Les quatre vents de l’esprit, 1881· III Le livre lyrique — La destinée —· V
II. Chanson d’Aujourd’hui
La vision de la vie,Larve des vents poursuivie,Passe et ne m’occupe pas.La terre est une masure ;Qu’importe ce que mesureL’heure en tournant son compas !
Que me fait la moisson blonde,L’étoile sortant de l’onde,L’aube dorant l’horizon,Et le bouquet sur la branche,Et la nue obscure ou blanche !Ce n’est point là ma maison.
Je regarde d’autres choses,D’autres astres, d’autres roses,L’autre figure du sort,Et ce champ noir que recouvreL’ombre, où vaguement s’entr’ouvreLa fleur blême de la mort.
Oh ! Pour qui donc fleurit-elle,La pâle fleur immortelle ?Triste, elle s’épanouit ;Elle exhale, morne et sombre,On ne sait quel parfum d’ombreDans l’inexprimable nuit.
Au fond des brumes fatales,Sur ses sinistres pétalesTremble une étrange lueur ;La lugubre fleur regarde,Vertigineuse et hagarde,Comme une face en sueur.
À sa lumière où s’éclipseLa terrestre apocalypse,J’entrevois la vérité ;Car la vie est le mensonge,La chair trompe, et l’œil qui songeVoit mieux l’âme, l’homme ôté.
Versification
- Forme
- 6 sizains (sizains)
- Rimes
- 6(aabccb)
- Mètre
- Heptasyllabes
- Strophes
- 6 sizains
- Mots à la rime
- a vie / poursuivie féminine, classiqueb pas / compas masculine, classiquec masure / mesure féminine, classiquea blonde / l’onde féminine, classiqueb l’horizon / maison masculine, classiquec branche / blanche féminine, classiquea choses / roses féminine, classiqueb sort / mort masculine, classiquec recouvre / s’entr’ouvre féminine, classiquea fleurit-elle / immortelle féminine, classiqueb s’épanouit / nuit masculine, classiquec sombre / d’ombre féminine, classiquea fatales / pétales féminine, classiqueb lueur / sueur masculine, classiquec regarde / hagarde féminine, classiquea s’éclipse / apocalypse féminine, classiqueb vérité / ôté masculine, classiquec mensonge / songe féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les quatre vents de l’esprit, Paris, La Librairie Ollendorff, 1908· numérisation wikisource.org· Sources