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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les quatre vents de l’esprit, 1881· I Le livre satirique — Le siècle —

XL. « Ainsi nous n’avons plus Strasbourg, nous n’avons plus »

Victor Hugo· distiques, alexandrins, 41 vers

Ainsi nous n’avons plus‖ Strasbourg, nous n’avons plusMetz, la chaste maison‖ des vieux Francs chevelus !Ces villes, ces cités,‖ déesses crénelées,Ce teuton nous les a‖ tranquillement volées !Ainsi le Chasseur Noir‖ a ces captives-là !Ainsi ce cavalier‖ monstrueux, Attila,Horrible, les attache‖ aux arçons de sa selle ;À l’un pend l’héroïne,‖ à l’autre la pucelle !Et les voilà, râlant‖ dans le carcan de fer,Metz où régna Clovis,‖ Strasbourg d’où vint Kléber !Le vautour a ces monts‖ et ces prés sous son aile !

Et tout cela pourtant,‖ c’est la France éternelle !C’est à nous, ce Haut-Rhin‖ où la Gaule apparaît !J’en atteste l’été,‖ le printemps, la forêt,Les astres toujours purs,‖ les roses toujours neuvesEt le ruissellement‖ d’émeraudes des fleuves !J’en atteste l’épi‖ doré, le nid d’oiseau,Et le petit enfant‖ qui, nu dans son berceau,Joue avec son pied rose‖ en attendant la France !J’en atteste l’œil bleu‖ de la sainte espérance,L’honneur, le droit, l’autel‖ où l’on prie à genoux,Cette Lorraine et cette‖ Alsace, c’est à nous !Là rêva Gutenberg,‖ là se dressa Lothaire ;Ce ciel est notre azur,‖ ce champ est notre terre !

Nous nous sommes laissé‖ prendre ces grands pays !Nous, France !

En même temps nous sommes envahisPar le prêtre, et flairés‖ par la louve romaine !Ainsi nous subissons‖ la schlague qui nous mène !Ainsi nous acceptons‖ sur nous le traînementDu syllabus gothique‖ et du sabre allemand !Ainsi nous permettons‖ au reître, au bonze, au cuistre,De reclouer sur nous‖ le grand linceul sinistre,L’ignorance, l’erreur,‖ le mensonge et la nuit !Ainsi l’immense aurore‖ aux cieux s’évanouit !Ainsi, pourvu qu’il ait‖ au poing de l’eau bénite,Pourvu qu’après avoir‖ fui devant le samnite,Il dresse un sombre glaive‖ à la gloire inconnu,Le premier misérable‖ imbécile venuPeut nous crier : paix là,‖ vous tous ! Gare à qui bouge !

Mais nos pères auraient‖ mordu dans du fer rouge !

Versification

Forme
Distiques
Rimes
20((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6−6
Mots à la rime
a plus / chevelus masculine, classiqueb crénelées / volées féminine, classiquec captives-là / Attila masculine, classiqued selle / pucelle féminine, classiquee fer / Kléber masculine, classiquef aile / éternelle féminine, équivalenteb apparaît / forêt masculine, classiquec neuves / fleuves féminine, classiqued d’oiseau / berceau masculine, classiquee France / espérance féminine, classiquef genoux / nous masculine, classiqueg Lothaire / terre féminine, classiquea pays / France / envahis masculine, classiqueb romaine / mène féminine, classiquec traînement / allemand masculine, classiqued cuistre / sinistre féminine, classiquee nuit / s’évanouit masculine, classiquef bénite / samnite féminine, classiqueg inconnu / venu masculine, classiqueh bouge / rouge féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

41 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les quatre vents de l’esprit, Paris, La Librairie Ollendorff, 1908· numérisation wikisource.org· Sources