Les contemplations, 1855· Livre sixième Au bord de l’infini
VI. Pleurs dans la nuit
I
Je suis l'être incliné‖ qui jette ce qu'il pense ;Qui demande à la nuit‖ le secret du silence ;Dont la brume emplit l'œil ;Dans une ombre sans fond‖ mes paroles descendent,Et les choses sur qui‖ tombent mes strophes rendentLe son creux du cercueil.
Mon esprit, qui du doute‖ a senti la piqûre,Habite, âpre songeur,‖ la rêverie obscureAux flots plombés et bleus,Lac hideux où l'horreur‖ tord ses bras, pâle nymphe,Et qui fait boire une eau‖ morte comme la lympheAux rochers scrofuleux.
Le Doute, fils bâtard‖ de l'aïeule Sagesse,Crie : — A quoi bon ? — devant‖ l'éternelle largesse,Nous fait tout oublier,S'offre à nous, morne abri,‖ dans nos marches sans nombre,Nous dit : — Es-tu las ? Viens !‖ — et l'homme dort à l'ombreDe ce mancenillier.
L'effet pleure et sans cesse‖ interroge, la cause.La création semble‖ attendre quelque chose.L'homme à l'homme est obscur.Où donc commence l'âme ?‖ où donc finit la vie ?Nous voudrions, c'est là‖ notre incurable envie,Voir par-dessus le mur.
Nous rampons, oiseaux pris‖ sous le filet de l'être ;Libres et prisonniers,‖ l'immuable pénètreToutes nos volontés ;Captifs sous le réseau‖ des choses nécessaires,Nous sentons se lier‖ des fils à nos misèresDans les immensités.
II
Nous sommes au cachot ;‖ la porte est inflexible ;Mais, dans une main sombre,‖ inconnue, invisible,Qui passe par moment,À travers l'ombre ; espoir‖ des âmes sérieuses,On entend le trousseau‖ des clefs mystérieusesSonner confusément.
La vision de l'être‖ emplit les yeux de l'homme.Un mariage obscur‖ sans cesse se consommeDe l'ombre avec le jour ;Ce monde, est-ce un éden‖ tombé dans la géhenne ?Nous avons dans le cœur‖ des ténèbres de haineEt des clartés d'amour.
La création n'a‖ qu'une prunelle trouble.L'être éternellement‖ montre sa face double,Mal et bien, glace et feu ;L'homme sent à la fois,‖ âme pure et chair sombre,La morsure du ver‖ de terre au fond de l'ombreEt le baiser de Dieu.
Mais à de certains jours,‖ l'âme est comme une veuve.Nous entendons gémir‖ les vivants dans l'épreuve.Nous doutons, nous tremblons,Pendant que l'aube épand‖ ses lumières sacréesEt que mai sur nos seuils‖ mêle les fleurs doréesAvec les enfants blonds.
Qu'importe la lumière,‖ et l'aurore, et les astres,Fleurs des chapiteaux bleus,‖ diamants des pilastresDu profond firmament,Et mai qui nous caresse,‖ et l'enfant qui nous charme,Si tout n'est qu'un soupir,‖ si tout n'est qu'une larme,Si tout n'est qu'un moment !
III
Le sort nous use au jour,‖ triste meule qui tourne.L'homme inquiet et vain‖ croit marcher, il séjourne ;Il expire en créant.Nous avons la seconde‖ et nous rêvons l'année ;Et la dimension‖ de notre destinée,C'est poussière et néant.
L'abîme, où les soleils‖ sont les égaux des mouches,Nous tient ; nous n'entendons‖ que des sanglots farouchesOu des rires moqueurs ;Vers la cible d'en haut‖ qui dans l'azur s'élève,Nous lançons nos projets,‖ nos vœux, l'espoir, le rêve,Ces flèches de nos cœurs.
Nous voulons durer, vivre,‖ être éternels. O cendre !Où donc est la fourmi‖ qu'on appelle Alexandre ?Où donc le ver César ?En tombant sur nos fronts,‖ la minute nous tue.Nous passons, noir essaim,‖ foule de deuil vêtue,Comme le bruit d'un char.
Nous montons à l'assaut‖ du temps comme une armée.Sur nos groupes confus‖ que voile la fuméeDes jours évanouis,L'énorme éternité‖ luit, splendide et stagnante ;Le cadran, bouclier‖ de l'heure rayonnante,Nous terrasse éblouis !
IV
À l'instant où l'on dit :‖ Vivons ! tout se déchire.Les pleurs subitement‖ descendent sur le rire.Tête nue ! à genoux !Tes fils sont morts, mon père‖ est mort, leur mère est morte.O deuil ! qui passe là ?‖ C'est un cercueil qu'on porte.À qui le portez-vous ?
Ils le portent à l'ombre,‖ au silence, à la terre ;Ils le portent au calme‖ obscur, à l'aube austère,À la brume sans bords,Au mystère qui tord‖ ses anneaux sous des voiles,Au serpent inconnu‖ qui lèche les étoilesEt qui baise les morts !
V
Ils le portent aux vers,‖ au néant, à Peut-Être !Car la plupart d'entre eux‖ n'ont point vu le jour naître ;Sceptiques et bornés,La négation morne‖ et la matière hostile,Flambeaux d'aveuglement,‖ troublent l'âme inutileDe ces infortunés.
Pour eux le ciel ment, l'homme‖ est un songe et croit vivre ;Ils ont beau feuilleter‖ page à page le livre,Ils ne comprennent pas ;Ils vivent en hochant‖ la tête, et, dans le vide.L'écheveau ténébreux‖ que le doute dévideSe mêle sous leurs pas.
Pour eux l'âme naufrage‖ avec le corps qui sombre.Leur rêve a les yeux creux‖ et regarde de l'ombre ;Rien est le mot du sort ;Et chacun d'eux, riant‖ de la voûte étoilée,Porte en son cœur, au lieu‖ de l'espérance ailée,Une tête de mort.
