Les contemplations, 1843· Livre deuxième L’âme en fleur
XXII. « — Aimons toujours ! aimons encore »
— Aimons toujours ! aimons encore !Quand l'amour s'en va, l'espoir fuit.L'amour, c'est le cri de l'aurore,L'amour, c'est l'hymne de la nuit.
Ce que le flot dit aux rivages,Ce que le vent dit aux vieux monts,Ce que l'astre dit aux nuages,C'est le mot ineffable : Aimons !
L'amour fait songer, vivre et croire.Il a, pour réchauffer le cœur,Un rayon de plus que la gloire,Et ce rayon, c'est le bonheur !
Aime ! qu'on les loue ou les blâme,Toujours les grands cœurs aimeront :Joins cette jeunesse de l'âmeÀ la jeunesse de ton front !
Aime, afin de charmer tes heures !Afin qu'on voie en tes beaux yeuxDes voluptés intérieuresLe sourire mystérieux !
Aimons-nous toujours davantage !Unissons-nous mieux chaque jour.Les arbres croissent en feuillage ;Que notre âme croisse en amour !
Soyons le miroir et l'image !Soyons la fleur et le parfum !Les amants, qui, seuls sous l'ombrage,Se sentent deux et ne sont qu'un !
Les poëtes cherchent les belles.La femme, ange aux chastes faveurs,Aime à rafraîchir sous ses ailesCes grands fronts brûlants et rêveurs.
Venez à nous, beautés touchantes !Viens à moi, toi, mon bien, ma loi !Ange ! viens à moi quand tu chantes,Et, quand tu pleures, viens à moi !
Nous seuls comprenons vos extases ;Car notre esprit n'est point moqueur ;Car les poëtes sont les vasesOù les femmes versent leur cœur.
Moi qui ne cherche dans ce mondeQue la seule réalité,Moi qui laisse fuir comme l'ondeTout ce qui n'est que vanité,
Je préfère, aux biens dont s'enivreL'orgueil du soldat ou du roi,L'ombre que tu fais sur mon livreQuand ton front se penche sur moi.
Toute ambition alluméeDans notre esprit, brasier subtil,Tombe en cendre ou vole en fumée,Et l'on se dit : « Qu'en reste-t-il ? »
Tout plaisir, fleur à peine écloseDans notre avril sombre et terni,S'effeuille et meurt, lis myrte ou rose,Et l'on se dit : « C'est donc fini ! »
L'amour seul reste. O noble femme,Si tu veux, dans ce vil séjour,Garder ta foi, garder ton âme,Garder ton Dieu, garde l'amour !
Conserve en ton cœur, sans rien craindre,Dusses-tu pleurer et souffrir,La flamme qui ne peut s'éteindreEt la fleur qui ne peut mourir !
Mai 18..
Versification
- Forme
- 16 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 16(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 16 quatrains
- Mots à la rime
- a encore / l'aurore féminine, classiqueb fuit / nuit masculine, classiquea rivages / nuages féminine, classiqueb monts / Aimons masculine, classiquea croire / gloire féminine, classiqueb cœur / bonheur masculine, classiquea blâme / l'âme féminine, classiqueb aimeront / front masculine, classiquea heures / intérieures féminine, classiqueb yeux / mystérieux masculine, classiquea davantage / feuillage féminine, classiqueb jour / amour masculine, classiquea l'image / l'ombrage féminine, classiqueb parfum / qu'un masculine, classiquea belles / ailes féminine, classiqueb faveurs / rêveurs masculine, classiquea touchantes / chantes féminine, classiqueb loi / moi masculine, classiquea extases / vases féminine, classiqueb moqueur / cœur masculine, classiquea monde / l'onde féminine, classiqueb réalité / vanité masculine, classiquea s'enivre / livre féminine, classiqueb roi / moi masculine, classiquea allumée / fumée féminine, classiqueb subtil / reste-t-il masculine, classiquea éclose / rose féminine, classiqueb terni / fini masculine, classiquea femme / âme féminine, classiqueb séjour / l'amour masculine, classiquea craindre / s'éteindre féminine, classiqueb souffrir / mourir masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
64 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Contemplations, Éditions Classique Garnier, 1950· numérisation Enclitt Encyclopédie de la littérature française (Rue des Écoles)· Sources