Les contemplations, 1843· Livre deuxième L’âme en fleur
XXIII. Après l’hiver
Tout revit, ma bien-aimée !Le ciel gris perd sa pâleur ;Quand la terre est embaumée,Le cœur de l'homme est meilleur.
En haut, d'où l'amour ruisselle,En bas, où meurt la douleur,La même immense étincelleAllume l'astre et la fleur.
L'hiver fuit, saison d'alarmes,Noir avril mystérieuxOù l'âpre sève des larmesCoule, et du cœur monte aux yeux.
O douce désuétudeDe souffrir et de pleurer !Veux-tu, dans la solitude,Nous mettre à nous adorer ?
La branche au soleil se doreEt penche, pour l'abriter,Ses boutons qui vont écloreSur l'oiseau qui va chanter.
L'aurore où nous nous aimâmesSemble renaître à nos yeux ;Et mai sourit dans nos âmesComme il sourit dans les cieux.
On entend rire, on voit luireTous les êtres tour à tour,La nuit, les astres bruire,Et les abeilles, le jour.
Et partout nos regards lisent,Et, dans l'herbe et dans les nids,De petites voix nous disent :« Les aimants sont les bénis ! »
L'air enivre ; tu reposesÀ mon cou tes bras vainqueurs. —Sur les rosiers que de roses !Que de soupirs dans nos cœurs !
Comme l'aube, tu me charmes ;Ta bouche et tes yeux chérisOnt, quand tu pleures, ses larmes,Et ses perles quand tu ris.
La nature, sœur jumelleD'Ève et d'Adam et du jour,Nous aime, nous berce et mêleSon mystère à notre amour.
Il suffit que tu paraissesPour que le ciel, t'adorant,Te contemple ; et, nos caresses,Toute l'ombre nous les rend !
Clartés et parfums nous-mêmes,Nous baignons nos cœurs heureuxDans les effluves suprêmesDes éléments amoureux.
Et, sans qu'un souci t'oppresse,Sans que ce soit mon tourment,J'ai l'étoile pour maîtresse ;Le soleil est ton amant ;
Et nous donnons notre fièvreAux fleurs où nous appuyonsNos bouches, et notre lèvreSent le baiser des rayons.
Juin 18..
Versification
- Forme
- 15 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 15(abab)
- Mètre
- Heptasyllabes
- Strophes
- 15 quatrains
- Mots à la rime
- a bien-aimée / embaumée féminine, classiqueb pâleur / meilleur masculine, classiquea ruisselle / étincelle féminine, classiqueb douleur / fleur masculine, classiquea d'alarmes / larmes féminine, classiqueb mystérieux / yeux masculine, classiquea désuétude / solitude féminine, classiqueb pleurer / adorer masculine, classiquea dore / éclore féminine, classiqueb l'abriter / chanter masculine, classiquea aimâmes / âmes féminine, classiqueb yeux / cieux masculine, classiquea luire / bruire féminine, classiqueb tour / jour masculine, classiquea lisent / disent féminine, classiqueb nids / bénis masculine, classiquea reposes / roses féminine, classiqueb vainqueurs / cœurs masculine, classiquea charmes / larmes féminine, classiqueb chéris / ris masculine, classiquea jumelle / mêle féminine, classiqueb jour / amour masculine, classiquea paraisses / caresses féminine, classiqueb t'adorant / rend masculine, classiquea nous-mêmes / suprêmes féminine, classiqueb heureux / amoureux masculine, classiquea t'oppresse / maîtresse féminine, classiqueb tourment / amant masculine, classiquea fièvre / lèvre féminine, classiqueb appuyons / rayons masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Contemplations, Éditions Classique Garnier, 1950· numérisation Enclitt Encyclopédie de la littérature française (Rue des Écoles)· Sources