Sourds à l'hymne des bois,‖ au sombre cri de l'orgue,Chacun d'eux est un champ‖ plein de cendre, une morgueOù pendent des lambeaux,Un cimetière où l'œil‖ des frémissants poëtesVoit planer l'ironie‖ et toutes ses chouettes,L'ombre et tous ses corbeaux.
Quand l'astre et le roseau‖ leur disent : Il faut croire ;Ils disent au jonc vert,‖ à l'astre en sa nuit noire :Vous êtes insensés !Quand l'arbre leur murmure‖ à l'oreille : Il existe ;Ces fous répondent : Non !‖ et, si le chêne insiste,Ils lui disent : Assez !
Quelle nuit ! le semeur‖ nié par la semence !L'univers n'est pour eux‖ qu'une vaste démence,Sans but et sans milieu ;Leur âme, en agitant‖ l'immensité profonde,N'y sent même pas l'être,‖ et dans le grelot mondeN'entend pas sonner Dieu !
VI
Le corbillard franchit‖ le seuil du cimetière.Le gai matin, qui rit‖ à la nature entière,Resplendit sur ce deuil ;Tout être a son mystère‖ où l'on sent l'âme éclore,Et l'offre à l'infini ;‖ l'astre apporte l'aurore,Et l'homme le cercueil.
Le dedans de la fosse‖ apparaît, triste crèche.Des pierres par endroits‖ percent la terre fraîche ;Et l'on entend le glas ;Elles semblent s'ouvrir‖ ainsi que des paupières,Et le papillon blanc‖ dit : « Qu'ont donc fait ces pierres ? »Et la fleur dit : « Hélas ! »
VII
Est-ce que par hasard‖ ces pierres sont punies,Dieu vivant, pour subir‖ de telles agonies ?Ah ! ce que nous souffronsN'est rien. — Plus bas que l'arbre‖ en proie aux froides bises,Sous cette forme horrible,‖ est-ce que les Cambyses,Est-ce que les Nérons,
Après avoir tenu‖ les peuples dans leur serre,Et crucifié l'homme‖ au noir gibet misère,Mis le monde en lambeaux,Souillé l'âme, et changé,‖ sous le vent des désastres,L'univers en charnier,‖ et fait monter aux astresLa vapeur des tombeaux,
Après avoir passé‖ joyeux dans la victoire,Dans l'orgueil, et partout‖ imprimé sur l'histoireLeurs ongles furieux,Et, monstres qu'entrevoit‖ l'homme en ses léthargies,Après avoir sur terre‖ été les effigiesDu mal mystérieux,
Après avoir peuplé‖ les prisons élargies,Et versé tant de meurtre‖ aux vastes mers rougies,Tant de morts, glaive au flanc,Tant d'ombre, et de carnage,‖ et d'horreurs inconnues,Que le soleil, le soir,‖ hésitait dans les nuesDevant ce bain sanglant !
Après avoir mordu‖ le troupeau que Dieu mène,Et tourné tour à tour‖ de la torture humaineL'atroce cabestan,Et régné sous la pourpre‖ et sous le laticlave,Et plié six mille ans‖ Adam, le vieil esclave,Sous le vieux roi Satan,
Est-ce que le chasseur‖ Nemrod, Sforce le pâtre,Est-ce que Messaline,‖ est-ce que Cléopâtre,Caligula, Macrin,Et les Achabs, par qui‖ renaissaient les Sodomes,Et Phalaris, qui fit‖ du hurlement des hommesLa clameur de l'airain,
Est-ce que Charles Neuf,‖ Constantin, Louis Onze,Vitellius, la fange,‖ et Busiris, le bronze,Les Cyrus dévorants,Les Égystes montrés‖ du doigt par les Électres,Seraient dans cette nuit,‖ d'hommes devenus spectres,Et pierres de tyrans ?
Est-ce que ces cailloux,‖ tout pénétrés de crimes,Dans l'horreur étouffés,‖ scellés dans les abîmes,Enviant l'ossement,Sans air, sans mouvement,‖ sans jour, sans yeux, sans bouche,Entre l'herbe sinistre‖ et le cercueil farouche,Vivraient affreusement ?
Est-ce que ce seraient‖ des âmes condamnées,Des maudits qui, pendant‖ des millions d'années,Seuls avec le remords,Au lieu de voir, des yeux‖ de l'astre solitaire,Sortir les rayons d'or,‖ verraient les vers de terreSortir des yeux des morts ?
Homme et roche, exister,‖ noir dans l'ombre vivante !Songer, pétrifié‖ dans sa propre épouvante !Rêver l'éternité !Dévorer ses fureurs,‖ confusément rugies !Être pris, ouragan‖ de crimes et d'orgies,Dans l'immobilité !
Punition ! problème‖ obscur ! questions sombres !Quoi ! ce caillou dirait :‖ — J'ai mis Thèbe en décombres !J'ai vu Suse à genoux !J'étais Bélus à Tyr !‖ j'étais Sylla dans Rome ! —Noire captivité‖ des vieux démons de l'homme !O pierres, qu'êtes-vous ?
Qu'a fait ce bloc, béant‖ dans la fosse insalubre ?Glacé du froid profond‖ de la terre lugubre,Informe et châtié,Aveugle, même aux feux‖ que la nuit réverbère,Il pense et se souvient…‖ — Quoi ! ce n'est que Tibère !Seigneur, ayez pitié !
Ce dur silex noyé‖ dans la terre, âpre, fruste,Couvert d'ombre, pendant‖ que le ciel s'ouvre au justeQui s'y réfugia,Jaloux du chien qui jappe‖ et de l'âne qui passe,Songe et dit : Je suis là !‖ — Dieu vivant, faites grâce !Ce n'est que Borgia !
O Dieu bon, penchez-vous‖ sur tous ces misérables !Sauvez ces submergés,‖ aimez ces exécrables !Ouvrez les soupiraux.Au nom des innocents,‖ Dieu, pardonnez aux crimes.Père, fermez l'enfer.‖ Juge, au nom des victimes,Grâce pour les bourreaux !
