Les contemplations, 1843· Livre troisième Les luttes et les rêves
II. Melancholia
Écoutez. Une femme‖ au profil décharné,Maigre, blême, portant‖ un enfant étonné,Est là qui se lamente‖ au milieu de la rue.La foule, pour l'entendre,‖ autour d'elle se rue.Elle accuse quelqu'un,‖ une autre femme, ou bienSon mari. Ses enfants‖ ont faim. Elle n'a rien ;Pas d'argent ; pas de pain ;‖ à peine un lit de paille.L'homme est au cabaret‖ pendant qu'elle travaille.Elle pleure, et s'en va.‖ Quand ce spectre a passé,O penseurs, au milieu‖ de ce groupe amassé,Qui vient de voir le fond‖ d'un cœur qui se déchire,Qu'entendez-vous toujours ?‖ Un long éclat de rire.
Cette fille au doux front‖ a cru peut-être, un jour,Avoir droit au bonheur,‖ à la joie, à l'amour.Mais elle est seule, elle est‖ sans parents, pauvre fille !Seule ! — n'importe ! elle a‖ du courage, une aiguille,Elle travaille, et peut‖ gagner dans son réduit,En travaillant le jour,‖ en travaillant la nuit,Un peu de pain, un gîte,‖ une jupe de toile.Le soir, elle regarde‖ en rêvant quelque étoile,Et chante au bord du toit‖ tant que dure l'été.Mais l'hiver vient. Il fait‖ bien froid, en vérité,Dans ce logis mal clos‖ tout en haut de la rampe ;Les jours sont courts, il faut‖ allumer une lampe ;L'huile est chère, le bois‖ est cher, le pain est cher.O jeunesse ! printemps !‖ aube ! en proie à l'hiver !La faim passe bientôt‖ sa griffe sous la porte,Décroche un vieux manteau,‖ saisit la montre, emporteLes meubles, prend enfin‖ quelque humble bague d'or ;Tout est vendu ! L'enfant‖ travaille et lutte encor ;Elle est honnête ; mais‖ elle a, quand elle veille,La misère, démon,‖ qui lui parle à l'oreille.L'ouvrage manque, hélas !‖ cela se voit souvent.Que devenir ! Un jour,‖ ô jour sombre ! elle vendLa pauvre croix d'honneur‖ de son vieux père, et pleure ;Elle tousse, elle a froid.‖ Il faut donc qu'elle meure !À dix-sept ans ! grand Dieu !‖ mais que faire ?… — VoilàCe qui fait qu'un matin‖ la douce fille allaDroit au gouffre, et qu'enfin,‖ à présent, ce qui monteÀ son front, ce n'est plus‖ la pudeur, c'est la honte.Hélas ! et maintenant,‖ deuil et pleurs éternels !C'est fini. Les enfants,‖ ces innocents cruels,La suivent dans la rue‖ avec des cris de joie.Malheureuse ! elle traîne‖ une robe de soie,Elle chante, elle rit…‖ ah ! pauvre âme aux abois !Et le peuple sévère,‖ avec sa grande voix,Souffle qui courbe un homme‖ et qui brise une femme,Lui dit quand elle vient :‖ « C'est toi ? Va-t-en, infâme ! »
Un homme s'est fait riche‖ en vendant à faux poids ;La loi le fait juré.‖ L'hiver, dans les temps froids ;Un pauvre a pris un pain‖ pour nourrir sa famille.Regardez cette salle‖ où le peuple fourmille ;Ce riche y vient juger‖ ce pauvre. Écoutez bien.C'est juste, puisque l'un‖ a tout et l'autre rien.Ce juge, — ce marchand,‖ — fâché de perdre une heure,Jette un regard distrait‖ sur cet homme qui pleure,L'envoie au bagne, et part‖ pour sa maison des champs.Tous s'en vont en disant :‖ « C'est bien ! » bons et méchants ;Et rien ne reste là‖ qu'un Christ pensif et pâle,Levant les bras au ciel‖ dans le fond de la salle.
