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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les contemplations, 1855· Livre sixième Au bord de l’infini

XIX. Voyage de nuit

Victor Hugo· 1 distiques, alexandrins, 52 vers

On conteste, on dispute,‖ on proclame, on ignore.Chaque religion‖ est une tour sonore ;Ce qu'un prêtre édifie,‖ un prêtre le détruit ;Chaque temple, tirant‖ sa corde dans la nuit,Fait, dans l'obscurité‖ sinistre et solennelle,Rendre un son différent‖ à la cloche éternelle.Nul ne connaît le fond,‖ nul ne voit le sommet.Tout l'équipage humain‖ semble en démence ; on metUn aveugle en vigie,‖ un manchot à la barre,À peine a-t-on passé‖ du sauvage au barbare,À peine a-t-on franchi‖ le plus noir de l'horreur,À peine a-t-on, parmi‖ le vertige et l'erreur,Dans ce brouillard où l'homme‖ attend, songe et soupire,Sans sortir du mauvais,‖ fait un pas hors du pire,Que le vieux temps revient‖ et nous mord les talons,Et nous crie : Arrêtez !‖ Socrate dit : Allons !Jésus-Christ dit : Plus loin !‖ et le sage et l'apôtreS'en vont se demander‖ dans le ciel l'un à l'autreQuel goût a la ciguë‖ et quel goût a le fiel.Par moments, voyant l'homme‖ ingrat, fourbe et cruel,Satan lui prend la main‖ sous le linceul de l'ombre.Nous appelons science‖ un tâtonnement sombre.L'abîme, autour de nous,‖ lugubre tremblement,S'ouvre et se ferme ; et l'œil‖ s'effraie égalementDe ce qui s'engloutit‖ et de ce qui surnage.Sans cesse le progrès,‖ roue au double engrenage,Fait marcher quelque chose‖ en écrasant quelqu'un.Le mal peut être joie,‖ et le poison parfum.Le crime avec la loi,‖ morne et mélancolique,Lutte ; le poignard parle,‖ et l'échafaud réplique.Nous entendons, sans voir‖ la source ni la fin,Derrière notre nuit,‖ derrière notre faim,Rire l'ombre Ignorance‖ et la larve Misère.Le lys a-t-il raison ?‖ et l'astre est-il sincère ?Je dis oui, tu dis non.‖ Ténèbres et rayonsAffirment à la fois.‖ Doute, Adam ! nous voyonsDe la nuit dans l'enfant,‖ de la nuit dans la femme ;Et sur notre avenir‖ nous querellons notre âme ;Et, brûlé, puis glacé,‖ chaos, semoun, frimas,L'homme de l'infini‖ traverse les climats.Tout est brume ; le vent‖ souffle avec des huées,Et de nos passions‖ arrache des nuées ;Rousseau dit : L'homme monte ;‖ et de Maistre : Il descend !Mais, ô Dieu ! le navire‖ énorme et frémissant,Le monstrueux vaisseau‖ sans agrès et sans voiles,Qui flotte, globe noir,‖ dans la mer des étoiles,Et qui porte nos maux,‖ fourmillement humain,Va, marche, vogue et roule,‖ et connaît son chemin ;Le ciel sombre, où parfois‖ la blancheur semble éclore,À l'effrayant roulis‖ mêle un frisson d'aurore,De moment en moment‖ le sort est moins obscur,Et l'on sent bien qu'on est‖ emporté vers l'azur.

Marine-Terrace, octobre 1855.

Versification

Forme
1 distiques (distiques)
Rimes
26((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
1 distiques
Mots à la rime
a ignore / sonore féminine, classiqueb détruit / nuit masculine, classiquec solennelle / éternelle féminine, classiqued sommet / met masculine, classiquee barre / barbare féminine, classiquef l'horreur / l'erreur masculine, classiqueg soupire / pire féminine, classiqueh talons / Allons masculine, classiquei l'apôtre / l'autre féminine, classiquej fiel / cruel masculine, classiquek l'ombre / sombre féminine, classiquel tremblement / également masculine, classiquem surnage / engrenage féminine, classiquen quelqu'un / parfum masculine, classiqueo mélancolique / réplique féminine, classiquep fin / faim masculine, classiqueq Misère / sincère féminine, classiquer rayons / voyons masculine, classiques femme / âme féminine, classiquet frimas / climats masculine, classiqueu huées / nuées féminine, classiquev descend / frémissant masculine, classiquew voiles / étoiles féminine, classiquex humain / chemin masculine, classiquey éclore / d'aurore féminine, classiquez obscur / l'azur masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

52 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Contemplations, Éditions Classique Garnier, 1950· numérisation Enclitt Encyclopédie de la littérature française (Rue des Écoles)· Sources