De toutes parts s'élève‖ un cri : Miséricorde !Les peuples nus, liés,‖ fouettés à coups de corde,Lugubres travailleurs,Voyant leur maître en proie‖ aux châtiments sublimes,Ont pitié du despote,‖ et, saignant de ses crimes,Pleurent de ses douleurs ;
Les pâles nations‖ regardent dans le gouffre,Et ces grands suppliants,‖ pour le tyran qui souffre,T'implorent, Dieu jaloux ;L'esclave mis en croix,‖ l'opprimé sur la claie,Plaint le satrape au fond‖ de l'abîme, et la plaieDit : Grâce pour les clous !
Dieu serein, regardez‖ d'un regard salutaireCes reclus ténébreux‖ qu'emprisonne la terrePleine d'obscurs verrous,Ces forçats dont le bagne‖ est le dedans des pierres,Et levez, à la voix‖ des justes en prières,Ces effrayants écrous.
Père, prenez pitié‖ du monstre et de la roche.De tous les condamnés‖ que le pardon s'approche !Jadis, rois des combats,Ces bandits sur la terre‖ ont fait une tempête ;Étant montés plus haut‖ dans l'horreur que la bête,Ils sont tombés plus bas.
Grâce pour eux ! clémence,‖ espoir, pardon, refuge,Au jonc qui fut un prince,‖ au ver qui fut un juge !Le méchant, c'est le fou.Dieu, rouvrez au maudit !‖ Dieu, relevez l'infâme !Rendez à tous l'azur.‖ Donnez au tigre une âme,Des ailes au caillou !
Mystère ! obsession‖ de tout esprit qui pense !Échelle de la peine‖ et de la récompense !Nuit qui monte en clarté !Sourire épanoui‖ sur la torture amère !Vision du sépulcre !‖ êtes-vous la chimère,Ou la réalité ?
VIII
La fosse, plaie au flanc‖ de la terre, est ouverte,Et, béante, elle fait‖ frissonner l'herbe verteEt le buisson jauni ;Elle est là, froide, calme,‖ étroite, inanimée,Et l'âme en voit sortir,‖ ainsi qu'une fumée,L'ombre de l'infini.
Et les oiseaux de l'air,‖ qui, planant sur les cimes,Volant sous tous les cieux,‖ comparent les abîmesDans les courses qu'ils font,Songent au noir Vésuve,‖ à l'Océan superbe,Et disent, en voyant‖ cette fosse dans l'herbe :Voici le plus profond !
IX
L'âme est partie, on rend‖ le corps à la nature.La vie a disparu‖ sous cette créature ;Mort, où sont tes appuis ?Le voilà hors du temps,‖ de l'espace et du nombre.On le descend avec‖ une corde dans l'ombreComme un seau dans un puits.
Que voulez-vous puiser‖ dans ce puits formidable ?Et pourquoi jetez-vous‖ la sonde à l'insondable ?Qu'y voulez-vous puiser ?Est-ce l'adieu lointain‖ et doux de ceux qu'on aime ?Est-ce un regard ? hélas !‖ est-ce un soupir suprême ?Est-ce un dernier baiser ?
Qu'y voulez-vous puiser,‖ vivants, essaim frivole ?Est-ce un frémissement‖ du vide où tout s'envole,Un bruit, une clarté,Une lettre du mot‖ que Dieu seul peut écrire ?Est-ce, pour le mêler‖ à vos éclats de rire,Un peu d'éternité ?
Dans ce gouffre où la larve‖ entr'ouvre son œil terne,Dans cette épouvantable‖ et livide citerne,Abîme de douleurs,Dans ce cratère obscur‖ des muettes demeures,Que voulez-vous puiser,‖ ô passants de peu d'heures,Hommes de peu de pleurs ?
Est-ce le secret sombre ?‖ est-ce la froide goutteQui, larme du néant,‖ suinte de l'âpre voûteSans aube et sans flambeau ?Est-ce quelque lueur‖ effarée et hagarde ?Est-ce le cri jeté‖ par tout ce qui regardeDerrière le tombeau ?
Vous ne puiserez rien.‖ Les morts tombent. La fosseLes voit descendre, avec‖ leur âme juste ou fausse,Leur nom, leurs pas, leur bruit.Un jour, quand souffleront‖ les célestes haleines,Dieu seul remontera‖ toutes ces urnes pleinesDe l'éternelle nuit.
X
Et la terre, agitant‖ la ronce à sa surface,Dit : — L'homme est mort ; c'est bien ;‖ que veut-on que j'en fasse ?Pourquoi me le rend-on ? —Terre ! fais-en des fleurs !‖ des lys que l'aube arrose !De cette bouche aux dents‖ béantes, fais la roseEntr'ouvrant son bouton !
Fais ruisseler ce sang‖ dans tes sources d'eaux vives,Et fais-le boire aux bœufs‖ mugissants, tes convives ;Prends ces chairs en haillons ;Fais de ces seins bleuis‖ sortir des violettes,Et couvre de ces yeux‖ que t'offrent les squelettesL'aile des papillons.
Fais avec tous ces morts‖ une joyeuse vie.Fais-en le fier torrent‖ qui gronde et qui dévie.La mousse aux frais tapis !Fais-en des rocs, des joncs,‖ des fruits, des vignes mûres,Des brises, des parfums,‖ des bois pleins de murmures,Des sillons pleins d'épis !
Fais-en des buissons verts,‖ fais-en de grandes herbes !Et qu'en ton sein profond‖ d'où se lèvent les gerbes,À travers leur sommeil,Les effroyables morts‖ sans souffle et sans parolesSe sentent frissonner‖ dans toutes ces corollesQui tremblent au soleil !
XI
La terre, sur la bière‖ où le mort pâle écoute,Tombe, et le nid gazouille,‖ et, là-bas, sur la routeSiffle le paysan ;Et ces fils, ces amis‖ que le regret amène,N'attendent même pas‖ que la fosse soit pleinePour dire : Allons-nous-en !
Le fossoyeur, payé‖ par ces douleurs hâtées,Jette sur le cercueil‖ la terre à pelletées.Toi qui, dans ton linceul,Rêvais le deuil sans fin,‖ cette blanche colombe,Avec cet homme allant‖ et venant sur ta tombe,O mort, te voilà seul !