Un homme de génie‖ apparaît. Il est doux,Il est fort, il est grand ;‖ il est utile à tous ;Comme l'aube au-dessus‖ de l'océan qui roule,Il dore d'un rayon‖ tous les fronts de la foule ;Il luit ; le jour qu'il jette‖ est un jour éclatant ;Il apporte une idée‖ au siècle qui l'attend ;Il fait son œuvre ; il veut‖ des choses nécessaires,Agrandir les esprits,‖ amoindrir les misères ;Heureux, dans ses travaux‖ dont les cieux sont témoins,Si l'on pense un peu plus,‖ si l'on souffre un peu moins !Il vient. — Certe, on le va‖ couronner ! — On le hue !Scribes, savants, rhéteurs,‖ les salons, la cohue,Ceux qui n'ignorent rien,‖ ceux qui doutent de tout,Ceux qui flattent le roi,‖ ceux qui flattent l'égout,Tous hurlent à la fois‖ et font un bruit sinistre.Si c'est un orateur‖ ou si c'est un ministre,On le siffle. Si c'est‖ un poëte, il entendCe chœur : « Absurde ! faux !‖ monstrueux ! révoltant ! »Lui, cependant, tandis‖ qu'on bave sur sa palme,Debout, les bras croisés,‖ le front levé, l'œil calme,Il contemple, serein,‖ l'idéal et le beau ;Il rêve ; et, par moments,‖ il secoue un flambeauQui, sous ses pieds, dans l'ombre,‖ éblouissant la haine,Éclaire tout à coup‖ le fond de l'âme humaine ;Ou, ministre, il prodigue‖ et ses nuits et ses jours ;Orateur, il entasse‖ efforts, travaux, discours ;Il marche, il lutte ! Hélas !‖ l'injure ardente et triste,À chaque pas qu'il fait,‖ se transforme et persiste.Nul abri. Ce serait‖ un ennemi public,Un monstre fabuleux,‖ dragon ou basilic,Qu'il serait moins traqué‖ de toutes les manières,Moins entouré de gens‖ armés de grosses pierres,Moins haï ! — Pour eux tous‖ et pour ceux qui viendront,Il va semant la gloire,‖ il recueille l'affront.Le progrès est son but,‖ le bien est sa boussole ;Pilote, sur l'avant‖ du navire il s'isole ;Tout marin, pour dompter‖ les vents et les courants,Met tour à tour le cap‖ sur des points différents,Et, pour mieux arriver,‖ dévie en apparence ;Il fait de même ; aussi‖ blâme et cris ; l'ignoranceSait tout, dénonce tout ;‖ il allait vers le nord,Il avait tort ; il va‖ vers le sud, il a tort ;Si le temps devient noir,‖ que de rage et de joie !Cependant, sous le faix‖ sa tête à la fin ploie,L'âge vient, il couvait‖ un mal profond et lent,Il meurt. L'envie alors,‖ ce démon vigilant,Accourt, le reconnaît,‖ lui ferme la paupière,Prend soin de le clouer‖ de ses mains dans la bière,Se penche, écoute, épie‖ en cette sombre nuitS'il est vraiment bien mort,‖ s'il ne fait pas de bruit,S'il ne peut plus savoir‖ de quel nom on le nomme,Et, s'essuyant les yeux,‖ dit : « C'était un grand homme ! »
