Les contemplations, 1855· Livre sixième Au bord de l’infini
XX. Relligio
L'ombre venait ; le soir‖ tombait, calme et terrible.Hermann me dit : — Quelle est‖ ta foi, quelle est ta bible ?Parle. Es-tu ton propre géant ?Si tes vers ne sont pas‖ de vains flocons d'écume,Si ta strophe n'est pas‖ un tison noir qui fumeSur le tas de cendre Néant,
Si tu n'es pas une âme‖ en l'abîme engloutie,Quel est donc ton ciboire‖ et ton eucharistie ?Quelle est donc la source où tu bois ? —Je me taisais ; il dit :‖ — Songeur qui civilises,Pourquoi ne vas-tu pas‖ prier dans les églises ? —Nous marchions tous deux dans les bois.
Et je lui dis : — Je prie.‖ — Hermann dit : — Dans quel temple ?Quel est le célébrant‖ que ton âme contemple,Et l'autel qu'elle réfléchit ?Devant quel confesseur‖ la fais-tu comparaître ?— L'église, c'est l'azur,‖ lui dis-je ; et quant au prêtre… —En ce moment le ciel blanchit.
La lune à l'horizon‖ montait, hostie énorme ;Tout avait le frisson,‖ le pin, le cèdre et l'orme,Le loup, et l'aigle, et l'alcyon ;Lui montrant l'astre d'or‖ sur la terre obscurcie,Je lui dis : — Courbe-toi.‖ Dieu lui-même officie,Et voici l'élévation.
Marine-Terrace, octobre 1855.
Versification
- Forme
- 4 sizains (sizains)
- Rimes
- 4(aabccb)
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (16 de 12, 8 de 8)· profil 8, 6+6
- Strophes
- 4 sizains
- Mots à la rime
- a terrible / bible féminine, classiqueb géant / Néant masculine, classiquec d'écume / fume féminine, classiquea engloutie / eucharistie féminine, classiqueb bois masculine, classiquec civilises / églises féminine, classiquea temple / contemple féminine, classiqueb réfléchit / blanchit masculine, classiquec comparaître / prêtre féminine, classiquea énorme / l'orme féminine, classiqueb l'alcyon / l'élévation masculine, classiquec obscurcie / officie féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
24 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Contemplations, Éditions Classique Garnier, 1950· numérisation Enclitt Encyclopédie de la littérature française (Rue des Écoles)· Sources