Commencement de l'âpre‖ et morne solitude !Tu ne changeras plus‖ de lit ni d'attitude ;L'heure aux pas solennelsNe sonne plus pour toi ;‖ l'ombre te fait terrible ;L'immobile suaire‖ a sur ta forme horribleMis ses plis éternels.
Et puis le fossoyeur‖ s'en va boire la fosse.Il vient de voir des dents‖ que la terre déchausse,Il rit, il mange, il mord ;Et prend, en murmurant‖ des chansons hébétées,Un verre dans ses mains‖ à chaque instant heurtéesAux choses de la mort.
Le soir vient ; l'horizon‖ s'emplit d'inquiétude ;L'herbe tremble et bruit‖ comme une multitude ;Le fleuve blanc reluit ;Le paysage obscur‖ prend les veines des marbres ;Ces hydres que, le jour,‖ on appelle des arbres,Se tordent dans la nuit.
Le mort est seul. Il sent‖ la nuit qui le dévore.Quand naît le doux matin,‖ tout l'azur de l'aurore,Tous ses rayons si beaux,Tout l'amour des oiseaux‖ et leurs chansons sans nombre,Vont aux berceaux dorés ;‖ et, la nuit, toute l'ombreAboutit aux tombeaux.
Il entend des soupirs‖ dans les fosses voisines ;Il sent la chevelure‖ affreuse des racinesEntrer dans son cercueil ;Il est l'être vaincu‖ dont s'empare la chose ;Il sent un doigt obscur,‖ sous sa paupière close,Lui retirer son œil.
Il a froid ; car le soir,‖ qui mêle à son haleineLes ténèbres, l'horreur,‖ le spectre et le phalène,Glace ces durs grabats ;Le cadavre, lié‖ de bandelettes blanches,Grelotte, et dans sa bière‖ entend les quatre planchesQui lui parlent tout bas.
L'une dit : — Je fermais‖ ton coffre-fort. — Et l'autreDit : — J'ai servi de porte‖ au toit qui fut le nôtre. —L'autre dit : — Aux beaux jours,La table où rit l'ivresse‖ et que le vin encombre,C'était moi. — L'autre dit :‖ — J'étais le chevet sombreDu lit de tes amours.
Allez, vivants ! riez,‖ chantez ; le jour flamboie.Laissez derrière vous,‖ derrière votre joieSans nuage et sans pli,Derrière la fanfare‖ et le bal qui s'élance,Tous ces morts qu'enfouit‖ dans la fosse silenceLe fossoyeur oubli !
XII
XIII
Assez ! et levez-vous de table.Chacun prend à son tour‖ la route redoutable ;Chacun sort en tremblant ;Chantez, riez ; soyez‖ heureux, soyez célèbres ;Chacun de vous sera‖ bientôt dans les ténèbresLe spectre au regard blanc.
La foule vous admire‖ et l'azur vous éclaire ;Vous êtes riche, grand,‖ glorieux, populaire,Puissant, fier, encensé ;Vos licteurs, devant vous,‖ graves, portent la hache ;Et vous vous en irez‖ sans que personne sacheOù vous avez passé.
Jeunes filles, hélas !‖ qui donc croit à l'aurore ?Votre lèvre pâlit‖ pendant qu'on danse encoreDans le bal enchanté ;Dans les lustres blêmis‖ on voit grandir le cierge ;La mort met sur vos fronts‖ ce grand vole de viergeQu'on nomme éternité.
Le conquérant, debout‖ dans une aube enflammée,Penche, et voit s'en aller‖ son épée en fumée ;L'amante avec l'amantPasse ; le berceau prend‖ une voix sépulcrale ;L'enfant rose devient‖ larve horrible, et le râleSort du vagissement.
Ce qu'ils disaient hier,‖ le savent-ils eux-mêmes ?Des chimères, des vœux,‖ des cris, de vains problèmes !O néant inouï !Rien ne reste ; ils ont tout‖ oublié dans la fuiteDes choses que Dieu pousse‖ et qui courent si viteQue l'homme est ébloui !
O promesses ! espoirs !‖ cherchez-les dans l'espace.La bouche qui promet‖ est un oiseau qui passe.Fou qui s'y confierait !Les promesses s'en vont‖ où va le vent des plaines,Où vont les flots, où vont‖ les obscures haleinesDu soir dans la forêt !
Songe à la profondeur‖ du néant où nous sommes.Quand tu seras couché‖ sous la terre où les hommesS'enfoncent pas à pas,Tes enfants, épuisant‖ les jours que Dieu leur compte,Seront dans la lumière‖ ou seront dans la honte ;Tu ne le sauras pas !
Ce que vous rêvez tombe‖ avec ce que vous faites.Voyez ces grands palais ;‖ voyez ces chars de fêtesAux tournoyants essieux ;Voyez ces longs fusils‖ qui suivent le rivage ;Voyez ces chevaux, noirs‖ comme un héron sauvageQui vole sous les cieux,
Tout cela passera‖ comme une voix chantante.Pyramide, à tes pieds‖ tu regardes la tente,Sous l'éclatant zénith ;Tu l'entends frissonner‖ au vent comme une voile,Chéops, et tu te sens,‖ en la voyant de toile,Fière d'être en granit ;
Et toi, tente, tu dis :‖ Gloire à la pyramide !Mais, un jour, hennissant‖ comme un cheval numide,L'ouragan libyenSoufflera sur ce sable‖ où sont les tentes frêles,Et Chéops roulera‖ pêle-mêle avec ellesEn s'écriant : Eh bien !
Tu périras, malgré‖ ton enceinte murée,Et tu ne seras plus,‖ ville, ô ville sacrée,Qu'un triste amas fumant,Et ceux qui t'ont servie‖ et ceux qui t'ont aiméeFrapperont leur poitrine‖ en voyant la fuméeDe ton embrasement.
Ils diront : — O douleur !‖ ô deuil ! guerre civile !Quelle ville a jamais‖ égalé cette ville ?Ses tours montaient dans l'air ;Elle riait aux chants‖ de ses prostituées ;Elle faisait courir‖ ainsi que des nuéesSes vaisseaux sur la mer.