Où vont tous ces enfants‖ dont pas un seul ne rit ?Ces doux êtres pensifs,‖ que la fièvre maigrit ?Ces filles de huit ans‖ qu'on voit cheminer seules ?Ils s'en vont travailler‖ quinze heures sous des meules ;Ils vont, de l'aube au soir,‖ faire éternellementDans la même prison‖ le même mouvement.Accroupis sous les dents‖ d'une machine sombre,Monstre hideux qui mâche‖ on ne sait quoi dans l'ombre,Innocents dans un bagne,‖ anges dans un enfer,Ils travaillent. Tout est‖ d'airain, tout est de fer.Jamais on ne s'arrête‖ et jamais on ne joue.Aussi quelle pâleur !‖ la cendre est sur leur joue.Il fait à peine jour,‖ ils sont déjà bien las.Ils ne comprennent rien‖ à leur destin, hélas !Ils semblent dire à Dieu :‖ « Petits comme nous sommes,Notre père, voyez‖ ce que nous font les hommes ! »O servitude infâme‖ imposée à l'enfant !Rachitisme ! travail‖ dont le souffle étouffantDéfait ce qu'a fait Dieu ;‖ qui tue, œuvre insensée,La beauté sur les fronts,‖ dans les cœurs la pensée,Et qui ferait — c'est là‖ son fruit le plus certain —D'Apollon un bossu,‖ de Voltaire un crétin !Travail mauvais qui prend‖ l'âge tendre en sa serre,Qui produit la richesse‖ en créant la misère,Qui se sert d'un enfant‖ ainsi que d'un outil !Progrès dont on demande :‖ « Où va-t-il ? que veut-il ? »Qui brise la jeunesse‖ en fleur ! qui donne, en somme,Une âme à la machine‖ et la retire à l'homme !Que ce travail, haï‖ des mères, soit maudit !Maudit comme le vice‖ où l'on s'abâtardit,Maudit comme l'opprobre‖ et comme le blasphème !O Dieu ! qu'il soit maudit‖ au nom du travail même,Au nom du vrai travail,‖ saint, fécond, généreux,Qui fait le peuple libre‖ et qui rend l'homme heureux !
Le pesant chariot‖ porte une énorme pierre ;Le limonier, suant‖ du mors à la croupière,Tire, et le roulier fouette,‖ et le pavé glissantMonte, et le cheval triste‖ a le poitrail en sang.Il tire, traîne, geint,‖ tire encore et s'arrête ;Le fouet noir tourbillonne‖ au-dessus de sa tête ;C'est lundi ; l'homme hier‖ buvait aux PorcheronsUn vin plein de fureur,‖ de cris et de jurons ;Oh ! quelle est donc la loi‖ formidable qui livreL'être à l'être, et la bête‖ effarée à l'homme ivre !L'animal éperdu‖ ne peut plus faire un pas ;Il sent l'ombre sur lui‖ peser ; il ne sait pas,Sous le bloc qui l'écrase‖ et le fouet qui l'assomme,Ce que lui veut la pierre‖ et ce que lui veut l'homme.Et le roulier n'est plus‖ qu'un orage de coupsTombant sur ce forçat‖ qui traîne les licous,Qui souffre et ne connaît‖ ni repos ni dimanche.Si la corde se casse,‖ il frappe avec le manche,Et, si le fouet se casse,‖ il frappe avec le pié ;Et le cheval, tremblant,‖ hagard, estropié,Baisse son cou lugubre‖ et sa tête égarée ;On entend, sous les coups‖ de la botte ferrée,Sonner le ventre nu‖ du pauvre être muet !Il râle ; tout à l'heure‖ encore il remuait ;Mais il ne bouge plus,‖ et sa force est finie ;Et les coups furieux‖ pleuvent ; son agonieTente un dernier effort ;‖ son pied fait un écart,Il tombe, et le voilà‖ brisé sous le brancard ;Et, dans l'ombre, pendant‖ que son bourreau redouble,Il regarde Quelqu'un‖ de sa prunelle trouble ;Et l'on voit lentement‖ s'éteindre, humble et terni,Son œil plein des stupeurs‖ sombres de l'infini,Où luit vaguement l'âme‖ effrayante des choses.Hélas !
