Les contemplations, 1855· Livre sixième Au bord de l’infini
X. Éclaircie
L'Océan resplendit‖ sous sa vaste nuée.L'onde, de son combat‖ sans fin exténuée,S'assoupit, et, laissant‖ l'écueil se reposer,Fait de toute la rive‖ un immense baiser.On dirait qu'en tous lieux,‖ en même temps, la vieDissout le mal, le deuil,‖ l'hiver, la nuit, l'envie,Et que le mort couché‖ dit au vivant debout :Aime ! et qu'une âme obscure,‖ épanouie en tout,Avance doucement‖ sa bouche vers nos lèvres.L'être, éteignant dans l'ombre‖ et l'extase ses fièvres,Ouvrant ses flancs, ses seins,‖ ses yeux, ses cœurs épars,Dans ses pores profonds‖ reçoit de toutes partsLa pénétration‖ de la sève sacrée.La grande paix d'en haut‖ vient comme une marée.Le brin d'herbe palpite‖ aux fentes du pavé ;Et l'âme a chaud. On sent‖ que le nid est couvé.L'infini semble plein‖ d'un frisson de feuillée.On croit être à cette heure‖ où la terre éveilléeEntend le bruit que fait‖ l'ouverture du jour,Le premier pas du vent,‖ du travail, de l'amour,De l'homme, et le verrou‖ de la porte sonore,Et le hennissement‖ du blanc cheval aurore.Le moineau d'un coup d'aile,‖ ainsi qu'un fol esprit,Vient taquiner le flot‖ monstrueux qui sourit ;L'air joue avec la mouche‖ et l'écume avec l'aigle ;Le grave laboureur‖ fait ses sillons et règleLa page où s'écrira‖ le poëme des blés ;Des pêcheurs sont là-bas‖ sous un pampre attablés ;L'horizon semble un rêve‖ éblouissant où nageL'écaille de la mer,‖ la plume du nuage,Car l'Océan est hydre‖ et le nuage oiseau.Une lueur, rayon‖ vague, part du berceauQu'une femme balance‖ au seuil d'une chaumière,Dore les champs, les fleurs,‖ l'onde et devient lumièreEn touchant un tombeau‖ qui dort près du clocher.Le jour plonge au plus noir‖ du gouffre, et va chercherL'ombre, et la baise au front‖ sous l'eau sombre et hagarde.Tout est doux, calme, heureux,‖ apaisé ; Dieu regarde.
Marine-Terrace, juillet 1855.
Versification
- Forme
- 1 distiques (distiques)
- Rimes
- 19((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 1 distiques
- Mots à la rime
- a nuée / exténuée féminine, classiqueb reposer / baiser masculine, classiquec vie / l'envie féminine, classiqued debout / tout masculine, classiquee lèvres / fièvres féminine, classiquef épars / parts masculine, classiqueg sacrée / marée féminine, classiqueh pavé / couvé masculine, classiquei feuillée / éveillée féminine, classiquej jour / l'amour masculine, classiquek sonore / aurore féminine, classiquel esprit / sourit masculine, classiquem l'aigle / règle féminine, classiquen blés / attablés masculine, classiqueo nage / nuage féminine, classiquep oiseau / berceau masculine, classiqueq chaumière / lumière féminine, classiquer clocher / chercher masculine, classiques hagarde / regarde féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
38 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Contemplations, Éditions Classique Garnier, 1950· numérisation Enclitt Encyclopédie de la littérature française (Rue des Écoles)· Sources