Ville ! où sont tes docteurs‖ qui t'enseignaient à lire ?Tes dompteurs de lions‖ qui jouaient de la lyre,Tes lutteurs jamais las ?Ville ! est-ce qu'un voleur,‖ la nuit, t'a dérobée ?Où donc est Babylone ?‖ Hélas ! elle est tombée !Elle est tombée, hélas !
On n'entend plus chez toi‖ le bruit que fait la meule.Pas un marteau n'y frappe‖ un clou. Te voilà seule.Ville, où sont tes bouffons ?Nul passant désormais‖ ne montera tes rampes ;Et l'on ne verra plus‖ la lumière des lampesLuire sous tes plafonds.
Brillez pour disparaître‖ et montez pour descendre.Le grain de sable dit‖ dans l'ombre au grain de cendre :Il faut tout engloutir.Où donc est Thèbes ? dit‖ Babylone pensive.Thèbes demande : Où donc‖ est Ninive ? et NiniveS'écrie : Où donc est Tyr ?
En laissant fuir les mots‖ de sa langue prolixe,L'homme s'agite et va,‖ suivi par un œil fixe ;Dieu n'ignore aucun toit ;Tous les jours d'ici-bas‖ ont des aubes funèbres ;Malheur à ceux qui font‖ le mal dans les ténèbresEn disant : Qui nous voit ?
Tous tombent ; l'un au bout‖ d'une course insensée,L'autre à son premier pas ;‖ l'homme sur sa pensée,La mère sur son nid ;Et le porteur de sceptre‖ et le joueur de flûteS'en vont ; et rien ne dure ;‖ et le père qui lutteSuit l'aïeul qui bénit.
Les races vont au but‖ qu'ici-bas tout révèle.Quand l'ancienne commence‖ à pâlir, la nouvelleA déjà le même air ;Dans l'éternité, gouffre‖ où se vide la tombe,L'homme coule sans fin,‖ sombre fleuve qui tombeDans une sombre mer.
Tout escalier, que l'ombre‖ ou la splendeur le couvre,Descend au tombeau calme,‖ et toute porte s'ouvreSur le dernier moment ;Votre sépulcre emplit‖ la maison où vous êtes ;Et tout plafond, croisant‖ ses poutres sur nos têtes,Est fait d'écroulement.
Veillez, veillez ! Songez à ceux que vous perdîtes ;Parlez moins haut, prenez‖ garde à ce que vous dites,Contemplez à genoux ;L'aigle trépas du bout‖ de l'aile nous effleure ;Et toute notre vie,‖ en fuite heure par heure,S'en va derrière nous.
O coups soudains ! départs‖ vertigineux ! mystère !Combien qui ne croyaient‖ parler que pour la terre,Front haut, cœur fier, bras fort,Tout à coup, comme un mur‖ subitement s'écroule,Au milieu d'une phrase‖ adressée à la foule,Sont entrés dans la mort,
Et, sous l'immensité‖ qui n'est qu'un œil sublime,Ont pâli, stupéfaits‖ de voir, dans cet abîmeD'astres et de ciel bleu,Où le masqué se montre,‖ où l'inconnu se nomme,Que le mot qu'ils avaient‖ commencé devant l'hommeS'achevait devant Dieu !
Un spectre au seuil de tout‖ tient le doigt sur sa bouche.Les morts partent. La nuit‖ de sa verge les touche.Ils vont, l'antre est profond,Nus, et se dissipant,‖ et l'on ne voit rien luire.Où donc sont-ils allés ?‖ On n'a rien à vous dire.Ceux qui s'en vont, s'en vont.
Sur quoi donc marchent-ils ?‖ sur l'énigme, sur l'ombre,Sur l'être. Ils font un pas :‖ comme la nef qui sombre,Leur blancheur disparaît ;Et l'on n'entend plus rien‖ dans l'ombre inaccessible,Que le bruit sourd que fait‖ dans le gouffre invisibleL'invisible forêt.
L'infini, route noire‖ et de brume remplie,Et qui joint l'âme à Dieu,‖ monte, fuit, multiplieSes cintres tortueux,Et s'efface… — et l'horreur‖ effare nos pupillesQuand nous entrevoyons‖ les arches et les pilesDe ce pont monstrueux.
O sort ! obscurité !‖ nuée ! on rêve, on souffre.Les êtres, dispersés‖ à tous les vents du gouffre,Ne savent ce qu'ils font.Les vivants sont hagards.‖ Les morts sont dans leurs couches.Pendant que nous songeons,‖ des pleurs, gouttes farouches,Tombent du noir plafond.
XIV
On brave l'immuable ;‖ et l'un se réfugieDans l'assoupissement,‖ et l'autre dans l'orgie.Cet autre va criant :— A bas vertu, devoir‖ et foi ! l'homme est un ventre ! —Dans ce lugubre esprit,‖ comme un tigre en son antre,Habite le néant.
Écoutez-le : — Jouir‖ est tout. L'heure est rapide.Le sacrifice est fou,‖ le martyre est stupide ;Vivre est l'essentiel.L'immensité ricane‖ et la tombe grimace.La vie est un caillou‖ que le sage ramassePour lapider le ciel. —
Il souffle, forçat noir,‖ sa vermine sur l'ange.Il est content, il est‖ hideux ; il boit, il mange ;Il rit, la lèvre en feu,Tous les rires que peut‖ inventer la démence ;Il dit tout ce que peut‖ dire en sa haine immenseLe ver de terre à Dieu.
Il dit : Non ! à celui‖ sous qui tremble le pôle.Soudain l'ange muet‖ met la main sur l'épauleDu railleur effronté ;La mort derrière lui‖ surgit pendant qu'il chante ;Dieu remplit tout à coup‖ cette bouche crachanteAvec l'éternité.
XV
Qu'est-ce que tu feras‖ de tant d'herbes fauchées,O vent ? que feras-tu‖ des pailles desséchéesEt de l'arbre abattu ?Que feras-tu de ceux‖ qui s'en vont avant l'heure,Et de celui qui rit‖ et de celui qui pleure,O vent, qu'en feras-tu ?
