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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les feuilles d’automne, 1831

XVII. « Oh ! pourquoi te cacher ? Tu pleurais seule ici »

Victor Hugo· 10 sizains, alexandrins et octosyllabes, 60 vers

Flebile nescio quid.OVIDE.

Oh ! pourquoi te cacher ?‖ Tu pleurais seule ici.Devant tes yeux rêveurs‖ qui donc passait ainsi ?Quelle ombre flottait dans ton âme ?Était-ce long regret‖ ou noir pressentiment,Ou jeunes souvenirs‖ dans le passé dormant,Ou vague faiblesse de femme ?

Voyais-tu fuir déjà‖ l'amour et ses douceurs,Ou les illusions,‖ toutes ces jeunes sœursQui le matin, devant nos portes,Dans l'avenir sans borne‖ ouvrant mille chemins,Dansent, des fleurs au front‖ et les mains dans les mains,Et bien avant le soir sont mortes ?

Ou bien te venait-il‖ des tombeaux endormisQuelque ombre douloureuse‖ avec des traits amis,Te rappelant le peu d'années,Et demandant tout bas‖ quand tu viendrais le soirPrier devant ces croix‖ de pierre ou de bois noirOù pendent tant de fleurs fanées ?

Mais non, ces visions‖ ne te poursuivaient pas.Il suffit pour pleurer‖ de songer qu'ici-basTout miel est amer, tout ciel sombre,Que toute ambition‖ trompe l'effort humain,Que l'espoir est un leurre,‖ et qu'il n'est pas de mainQui garde l'onde ou prenne l'ombre !

Toujours ce qui là-bas‖ vole au gré du zéphyrAvec des ailes d'or,‖ de pourpre et de saphir,Nous fait courir et nous devance ;Mais adieu l'aile d'or,‖ pourpre, émail, vermillon,Quand l'enfant a saisi‖ le frêle papillon,Quand l'homme a pris son espérance !

Pleure. Les pleurs vont bien,‖ même au bonheur ; tes chantsSont plus doux dans les pleurs ;‖ tes yeux purs et touchantsSont plus beaux quand tu les essuies.L'été, quand il a plu,‖ le champ est plus vermeil,Et le ciel fait briller‖ plus frais au beau soleilSon azur lavé par les pluies !

Pleure comme Rachel,‖ pleure comme Sara.On a toujours souffert‖ ou bien on souffrira.Malheur aux insensés qui rient !Le Seigneur nous relève‖ alors que nous tombons.Car s'il préfère encor‖ les malheureux aux bons,Ceux qui pleurent à ceux qui prient !

Pleure afin de savoir !‖ Les larmes sont un don.Souvent les pleurs, après‖ l'erreur et l'abandon,Raniment nos forces brisées !Souvent l'âme, sentant,‖ au doute qui s'enfuit,Qu'un jour l'intérieur‖ se lève dans sa nuit,Répand de ces douces rosées !

Pleure ! mais, tu fais bien,‖ cache-toi pour pleurer.Aie un asile en toi.‖ Pour t'en désaltérer,Pour les savourer avec charmes,Sous le riche dehors‖ de ta prospérité,Dans le fond de ton cœur,‖ comme un fruit pour l'été,Mets à part ton trésor de larmes !

Car la fleur, qui s'ouvrit‖ avec l'aurore en pleurs,Et qui fait à midi‖ de ses belles couleursAdmirer la splendeur timide,Sous ses corolles d'or,‖ loin des yeux importuns,Au fond de ce calice‖ où sont tous ses parfums,Souvent cache une perle humide !

Juin 1830.

Versification

Forme
10 sizains (sizains)
Rimes
9(aabccb) 1(aabaab)
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (40 de 12, 20 de 8)· profil 8, 6+6
Strophes
10 sizains
Mots à la rime
a ici / ainsi masculine, classiqueb âme / femme féminine, classiquec pressentiment / dormant masculine, classiquea douceurs / sœurs masculine, classiqueb portes / mortes féminine, classiquec chemins / mains masculine, classiquea endormis / amis masculine, classiqueb d'années / fanées féminine, classiquec soir / noir masculine, classiquea pas / qu'ici-bas masculine, classiqueb sombre / l'ombre féminine, classiquec humain / main masculine, classiquea zéphyr / saphir masculine, classiqueb devance / espérance féminine, classiquec vermillon / papillon masculine, classiquea chants / touchants masculine, classiqueb essuies / pluies féminine, classiquec vermeil / soleil masculine, classiquea Sara / souffrira masculine, classiqueb rient / prient féminine, classiquec tombons / bons masculine, classiquea don / l'abandon masculine, classiqueb brisées / rosées féminine, classiquec s'enfuit / nuit masculine, classiquea pleurer / désaltérer masculine, classiqueb charmes / larmes féminine, classiquec prospérité / l'été masculine, classiquea pleurs / couleurs masculine, classiqueb timide / humide féminine, classiquec importuns / parfums masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre complète, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1985· numérisation abu.cnam.fr· Sources