Les contemplations, 1843· Livre premier Aurore
XIX. Vieille chanson du jeune temps
Je ne songeais pas à Rose ;Rose au bois vint avec moi ;Nous parlions de quelque chose,Mais je ne sais plus de quoi.
J'étais froid comme les marbres ;Je marchais à pas distraits ;Je parlais des fleurs, des arbres ;Son œil semblait dire : « Après ? »
La rosée offrait ses perles,Le taillis ses parasols ;J'allais ; j'écoutais les merles,Et Rose les rossignols.
Moi, seize ans, et l'air morose ;Elle vingt ; ses yeux brillaient.Les rossignols chantaient Rose,Et les merles me sifflaient.
Rose, droite sur ses hanches,Leva son beau bras tremblantPour prendre une mûre aux branches ;Je ne vis pas son bras blanc.
Une eau courait, fraîche et creuseSur les mousses de velours ;Et la nature amoureuseDormait dans les grands bois sourds.
Rose défit sa chaussure,Et mit, d'un air ingénu,Son petit pied dans l'eau pure ;Je ne vis pas son pied nu.
Je ne savais que lui dire ;Je la suivais dans le bois,La voyant parfois sourireEt soupirer quelquefois.
Je ne vis qu'elle était belleQu'en sortant des grands bois sourds.« Soit ; n'y pensons plus ! » dit-elle.Depuis, j'y pense toujours.
Paris, juin 1831.
Versification
- Forme
- 9 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 9(abab)
- Mètre
- Heptasyllabes
- Strophes
- 9 quatrains
- Mots à la rime
- a Rose / chose féminine, classiqueb moi / quoi masculine, classiquea marbres / arbres féminine, classiqueb distraits / Après masculine, classiquea perles / merles féminine, classiqueb parasols / rossignols masculine, classiquea morose / Rose féminine, classiqueb brillaient / sifflaient masculine, classiquea hanches / branches féminine, classiqueb tremblant / blanc masculine, classiquea creuse / amoureuse féminine, classiqueb velours / sourds masculine, classiquea chaussure / pure féminine, classiqueb ingénu / nu masculine, classiquea dire / sourire féminine, classiqueb bois / quelquefois masculine, classiquea belle / dit-elle féminine, classiqueb sourds / toujours masculine, classique
- Richesse
- écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Contemplations, Éditions Classique Garnier, 1950· numérisation Enclitt Encyclopédie de la littérature française (Rue des Écoles)· Sources