Cet avocat plaide toutes les causes ;Il rit des généreux‖ qui désirent savoirSi blanc n'a pas raison,‖ avant de dire noir ;Calme, en sa conscience‖ il met ce qu'il rencontre,Ou le sac d'argent Pour,‖ ou le sac d'argent Contre ;Le sac pèse pour lui‖ ce que la cause vaut.Embusqué, plume au poing,‖ dans un journal dévot,Comme un bandit tuerait,‖ cet écrivain diffame.La foule hait cet homme‖ et proscrit cette femme ;Ils sont maudits. Quel est‖ leur crime ? Ils ont aimé.L'opinion rampante‖ accable l'opprimé,Et, chatte aux pieds des forts,‖ pour le faible est tigresse.De l'inventeur mourant‖ le parasite engraisse.Le monde parle, assure,‖ affirme, jure, ment,Triche, et rit d'escroquer‖ la dupe Dévouement.Le puissant resplendit‖ et du destin se joue ;Derrière lui, tandis‖ qu'il marche et fait la roue,Sa fiente épanouie‖ engendre son flatteur.Les nains sont dédaigneux‖ de toute leur hauteur.O hideux coins de rue‖ où le chiffonnier morneVa, tenant à la main‖ sa lanterne de corne,Vos tas d'ordures sont‖ moins noirs que les vivants !Qui, des vents ou des cœurs,‖ est le plus sûr ? Les vents.Cet homme ne croit rien‖ et fait semblant de croire ;Il a l'œil clair, le front‖ gracieux, l'âme noire ;Il se courbe ; il sera‖ votre maître demain.
Tu casses des cailloux,‖ vieillard, sur le chemin ;Ton feutre humble et troué‖ s'ouvre à l'air qui le mouille ;Sous la pluie et le temps‖ ton crâne nu se rouille ;Le chaud est ton tyran,‖ le froid est ton bourreau ;Ton vieux corps grelottant‖ tremble sous ton sarrau ;Ta cahute, au niveau‖ du fossé de la route,Offre son toit de mousse‖ à la chèvre qui broute ;Tu gagnes dans ton jour‖ juste assez de pain noirPour manger le matin‖ et pour jeûner le soir ;Et, fantôme suspect‖ devant qui l'on recule,Regardé de travers‖ quand vient le crépuscule,Pauvre au point d'alarmer‖ les allants et venants,Frère sombre et pensif‖ des arbres frissonnants,Tu laisses choir tes ans‖ ainsi qu'eux leur feuillage ;Autrefois, homme alors‖ dans la force de l'âge,Quand tu vis que l'Europe‖ implacable venait,Et menaçait Paris‖ et notre aube qui naît,Et, mer d'hommes, roulait‖ vers la France effarée,Et le Russe et le Hun‖ sur la terre sacréeSe ruer, et le nord‖ revomir Attila,Tu te levas, tu pris‖ ta fourche ; en ces temps-là,Tu fus, devant les rois‖ qui tenaient la campagne,Un des grands paysans‖ de la grande Champagne.C'est bien. Mais, vois, là-bas,‖ le long du vert sillon,Une calèche arrive,‖ et, comme un tourbillon,Dans la poudre du soir‖ qu'à ton front tu secoues,Mêle l'éclair du fouet‖ au tonnerre des roues.Un homme y dort. Vieillard,‖ chapeau bas ! Ce passantFit sa fortune à l'heure‖ où tu versais ton sang ;Il jouait à la baisse,‖ et montait à mesureQue notre chute était‖ plus profonde et plus sûre ;Il fallait un vautour‖ à nos morts ; il le fut ;Il fit, travailleur âpre‖ et toujours à l'affût,Suer à nos malheurs‖ des châteaux et des rentes ;Moscou remplit ses prés‖ de meules odorantes ;Pour lui, Leipsick payait‖ des chiens et des valets,Et la Bérésina‖ charriait un palais ;Pour lui, pour que cet homme‖ ait des fleurs, des charmilles,Des parcs dans Paris même‖ ouvrant leurs larges grilles,Des jardins où l'on voit‖ le cygne errer sur l'eau,Un million joyeux‖ sortit de Waterloo ;Si bien que du désastre‖ il a fait sa victoire,Et que, pour la manger,‖ et la tordre, et la boire,Ce Shaylock, avec‖ le sabre de Blucher,A coupé sur la France‖ une livre de chair.Or, de vous deux, c'est toi‖ qu'on hait, lui qu'on vénère ;Vieillard, tu n'es qu'un gueux,‖ et ce millionnaire,C'est l'honnête homme. Allons,‖ debout, et chapeau bas !
