Les feuilles d’automne, 1831
XII. « Ô toi qui si longtemps vis luire à mon côté »
In God is all.DEVISE DES SALTOUN.
Ô toi qui si longtemps‖ vis luire à mon côtéLe jour égal et pur‖ de la prospérité,Toi qui, lorsque mon âme‖ allait de doute en doute,Et comme un voyageur‖ te demandait sa route,Endormis sur ton sein‖ tes rêves ténébreux,Et pour toute raison‖ disais : Soyons heureux !Hélas ! ô mon amie,‖ hélas ! voici que l'ombreEnvahit notre ciel,‖ et que la vie est sombre ;Voici que le malheur‖ s'épanche lentementSur l'azur radieux‖ de notre firmament ;Voici qu'à nos regards‖ s'obscurcit et reculeNotre horizon, perdu‖ dans un noir crépuscule ;Or, dans ce ciel, où va‖ la nuit se propageant,Comme un œil lumineux,‖ vivant, intelligent,Vois-tu briller là-bas‖ cette profonde étoile ?Des milles vérités‖ que le bonheur nous voile,C'est une qui paraît !‖ c'est la première encorQui nous ait éblouis‖ de sa lumière d'or !Notre ciel, que déjà‖ la sombre nuit réclame,N'a plus assez d'éclat‖ pour cacher cette flamme,Et du sud, du couchant,‖ ou du septentrion,Chaque ombre qui survient‖ donne à l'astre un rayon.Et plus viendra la nuit,‖ et plus, à plis funèbres,S'épaissiront sur nous‖ son deuil et ses ténèbres,Plus, dans ce ciel sublime,‖ à nos yeux enchantés,En foule apparaîtront‖ de splendides clartés !Plus nous verrons dans l'ombre,‖ où leur loi les rassemble,Toutes les vérités‖ étinceler ensemble,Et graviter autour‖ d'un centre impérieux,Et rompre et renouer‖ leur cœur mystérieux !Cette fatale nuit,‖ que le malheur amène,Fait voir plus clairement‖ la destinée humaine,Et montre à ses deux bouts,‖ écrits en traits de feu,Ces mots : Âme immortelle !‖ éternité de Dieu !
Car tant que luit le jour,‖ de son soleil de flammeIl accable nos yeux,‖ il aveugle notre âme,Et nous nous reposons‖ dans un doute sereinSans savoir si le ciel‖ est d'azur ou d'airain.Mais la nuit rend aux cieux‖ leurs étoiles, leurs gloires,Candélabres que Dieu‖ pend à leurs voûtes noires.L'œil dans leurs profondeurs‖ découvre à chaque pasMille mondes nouveaux‖ qu'il ne soupçonnait pas,Soleils plus flamboyants,‖ plus chevelus dans l'ombreQu'en l'abîme sans fin‖ il voit luire sans nombre !
Août 1829.
Versification
- Forme
- 2 distiquess (distiques)
- Rimes
- 22((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 2 distiquess
- Mots à la rime
- a côté / prospérité masculine, classiqueb doute / route féminine, classiquec ténébreux / heureux masculine, classiqued l'ombre / sombre féminine, classiquee lentement / firmament masculine, classiquef recule / crépuscule féminine, classiqueg propageant / intelligent masculine, classiqueh étoile / voile féminine, classiquei encor / d'or masculine, classiquej réclame / flamme féminine, classiquek septentrion / rayon masculine, classiquel funèbres / ténèbres féminine, classiquem enchantés / clartés masculine, classiquen rassemble / ensemble féminine, classiqueo impérieux / mystérieux masculine, classiquep amène / humaine féminine, classiqueq feu / Dieu masculine, classiquea flamme / âme féminine, classiqueb serein / d'airain masculine, classiquec gloires / noires féminine, classiqued pas masculine, classiquee l'ombre / nombre féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre complète, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1985· numérisation abu.cnam.fr· Sources