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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les orientales, 1829

XIII. Le derviche

Victor Hugo· 7 sizains, alexandrins et octosyllabes, 42 vers

Quand la perte d’un mortel est
écrite dans le livre fatal de la destinée,
quoi qu’il fasse, il n’échappera jamais
à son funeste avenir ; la mort le
poursuit partout ; elle le surprend
même dans son lit, suce de ses lèvres
avides son sang et l’emporte sur
ses épaules.PANAGO SOUTZO.

Un jour Ali passait :‖ les têtes les plus hautesSe courbaient au niveau‖ des pieds de ses arnautes.Tout le peuple disait : Allah !Un derviche soudain,‖ cassé par l'âge aride,Fendit la foule, prit‖ son cheval par la bride,Et voici comme il lui parla :

« Ali-Tépéléni,‖ lumière des lumières,Qui sièges au divan‖ sur les marches premières,Dont le grand nom toujours grandit,Écoute-moi, vizir‖ de ces guerriers sans nombre,Ombre du padischah‖ qui de Dieu même est l'ombre,Tu n'es qu'un chien et qu'un maudit !

« Un flambeau du sépulcre‖ à ton insu t'éclaire.Comme un vase trop plein‖ tu répands ta colèreSur tout un peuple frémissant ;Tu brilles sur leurs fronts‖ comme une faux dans l'herbe,Et tu fais un ciment‖ à ton palais superbeDe leurs os broyés dans leur sang.

« Mais ton jour vient. Il faut,‖ dans Janina qui tombe,Que sous tes pas enfin‖ croule et s'ouvre ta tombe !Dieu te garde un carcan de ferSous l'arbre du seglin‖ chargé d'âmes impiesQui sur ses rameaux noirs‖ frissonnent accroupies,Dans la nuit du septième enfer !

« Ton âme fuira nue !‖ au livre de tes crimesUn démon te lira‖ les noms de tes victimes ;Tu les verras autour de toi,Ces spectres, teints du sang‖ qui n'est plus dans leurs veines,Se presser, plus nombreux‖ que les paroles vainesQue balbutiera ton effroi !

« Ceci t'arrivera,‖ sans que ta forteresseOu ta flotte te puisse‖ aider, dans ta détresse,De sa rame ou de son canon ;Quand même Ali-Pacha,‖ comme le juif immonde,Pour tromper l'ange noir‖ qui l'attend hors du monde,En mourant changerait de nom ! »

Ali sous sa pelisse‖ avait un cimeterre,Un tromblon tout chargé,‖ s'ouvrant comme un cratère,Trois longs pistolets, un poignard :Il écouta le prêtre‖ et lui laissa tout dire,Pencha son front rêveur,‖ puis avec un sourireDonna sa pelisse au vieillard.

8 novembre 1828.

Versification

Forme
7 sizains (sizains)
Rimes
7(aabccb)
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (28 de 12, 14 de 8)· profil 8, 6+6
Strophes
7 sizains
Mots à la rime
a hautes / arnautes féminine, classiqueb Allah / parla masculine, non classiquec aride / bride féminine, classiquea lumières / premières féminine, classiqueb grandit / maudit masculine, classiquec nombre / l'ombre féminine, classiquea t'éclaire / colère féminine, classiqueb frémissant / sang masculine, non classiquec l'herbe / superbe féminine, classiquea tombe féminine, classiqueb fer / enfer masculine, classiquec impies / accroupies féminine, classiquea crimes / victimes féminine, classiqueb toi / effroi masculine, classiquec veines / vaines féminine, classiquea forteresse / détresse féminine, classiqueb canon / nom masculine, classiquec immonde / monde féminine, classiquea cimeterre / cratère féminine, classiqueb poignard / vieillard masculine, classiquec dire / sourire féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.5

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

42 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Orientales ‒ Les Feuilles d’automne, Paris, Poésie/Gallimard, 1964· numérisation lyres.chez.com· Sources