, classiqueu cieux / silencieux masculine, classiquev blême / lui-même féminine, classiquew durs / obscurs masculine, classiquex blanche / branche féminine, classiquey verts / ouverts masculine, classiquez âmes / lames féminine, classiquea pressoir / soir masculine, classiqueb tombe féminine, classiquec firmament / lentement masculine, classiqued ferme / germe féminine, classiquee soyez / broyés masculine, classiquef mémoires / noires féminine, classiqueb amour / Timour masculine, classiquec Pilate / écarlate féminine, classiqued pria / Borgia masculine, classiquee bêtes / têtes féminine, classiquef empereurs / fureurs masculine, classiqueg farouche / mouche féminine, classiqueh Pardon / chardon masculine, classiquei prières / pierres féminine, classiquej fleurs / pleurs masculine, classiquek dormante / lamente féminine, classiquel haut / sanglot masculine, classiquea misérables / incurables féminine, classiqueb éternel / ciel masculine, classiquec cibles / invisibles féminine, classiquea pôle / geôle féminine, classiqueb Jéhovah / va masculine, non classiquec charnelles / ailes féminine, classiquea tâche / lâche féminine, classiqueb dis / paradis masculine, classiquec auguste / juste féminine, classiquea éteinte / sainte féminine, classiqueb jour / l'amour masculine, classiquec réclame / flamme féminine, classiquea domine / s'illumine féminine, classiqueb aimant / lentement masculine, classiquea harmonies / bénies féminine, classiqueb clarté / sérénité masculine, classiquec délires / lyres féminine, classiquea serres / misères féminine, classiqueb miel / d'arcs-en-ciel masculine, classiquec diminuée / nuée féminine, classiquea ténèbres / funèbres féminine, classiqueb pria / paria masculine, classiquec louanges / archanges féminine, classiquea éclairées / désespérées féminine, classiqueb haut / cachot masculine, classiquec pilastres / d'astres féminine, classiquea sève / rêve féminine, classiqueb croissant / resplendissant masculine, classiquec l'encombre / l'ombre féminine, classiquea anathème / t'aime féminine, classiqueb banni / béni masculine, classiquec sublimes / abîmes féminine, classiquea formidables / insondables féminine, classiqueb transfigurer / s'azurer masculine, classiquec crânes / diaphanes féminine, classiquea répondre / fondre féminine, classiqueb front / baiseront masculine, classiquec calmes / palmes féminine, classiquea d'extase / vase féminine, classiqueb effroi / toi masculine, classiquec demeure / pleure féminine, classiquea frère / lumière féminine, classiqueb aperçus / Jésus masculine, classiquec flamboie / joie féminine, classiquea larmes / d'alarmes féminine, classiqueb inclément / Commencement masculine, classiquec Qu'entends-je / ange féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

800 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Contemplations, Éditions Classique Garnier, 1950· numérisation Enclitt Encyclopédie de la littérature française (Rue des Écoles)· Sources