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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les contemplations, 1855· Livre sixième Au bord de l’infini

V. Croire, mais pas en nous

Victor Hugo· 1 distiques, alexandrins, 70 vers

Parce qu'on a porté‖ du pain, du linge blanc,À quelque humble logis‖ sous les combles tremblantComme le nid parmi‖ les feuilles inquiètes ;Parce qu'on a jeté‖ ses restes et ses miettesAu petit enfant maigre,‖ au vieillard pâlissant,Au pauvre qui contient‖ l'éternel tout-puissant ;Parce qu'on a laissé‖ Dieu manger sous sa table,On se croit vertueux,‖ on se croit charitable !On dit : « Je suis parfait !‖ louez-moi ; me voilà ! »Et, tout en blâmant Dieu‖ de ceci, de cela,De ce qu'il pleut, du mal‖ dont on le dit la cause,Du chaud, du froid, on fait‖ sa propre apothéose.Le riche qui, gorgé,‖ repu, fier, paresseux,Laisse un peu d'or rouler‖ de son palais sur ceuxQue le noir janvier glace‖ et que la faim harcèle,Ce riche-là, qui brille‖ et donne une parcelleDe ce qu'il a de trop‖ à qui n'a pas assez,Et qui, pour quelques sous‖ du pauvre ramassés,S'admire et ferme l'œil‖ sur sa propre misère,S'il a le superflu,‖ n'a pas le nécessaire :La justice ; et le loup‖ rit dans l'ombre en marchantDe voir qu'il se croit bon‖ pour n'être pas méchant.Nous bons ! nous fraternels !‖ ô fange et pourriture !Mais tournez donc vos yeux‖ vers la mère nature !Que sommes-nous, cœurs froids‖ où l'égoïsme bout,Auprès de la bonté‖ suprême éparse en tout ?Toutes nos actions‖ ne valent pas la rose.Dès que nous avons fait‖ par hasard quelque chose,Nous nous vantons, hélas !‖ vains souffles qui fuyons !Dieu donne l'aube au ciel‖ sans compter les rayons,Et la rosée aux fleurs‖ sans mesurer les gouttes ;Nous sommes le néant ;‖ nos vertus tiendraient toutesDans le creux de la pierre‖ où vient boire l'oiseau.L'homme est l'orgueil du cèdre‖ emplissant le roseau.Le meilleur n'est pas bon‖ vraiment, tant l'homme est frêleEt tant notre fumée‖ à nos vertus se mêle !Le bienfait par nos mains‖ pompeusement jetéS'évapore aussitôt‖ dans notre vanité ;Même en le prodiguant‖ aux pauvres d'un air tendre,Nous avons tant d'orgueil‖ que notre or devient cendre ;Le bien que nous faisons‖ est spectre comme nous.L'Incréé, seul vivant,‖ seul terrible et seul doux,Qui juge, aime, pardonne,‖ engendre, construit, fonde,Voit nos hauteurs avec‖ une pitié profonde.Ah ! rapides passants !‖ ne comptons pas sur nous,Comptons sur lui. Pensons‖ et vivons à genoux ;Tâchons d'être sagesse,‖ humilité, lumière ;Ne faisons point un pas‖ qui n'aille à la prière ;Car nos perfections‖ rayonneront bien peuAprès la mort, devant‖ l'étoile et le ciel bleu.Dieu seul peut nous sauver.‖ C'est un rêve de croireQue nos lueurs d'en bas‖ sont là-haut de la gloire ;Si lumineux qu'il ait‖ paru dans notre horreur,Si doux qu'il ait été‖ pour nos cœurs pleins d'erreur,Quoi qu'il ait fait, celui‖ que sur la terre on nommeJuste, excellent, pur, sage‖ et grand, là-haut est l'homme,C'est-à-dire la nuit‖ en présence du jour ;Son amour semble haine‖ auprès du grand amour ;Et toutes ses splendeurs,‖ poussant des cris funèbres,Disent en voyant Dieu :‖ Nous sommes les ténèbres !Dieu, c'est le seul azur‖ dont le monde ait besoin.L'abîme en en parlant‖ prend l'atome à témoin.Dieu seul est grand ! c'est là‖ le psaume du brin d'herbe ;Dieu seul est vrai ! c'est là‖ l'hymne du flot superbe ;Dieu seul est bon ! c'est là‖ le murmure des vents ;Ah ! ne vous faites pas‖ d'illusions, vivants !Et d'où sortez-vous donc,‖ pour croire que vous êtesMeilleurs que Dieu, qui met‖ les astres sur vos têtes,Et qui vous éblouit,‖ à l'heure du réveil,De ce prodigieux‖ sourire, le soleil !

Marine-Terrace, décembre 1854.

Versification

Forme
1 distiques (distiques)
Rimes
35((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
1 distiques
Mots à la rime
a blanc / tremblant masculine, classiqueb inquiètes / miettes féminine, classiquec pâlissant / tout-puissant masculine, classiqued table / charitable féminine, classiquee voilà / cela masculine, classiquef cause / apothéose féminine, classiqueg paresseux / ceux masculine, classiqueh harcèle / parcelle féminine, classiquei assez / ramassés masculine, classiquej misère / nécessaire féminine, classiquek marchant / méchant masculine, classiquel pourriture / nature féminine, classiquem bout / tout masculine, classiquen rose / chose féminine, classiqueo fuyons / rayons masculine, classiquep gouttes / toutes féminine, classiqueq l'oiseau / roseau masculine, classiquer frêle / mêle féminine, classiques jeté / vanité masculine, classiquet tendre / cendre féminine, classiqueu nous / doux masculine, classiquev fonde / profonde féminine, classiquew nous / genoux masculine, classiquex lumière / prière féminine, classiquey peu / bleu masculine, classiquez croire / gloire féminine, classiquea horreur / d'erreur masculine, classiqueb nomme / l'homme féminine, classiquec jour / amour masculine, classiqued funèbres / ténèbres féminine, classiquee besoin / témoin masculine, classiquef d'herbe / superbe féminine, classiqueg vents / vivants masculine, classiqueh êtes / têtes féminine, classiquei réveil / soleil masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

70 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Contemplations, Éditions Classique Garnier, 1950· numérisation Enclitt Encyclopédie de la littérature française (Rue des Écoles)· Sources