Que feras-tu des cœurs !‖ que feras-tu des âmes ?Nous aimâmes, hélas !‖ nous crûmes, nous pensâmes :Un moment nous brillons ;Puis, sur les panthéons‖ ou sur les ossuaires,Nous frissonnons, ceux-ci‖ drapeaux, ceux-là suaires,Tous, lambeaux et haillons !
Et ton souffle nous tient,‖ nous arrache et nous ronge !Et nous étions la vie,‖ et nous sommes le songe !Et voilà que tout fuit !Et nous ne savons plus‖ qui nous pousse et nous mène,Et nous questionnons‖ en vain notre âme pleineDe tonnerre et de nuit !
O vent, que feras-tu‖ de ces tourbillons d'êtres,Hommes, femmes, vieillards,‖ enfants, esclaves, maîtres,Souffrant, priant, aimant,Doutant, peut-être cendre‖ et peut-être semence,Qui roulent, frémissants‖ et pâles, vers l'immenseÉvanouissement !
XVI
L'arbre Éternité vit‖ sans faîte et sans racines.Ses branches sont partout,‖ proches du ver, voisinesDu grand astre doré ;L'espace voit sans fin‖ croître la branche Nombre,Et la branche Destin,‖ végétation sombre,Emplit l'homme effaré.
Nous la sentons ramper‖ et grandir sous nos crânes,Lier Deutz à Judas,‖ Nemrod à Schinderhannes,Tordre ses mille nœuds,Et, passants pénétrés‖ de fibres éternelles,Tremblants, nous la voyons‖ croiser dans nos prunellesSes fils vertigineux.
Et nous apercevons,‖ dans le plus noir de l'arbre,Les Hobbes contemplant‖ avec des yeux de marbre,Les Kant aux larges fronts ;Leur cognée à la main,‖ le pied sur les problèmes,Immobiles ; la mort‖ a fait des spectres blêmesDe tous ces bûcherons.
Ils sont là, stupéfaits‖ et chacun sur sa branche.L'un se redresse, et l'autre,‖ épouvanté, se penche.L'un voulut, l'autre osa,Tous se sont arrêtés‖ en voyant le mystère.Zénon rêve tourné‖ vers Pyrrhon, et VoltaireRegarde Spinosa.
Qu'avez-vous donc trouvé,‖ dites, chercheurs sublimes ?Quels nids avez-vous vus,‖ noirs comme des abîmes,Sur ces rameaux noueux ?Cachaient-ils des essaims‖ d'ailes sombres ou blanches ?Dites, avez-vous fait‖ envoler de ces branchesQuelque aigle monstrueux ?
De quelqu'un qui se tait‖ nous sommes les ministres ;Le noir réseau du sort‖ trouble nos yeux sinistres ;Le vent nous courbe tous ;L'ombre des mêmes nuits‖ mêle toutes les têtes.Qui donc sait le secret ?‖ le savez-vous, tempêtes ?Gouffres, en parlez-vous ?
Le problème muet‖ gonfle la mer sonore,Et, sans cesse oscillant,‖ va du soir à l'auroreEt de la taupe au lynx ;L'énigme aux yeux profonds‖ nous regarde obstinée ;Dans l'ombre nous voyons‖ sur notre destinéeLes deux griffes du sphinx.
Le mot, c'est Dieu. Ce mot‖ luit dans les âmes veuves ;Il tremble dans la flamme ;‖ onde, il coule en tes fleuves,Homme, il coule en ton sang ;Les constellations‖ le disent au silence ;Et le volcan, mortier‖ de l'infini, le lanceAux astres en passant.
Ne doutons pas. Croyons.‖ Emplissons l'étendueDe notre confiance,‖ humble, ailée, éperdue.Soyons l'immense Oui.Que notre cécité‖ ne soit pas un obstacle ;À la création‖ donnons ce grand spectacleD'un aveugle ébloui.
Car, je vous le redis,‖ votre oreille étant dure,Non est un précipice.‖ O vivants ! rien ne dure ;La chair est aux corbeaux ;La vie autour de vous‖ croule comme un vieux cloître ;Et l'herbe est formidable,‖ et l'on y voit moins croîtreDe fleurs que de tombeaux.
Tout, dès que nous doutons,‖ devient triste et farouche.Quand il veut, spectre gai,‖ le sarcasme à la boucheEt l'ombre dans les yeux,Rire avec l'infini,‖ pauvre âme aventurière,L'homme frissonnant voit‖ les arbres en prièreEt les monts sérieux ;
Le chêne ému fait signe‖ au cèdre qui contemple ;Le rocher rêveur semble‖ un prêtre dans le templePleurant un déshonneur ;L'araignée, immobile‖ au centre de ses toiles,Médite ; et le lion,‖ songeant sous les étoiles,Rugit : Pardon, Seigneur !
Jersey, cimetière de Saint-Jean, avril 1854.