Les carrefours sont pleins‖ de chocs et de combats.Les multitudes vont‖ et viennent dans les rues.Foules ! sillons creusés‖ par ces mornes charrues :Nuit, douleur, deuil ! champ triste‖ où souvent a germéUn épi qui fait peur‖ à ceux qui l'ont semé !Vie et mort ! onde où l'hydre‖ à l'infini s'enlace !Peuple océan jetant‖ l'écume populace !Là sont tous les chaos‖ et toutes les grandeurs ;Là, fauve, avec ses maux,‖ ses horreurs, ses laideurs,Ses larves, désespoirs,‖ haines, désirs, souffrances,Qu'on distingue à travers‖ de vagues transparences,Ses rudes appétits,‖ redoutables aimants,Ses prostitutions,‖ ses avilissements,Et la fatalité‖ de ses mœurs imperdables,La misère épaissit‖ ses couches formidables.Les malheureux sont là,‖ dans le malheur reclus.L'indigence, flux noir,‖ l'ignorance, reflux,Montent, marée affreuse,‖ et, parmi les décombres,Roulent l'obscur filet‖ des pénalités sombres.Le besoin fuit le mal‖ qui le tente et le suit,Et l'homme cherche l'homme‖ à tâtons ; il fait nuit ;Les petits enfants nus‖ tendent leurs mains funèbres ;Le crime, antre béant,‖ s'ouvre dans ces ténèbres ;Le vent secoue et pousse,‖ en ses froids tourbillons,Les âmes en lambeaux‖ dans les corps en haillons ;Pas de cœur où ne croisse‖ une aveugle chimère.Qui grince des dents ? L'homme.‖ Et qui pleure ? La mère.Qui sanglote ? La vierge‖ aux yeux hagards et doux.Qui dit : « J'ai froid ? » L'aïeule.‖ Et qui dit : « J'ai faim ? » Tous !Et le fond est horreur,‖ et la surface est joie.Au-dessus de la faim,‖ le festin qui flamboie,Et sur le pâle amas‖ des cris et des douleurs,Les chansons et le rire‖ et les chapeaux de fleurs !Ceux-là sont les heureux.‖ Ils n'ont qu'une pensée :À quel néant jeter‖ la journée insensée ?Chiens, voitures, chevaux !‖ cendre au reflet vermeil !Poussière dont les grains‖ semblent d'or au soleil !Leur vie est aux plaisirs‖ sans fin, sans but, sans trêve,Et se passe à tâcher‖ d'oublier dans un rêveL'enfer au-dessous d'eux‖ et le ciel au-dessus.Quand on voile Lazare,‖ on efface Jésus.Ils ne regardent pas‖ dans les ombres moroses.Ils n'admettent que l'air‖ tout parfumé de roses,La volupté, l'orgueil,‖ l'ivresse, et le laquais,Ce spectre galonné‖ du pauvre, à leurs banquets.Les fleurs couvrent les seins‖ et débordent des vases.Le bal, tout frissonnant‖ de souffles et d'extases,Rayonne, étourdissant‖ ce qui s'évanouit ;Éden étrange fait‖ de lumière et de nuit.Les lustres aux plafonds‖ laissent pendre leurs flammes,Et semblent la racine‖ ardente et pleine d'âmesDe quelque arbre céleste‖ épanoui plus haut.Noir paradis dansant‖ sur l'immense cachot !Ils savourent, ravis,‖ l'éblouissement sombreDes beautés, des splendeurs,‖ des quadrilles sans nombre,Des couples, des amours,‖ des yeux bleus, des yeux noirs.Les valses, visions,‖ passent dans les miroirs.Parfois, comme aux forêts‖ la fuite des cavales,Les galops effrénés‖ courent ; par intervalles,Le bal reprend haleine ;‖ on s'interrompt, on fuit,On erre, deux à deux,‖ sous les arbres sans bruit ;Puis, folle, et rappelant‖ les ombres éloignées,La musique, jetant‖ les notes à poignées,Revient, et les regards‖ s'allument, et l'archet,Bondissant, ressaisit‖ la foule qui marchait.O délire ! et, d'encens‖ et de bruit enivrées,L'heure emporte en riant‖ les rapides soirées.Et les nuits et les jours,‖ feuilles mortes des cieux.D'autres, toute la nuit,‖ roulent les dés joyeux,Ou bien, âpre, et mêlant‖ les cartes qu'ils caressent,Où des spectres riants‖ ou sanglants apparaissent,Leur soif de l'or, penchée‖ autour d'un tapis vert,Jusqu'à ce qu'au volet‖ le jour bâille entr'ouvert,Poursuit le pharaon,‖ le lansquenet ou l'hombre ;Et, pendant qu'on gémit‖ et qu'on frémit dans l'ombre,Pendant que les greniers‖ grelottent sous les toits,Que les fleuves, passants‖ pleins de lugubres voix,Heurtent aux grands quais blancs‖ les glaçons qu'ils charrient,Tous ces hommes contents‖ de vivre, boivent, rient,Chantent ; et, par moments,‖ on voit, au-dessus d'eux,Deux poteaux soutenant‖ un triangle hideux,Qui sortent lentement‖ du noir pavé des villes… —
