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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les contemplations, 1843· Livre premier Aurore

XXVII. « Oui, je suis le rêveur ; je suis le camarade »

Victor Hugo· 1 distiques, alexandrins, 44 vers

Oui, je suis le rêveur ;‖ je suis le camaradeDes petites fleurs d'or‖ du mur qui se dégrade,Et l'interlocuteur‖ des arbres et du vent.Tout cela me connaît,‖ voyez-vous. J'ai souvent,En mai, quand de parfums‖ les branches sont gonflées,Des conversations‖ avec les giroflées ;Je reçois des conseils‖ du lierre et du bleuet.L'être mystérieux,‖ que vous croyez muet,Sur moi se penche, et vient‖ avec ma plume écrire.J'entends ce qu'entendit‖ Rabelais ; je vois rireEt pleurer ; et j'entends‖ ce qu'Orphée entendit.Ne vous étonnez pas‖ de tout ce que me ditLa nature aux soupirs‖ ineffables. Je causeAvec toutes les voix‖ de la métempsycose.Avant de commencer‖ le grand concert sacré,Le moineau, le buisson,‖ l'eau vive dans le pré,La forêt, basse énorme,‖ et l'aile et la corolle,Tous ces doux instruments,‖ m'adressent la parole ;Je suis l'habitué‖ de l'orchestre divin ;Si je n'étais songeur,‖ j'aurais été sylvain.J'ai fini, grâce au calme‖ en qui je me recueille,À force de parler‖ doucement à la feuille,À la goutte de pluie,‖ à la plume, au rayon,Par descendre à ce point‖ dans la création,Cet abîme où frissonne‖ un tremblement farouche,Que je ne fais plus même‖ envoler une moucheLe brin d'herbe, vibrant‖ d'un éternel émoi,S'apprivoise et devient‖ familier avec moi,Et, sans s'apercevoir‖ que je suis là, les rosesFont avec les bourdons‖ toutes sortes de choses ;Quelquefois, à travers‖ les doux rameaux bénis,J'avance largement‖ ma face sur les nids,Et le petit oiseau,‖ mère inquiète et sainte,N'a pas plus peur de moi‖ que nous n'aurions de crainte,Nous, si l'œil du bon Dieu‖ regardait dans nos trous ;Le lis prude me voit‖ approcher sans courroux,Quand il s'ouvre aux baisers‖ du jour ; la violetteLa plus pudique fait‖ devant moi sa toilette ;Je suis pour ces beautés‖ l'ami discret et sûr ;Et le frais papillon,‖ libertin de l'azur,Qui chiffonne gaîment‖ une fleur demi-nue,Si je viens à passer‖ dans l'ombre, continue,Et, si la fleur se veut‖ cacher dans le gazon,Il lui dit : « Es-tu bête !‖ Il est de la maison. »

Les Roches, août 1835.

Versification

Forme
1 distiques (distiques)
Rimes
22((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
1 distiques
Mots à la rime
a camarade / dégrade féminine, classiqueb vent / souvent masculine, classiquec gonflées / giroflées féminine, classiqued bleuet / muet masculine, classiquee écrire / rire féminine, classiquef entendit / dit masculine, classiqueg cause / métempsycose féminine, classiqueh sacré / pré masculine, classiquei corolle / parole féminine, classiquej divin / sylvain masculine, classiquek recueille / feuille féminine, classiquel rayon / création masculine, classiquem farouche / mouche féminine, classiquen émoi / moi masculine, classiqueo roses / choses féminine, classiquep bénis / nids masculine, classiqueq sainte / crainte féminine, classiquer trous / courroux masculine, classiques violette / toilette féminine, classiquet sûr / l'azur masculine, classiqueu demi-nue / continue féminine, classiquev gazon / maison masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Contemplations, Éditions Classique Garnier, 1950· numérisation Enclitt Encyclopédie de la littérature française (Rue des Écoles)· Sources