Versification
- Forme
- Strophes régulières
- Rimes
- 111(aabccb) 1(aabaab)
- Mètre
- Alexandrins et hexasyllabes (449 de 12, 224 de 6)· profil 6, 6+6
- Mots à la rime
- a pense / silence féminine, classiqueb l'œil / cercueil masculine, classiquec descendent / rendent féminine, classiquea piqûre / obscure féminine, classiqueb bleus / scrofuleux masculine, classiquec nymphe / lymphe féminine, classiquea Sagesse / largesse féminine, classiqueb oublier / mancenillier masculine, classiquec nombre / l'ombre féminine, classiquea cause / chose féminine, classiqueb obscur / mur masculine, classiquec vie / envie féminine, classiquea l'être / pénètre féminine, classiqueb volontés / immensités masculine, classiquec nécessaires / misères féminine, classiquea inflexible / invisible féminine, classiqueb moment / confusément masculine, classiquec sérieuses / mystérieuses féminine, classiquea l'homme / consomme féminine, classiqueb jour / d'amour masculine, classiquec géhenne / haine féminine, classiquea trouble / double féminine, classiqueb feu / Dieu masculine, classiquec sombre / l'ombre féminine, classiquea veuve / l'épreuve féminine, classiqueb tremblons / blonds masculine, classiquec sacrées / dorées féminine, classiquea astres / pilastres féminine, classiqueb firmament / moment masculine, classiquec charme / larme féminine, classiquea tourne / séjourne féminine, classiqueb créant / néant masculine, classiquec l'année / destinée féminine, classiquea mouches / farouches féminine, classiqueb moqueurs / cœurs masculine, classiquec s'élève / rêve féminine, classiquea cendre / Alexandre féminine, classiqueb César / char masculine, classiquec tue / vêtue féminine, classiquea armée / fumée féminine, classiqueb évanouis / éblouis masculine, classiquec stagnante / rayonnante féminine, classiquea déchire / rire féminine, classiqueb genoux / portez-vous masculine, classiquec morte / porte féminine, classiquea terre / austère féminine, classiqueb bords / morts masculine, classiquec voiles / étoiles féminine, classiquea Peut-Être / naître féminine, classiqueb bornés / infortunés masculine, classiquec hostile / inutile féminine, classiquea vivre / livre féminine, classiqueb pas masculine, classiquec vide / dévide féminine, classiqueb sort / mort masculine, classiquec étoilée / ailée féminine, classiquea l'orgue / morgue féminine, classiqueb lambeaux / corbeaux masculine, classiquec poëtes / chouettes féminine, classiquea croire / noire féminine, classiqueb insensés / Assez masculine, classiquec existe / insiste féminine, classiquea semence / démence féminine, classiqueb milieu / Dieu masculine, classiquec profonde / monde féminine, classiquea cimetière / entière féminine, classiqueb deuil / cercueil masculine, classiquec éclore / l'aurore féminine, classiquea crèche / fraîche féminine, classiqueb glas / Hélas masculine, classiquec paupières / pierres féminine, classiquea punies / agonies féminine, classiqueb souffrons / Nérons masculine, classiquec bises / Cambyses féminine, classiquea serre / misère féminine, classiqueb lambeaux / tombeaux masculine, classiquec désastres / astres féminine, classiquea victoire / l'histoire féminine, classiqueb furieux / mystérieux masculine, classiquec léthargies / effigies féminine, classiquea élargies / rougies féminine, classiqueb flanc / sanglant masculine, classiquec inconnues / nues féminine, classiquea mène / humaine féminine, classiqueb cabestan / Satan masculine, classiquec laticlave / esclave féminine, classiquea pâtre / Cléopâtre féminine, classiqueb Macrin / l'airain masculine, classiquec Sodomes / hommes féminine, classiquea Onze / bronze féminine, classiqueb dévorants / tyrans masculine, classiquec Électres / spectres féminine, classiquea crimes / abîmes féminine, classiqueb l'ossement / affreusement masculine, classiquec bouche / farouche féminine, classiquea condamnées / d'années féminine, classiqueb remords / morts masculine, classiquec solitaire / terre féminine, classiquea vivante / épouvante féminine, classiqueb l'éternité / l'immobilité masculine, classiquec rugies / d'orgies féminine, classiquea sombres / décombres féminine, classiqueb genoux / qu'êtes-vous masculine, classiquec Rome / l'homme féminine, classiquea insalubre / lugubre féminine, classiqueb châtié / pitié masculine, classiquec réverbère / Tibère féminine, classiquea fruste / juste féminine, classiqueb réfugia / Borgia masculine, classiquec passe / grâce féminine, classiquea misérables / exécrables féminine, classiqueb soupiraux / bourreaux masculine, classiquec crimes / victimes féminine, classiquea Miséricorde / corde féminine, classiqueb travailleurs / douleurs masculine, classiquec sublimes / crimes féminine, classiquea gouffre / souffre féminine, classiqueb jaloux / clous masculine, classiquec claie / plaie féminine, classiquea salutaire / terre féminine, classiqueb verrous / écrous masculine, classiquec pierres / prières féminine, classiquea roche / s'approche féminine, classiqueb combats / bas masculine, classiquec tempête / bête féminine, classiquea refuge / juge féminine, classiqueb fou / caillou masculine, classiquec l'infâme / âme féminine, classiquea pense / récompense féminine, classiqueb clarté / réalité masculine, classiquec amère / chimère féminine, classiquea ouverte / verte féminine, classiqueb jauni / l'infini masculine, classiquec inanimée / fumée féminine, classiquea cimes / abîmes féminine, classiqueb font / profond masculine, classiquec superbe / l'herbe féminine, classiquea nature / créature féminine, classiqueb appuis / puits masculine, classiquea formidable / l'insondable féminine, classiqueb puiser / baiser masculine, classiquec aime / suprême féminine, classiquea frivole / s'envole féminine, classiqueb clarté / d'éternité masculine, classiquec écrire / rire féminine, classiquea terne / citerne féminine, classiqueb douleurs / pleurs masculine, classiquec demeures / d'heures féminine, classiquea goutte / voûte féminine, classiqueb flambeau / tombeau masculine, classiquec hagarde / regarde féminine, classiquea fosse / fausse féminine, classiqueb bruit / nuit masculine, classiquec haleines / pleines féminine, classiquea surface / fasse féminine, classiqueb rend-on / bouton masculine, classiquec arrose / rose féminine, classiquea vives / convives féminine, classiqueb haillons / papillons masculine, classiquec violettes / squelettes féminine, classiquea vie / dévie féminine, classiqueb tapis / d'épis masculine, classiquec mûres / murmures féminine, classiquea herbes / gerbes féminine, classiqueb sommeil / soleil masculine, classiquec paroles / corolles