O forêts ! bois profonds !‖ solitudes ! asiles !
Paris, juillet 1838.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 168((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a décharné / étonné masculine, classiqueb rue féminine, classiquec bien / rien masculine, classiqued paille / travaille féminine, classiquee passé / amassé masculine, classiquef déchire / rire féminine, classiquea jour / l'amour masculine, classiqueb fille / aiguille féminine, classiquec réduit / nuit masculine, classiqued toile / étoile féminine, classiquee l'été / vérité masculine, classiquef rampe / lampe féminine, classiqueg cher / l'hiver masculine, classiqueh porte / emporte féminine, classiquei d'or / encor masculine, classiquej veille / l'oreille féminine, classiquek souvent / vend masculine, classiquel pleure / meure féminine, classiquem Voilà / alla masculine, classiquen monte / honte féminine, classiqueo éternels / cruels masculine, classiquep joie / soie féminine, classiqueq abois / voix masculine, classiquer femme / infâme féminine, classiquea poids / froids masculine, classiqueb famille / fourmille féminine, classiqued heure / pleure féminine, classiquee champs / méchants masculine, classiquef pâle / salle féminine, classiquea doux / tous masculine, classiqueb roule / foule féminine, classiquec éclatant / l'attend masculine, classiqued nécessaires / misères féminine, classiquee témoins / moins masculine, classiquef hue / cohue féminine, classiqueg tout / l'égout masculine, classiqueh sinistre / ministre féminine, classiquei entend / révoltant masculine, classiquej palme / calme féminine, classiquek beau / flambeau masculine, classiquel haine / humaine féminine, classiquem jours / discours masculine, classiquen triste / persiste féminine, classiqueo public / basilic masculine, classiquep manières / pierres féminine, classiqueq viendront / l'affront masculine, classiquer boussole / s'isole féminine, classiques courants / différents masculine, classiquet apparence / l'ignorance féminine, classiqueu nord / tort masculine, classiquev joie / ploie féminine, classiquew lent / vigilant masculine, classiquex paupière / bière féminine, classiquey nuit / bruit masculine, classiquez nomme / homme féminine, classiquea rit / maigrit masculine, classiqueb seules / meules féminine, classiquec éternellement / mouvement masculine, équivalented sombre / l'ombre féminine, classiquee enfer / fer masculine, classiquef joue féminine, classiqueg las / hélas masculine, classiqueh sommes / hommes féminine, classiquei l'enfant / étouffant masculine, classiquej insensée / pensée féminine, classiquek certain / crétin masculine, classiquel serre / misère féminine, classiquem outil / veut-il masculine, classiquen somme / l'homme féminine, classiqueo maudit / s'abâtardit masculine, classiquep blasphème / même féminine, classiqueq généreux / heureux masculine, classiquea pierre / croupière féminine, classiqueb glissant / sang masculine, classiquec s'arrête / tête féminine, non classiqued Porcherons / jurons masculine, classiquee livre / ivre féminine, classiquef pas masculine, classiqueg l'assomme / l'homme féminine, classiqueh coups / licous masculine, classiquei dimanche / manche féminine, classiquej pié / estropié masculine, classiquek égarée / ferrée féminine, classiquel muet / remuait masculine, classiquem finie / agonie féminine, classiquen écart / brancard masculine, classiqueo redouble / trouble féminine, classiquep terni / l'infini masculine, classiqueq choses / Hélas / causes féminine, classiqueb savoir / noir masculine, classiquec rencontre / Contre féminine, classiqued vaut / dévot masculine, classiquee diffame / femme féminine, classiquef aimé / l'opprimé masculine, classiqueg tigresse / engraisse féminine, classiqueh ment / Dévouement masculine, classiquei joue / roue féminine, classiquej flatteur / hauteur masculine, classiquek morne / corne féminine, classiquel vivants / vents masculine, classiquem croire / noire féminine, classiquen demain / chemin masculine, classiqueb mouille / rouille féminine, classiquec bourreau / sarrau masculine, classiqued route / broute féminine, classiquee noir / soir masculine, classiquef recule / crépuscule féminine, classiqueg venants / frissonnants masculine, classiqueh feuillage / l'âge féminine, classiquei venait / naît masculine, classiquej effarée / sacrée féminine, classiquek Attila / temps-là masculine, classiquel campagne / Champagne féminine, classiquem sillon / tourbillon masculine, classiquen secoues / roues féminine, classiqueo passant / sang masculine, classiquep mesure / sûre féminine, non classiqueq fut / l'affût masculine, classiquer rentes / odorantes féminine, classiques valets / palais masculine, classiquet charmilles / grilles féminine, classiqueu l'eau / Waterloo masculine, classiquev victoire / boire féminine, classiquew Blucher / chair masculine, classiquex vénère / millionnaire féminine, classiquey bas / combats masculine, équivalenteb rues / charrues féminine, classiquec germé / semé masculine, classiqued s'enlace / populace féminine, classiquee grandeurs / laideurs masculine, classiquef souffrances / transparences féminine, classiqueg aimants / avilissements masculine, classiqueh imperdables / formidables féminine, classiquei reclus / reflux masculine, classiquej décombres / sombres féminine, classiquek suit / nuit masculine, classiquel funèbres / ténèbres féminine, classiquem tourbillons / haillons masculine, classiquen chimère / mère féminine, classiqueo doux / Tous masculine, classiquep joie / flamboie féminine, classiqueq douleurs / fleurs masculine, classiquer pensée / insensée féminine, classiques vermeil / soleil masculine, classiquet trêve / rêve féminine, classiqueu au-dessus / Jésus masculine, classiquev moroses / roses féminine, classiquew laquais / banquets masculine, classiquex vases / d'extases féminine, classiquey s'évanouit / nuit masculine, classiquez flammes / d'âmes féminine, classiquea haut / cachot masculine, classiqueb sombre / nombre féminine, classiquec noirs / miroirs masculine, classiqued cavales / intervalles féminine, classiquee fuit / bruit masculine, classiquef éloignées / poignées féminine, classiqueg l'archet / marchait masculine, classiqueh enivrées / soirées féminine, classiquei cieux / joyeux masculine, classiquej caressent / apparaissent féminine, classiquek vert / entr'ouvert masculine, classiquel l'hombre / l'ombre féminine, classiquem toits / voix masculine, classiquen charrient / rient féminine, classiqueo d'eux / hideux masculine, classiquep villes / asiles féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.1
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
337 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Contemplations, Éditions Classique Garnier, 1950· numérisation Enclitt Encyclopédie de la littérature française (Rue des Écoles)· Sources