féminine, classiquea écoute / route féminine, classiqueb paysan / Allons-nous-en masculine, classiquec amène / pleine féminine, classiquea hâtées / pelletées féminine, classiqueb linceul / seul masculine, classiquec colombe / tombe féminine, classiquea solitude / d'attitude féminine, classiqueb solennels / éternels masculine, classiquec terrible / horrible féminine, classiquea fosse / déchausse féminine, classiqueb mord / mort masculine, classiquec hébétées / heurtées féminine, classiquea d'inquiétude / multitude féminine, classiqueb reluit / nuit masculine, classiquec marbres / arbres féminine, classiquea dévore / l'aurore féminine, classiqueb beaux / tombeaux masculine, classiquea voisines / racines féminine, classiqueb cercueil / œil masculine, classiquec chose / close féminine, classiquea haleine / phalène féminine, classiqueb grabats / bas masculine, classiquec blanches / planches féminine, classiquea l'autre / nôtre féminine, classiqueb jours / amours masculine, classiquec encombre / sombre féminine, classiquea flamboie / joie féminine, classiqueb pli / oubli masculine, classiquec s'élance / silence féminine, classiquea viendront / table / redoutable féminine, classiqueb tremblant / blanc masculine, classiquec célèbres / ténèbres féminine, classiquea éclaire / populaire féminine, classiqueb encensé / passé masculine, classiquec hache / sache féminine, classiquea l'aurore / encore féminine, classiqueb enchanté / éternité masculine, classiquec cierge / vierge féminine, classiquea enflammée / fumée féminine, classiqueb l'amant / vagissement masculine, classiquec sépulcrale / râle féminine, classiquea eux-mêmes / problèmes féminine, classiqueb inouï / ébloui masculine, classiquec fuite / vite féminine, classiquea l'espace / passe féminine, classiqueb confierait / forêt masculine, classiquec plaines / haleines féminine, classiquea sommes / hommes féminine, classiquec compte / honte féminine, classiquea faites / fêtes féminine, classiqueb essieux / cieux masculine, classiquec rivage / sauvage féminine, classiquea chantante / tente féminine, classiqueb zénith / granit masculine, classiquec voile / toile féminine, classiquea pyramide / numide féminine, classiqueb libyen / bien masculine, classiquec frêles / elles féminine, classiquea murée / sacrée féminine, classiqueb fumant / embrasement masculine, classiquec aimée / fumée féminine, classiquea civile / ville féminine, classiqueb l'air / mer masculine, classiquec prostituées / nuées féminine, classiquea lire / lyre féminine, classiqueb las / hélas masculine, classiquec dérobée / tombée féminine, classiquea meule / seule féminine, classiqueb bouffons / plafonds masculine, équivalentec rampes / lampes féminine, classiquea descendre / cendre féminine, classiqueb engloutir / Tyr masculine, classiquec pensive / Ninive féminine, classiquea prolixe / fixe féminine, classiqueb toit / voit masculine, classiquec funèbres / ténèbres féminine, classiquea insensée / pensée féminine, classiqueb nid / bénit masculine, classiquec flûte / lutte féminine, classiquea révèle / nouvelle féminine, classiqueb air / mer masculine, classiquec tombe féminine, classiquea couvre / s'ouvre féminine, classiqueb moment / d'écroulement masculine, classiquec êtes / têtes féminine, classiquea perdîtes / dites féminine, classiqueb genoux / nous masculine, classiquec effleure / heure féminine, classiquea mystère / terre féminine, classiqueb fort / mort masculine, classiquec s'écroule / foule féminine, classiquea sublime / abîme féminine, classiqueb bleu / Dieu masculine, classiquec nomme / l'homme féminine, classiquea bouche / touche féminine, classiqueb profond / vont masculine, classiquec luire / dire féminine, classiquea l'ombre / sombre féminine, classiqueb disparaît / forêt masculine, classiquec inaccessible / invisible féminine, classiquea remplie / multiplie féminine, classiqueb tortueux / monstrueux masculine, classiquec pupilles / piles féminine, classiquea souffre / gouffre féminine, classiqueb font / plafond masculine, classiquec couches / farouches féminine, classiquea réfugie / l'orgie féminine, classiqueb criant / néant masculine, classiquec ventre / antre féminine, classiquea rapide / stupide féminine, classiqueb l'essentiel / ciel masculine, classiquec grimace / ramasse féminine, classiquea l'ange / mange féminine, classiquec démence / immense féminine, classiquea pôle / l'épaule féminine, classiqueb effronté / l'éternité masculine, classiquec chante / crachante féminine, classiquea fauchées / desséchées féminine, classiqueb abattu / feras-tu masculine, classiquec l'heure / pleure féminine, classiquea âmes / pensâmes féminine, classiqueb brillons / haillons masculine, classiquec ossuaires / suaires féminine, classiquea ronge / songe féminine, classiqueb fuit / nuit masculine, classiquec mène / pleine féminine, classiquea d'êtres / maîtres féminine, classiqueb aimant / Évanouissement masculine, classiquec semence / l'immense féminine, classiquea racines / voisines féminine, classiqueb doré / effaré masculine, classiquec Nombre / sombre féminine, classiquea crânes / Schinderhannes féminine, classiqueb nœuds / vertigineux masculine, classiquec éternelles / prunelles féminine, classiquea l'arbre / marbre féminine, classiqueb fronts / bûcherons masculine, classiquec problèmes / blêmes féminine, classiquea branche / penche féminine, classiqueb osa / Spinosa masculine, classiquec mystère / Voltaire féminine, classiquea sublimes / abîmes féminine, classiqueb noueux / monstrueux masculine, classiquec blanches / branches féminine, classiquea ministres / sinistres féminine, classiqueb tous / parlez-vous masculine, classiquec têtes / tempêtes féminine, classiquea sonore / l'aurore féminine, classiqueb lynx / sphinx masculine, classiquec obstinée / destinée féminine, classiquea veuves / fleuves féminine, classiqueb sang / passant masculine, classiquec silence / lance féminine, non classiquea l'étendue / éperdue féminine, classiqueb Oui / ébloui masculine, classiquec obstacle / spectacle féminine, classiquea dure féminine, classiqueb corbeaux / tombeaux masculine, classiquec cloître / croître féminine, classiquea farouche / bouche féminine, classiqueb yeux / sérieux masculine, classiquec aventurière / prière féminine, classiquea contemple / temple féminine, classiqueb déshonneur / Seigneur masculine, classiquec toiles / étoiles féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
673 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Contemplations, Éditions Classique Garnier, 1950· numérisation Enclitt Encyclopédie de la littérature française (Rue des Écoles)· Sources