Les quatre vents de l’esprit, 1881· III Le livre lyrique — La destinée —
XXI. En marchant la nuit dans un bois
I
Il grêle, il pleut. Neige et brume ;Fondrière à chaque pas.Le torrent veut, crie, écume,Et le rocher ne veut pas.
Le sabbat à notre oreilleJette ses vagues hourras.Un fagot sur une vieillePasse en agitant les bras.
Passants hideux, clartés blanches ;Il semble, en ces noirs chemins,Que les hommes ont des branches,Que les arbres ont des mains.
II
On entend passer un coche,Le lourd coche de la mort.Il vient, il roule, il approche.L’eau hurle et la bise mord.
Le dur cocher, dans la plaineAux aspects noirs et changeants,Conduit sa voiture pleineDe toutes sortes de gens.
Novembre souffle, la terreFrémit, la bourrasque fond ;Les flèches du sagittaireSifflent dans le ciel profond.
III
— Cocher, d’où viens-tu ? Dit l’arbre.— Où vas-tu ? Dit l’eau qui fuit.Le cocher est fait de marbreEt le coche est fait de nuit.
Il emporte beauté, gloire,Joie, amour, plaisirs bruyants ;La voiture est toute noire,Les chevaux sont effrayants.
L’arbre en frissonnant s’incline.L’eau sent les joncs se dresser.Le buisson sur la collineGrimpe pour le voir passer.
IV
Le brin d’herbe sur la roche,Le nuage dans le ciel,Regarde marcher ce coche,Et croit voir rouler Babel.
Sur sa morne silhouette,Battant de l’aile à grands cris,Volent l’orage, chouette,Et l’ombre, chauve-souris.
Vent glacé, tu nous secoues !Le char roule, et l’œil tremblant,À travers ses grandes roues,Voit un crépuscule blanc.
V
La nuit, sinistre merveille,Répand son effroi sacré ;Toute la forêt s’éveilleComme un dormeur effaré.
Après les oiseaux, les âmes !Volez sous les cieux blafards.L’étang, miroir, rit aux femmesQui sortent des nénuphars.
L’air sanglote, et le vent râle,Et, sous l’obscur firmament,La nuit sombre et la mort pâleSe regardent fixement.
Versification
- Forme
- 15 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 15(abab)
- Mètre
- Heptasyllabes
- Strophes
- 15 quatrains
- Mots à la rime
- a brume / écume féminine, classiqueb pas masculine, classiquea oreille / vieille féminine, classiqueb hourras / bras masculine, classiquea blanches / branches féminine, classiqueb chemins / mains masculine, classiquea coche / approche féminine, classiqueb mort / mord masculine, classiquea plaine / pleine féminine, classiqueb changeants / gens masculine, classiquea terre / sagittaire féminine, classiqueb fond / profond masculine, classiquea l’arbre / marbre féminine, classiqueb fuit / nuit masculine, classiquea gloire / noire féminine, classiqueb bruyants / effrayants masculine, classiquea s’incline / colline féminine, classiqueb dresser / passer masculine, classiquea roche / coche féminine, classiqueb ciel / Babel masculine, classiquea silhouette / chouette féminine, classiqueb cris / chauve-souris masculine, classiquea secoues / roues féminine, classiqueb tremblant / blanc masculine, classiquea merveille / s’éveille féminine, classiqueb sacré / effaré masculine, classiquea âmes / femmes féminine, classiqueb blafards / nénuphars masculine, classiquea râle / pâle féminine, classiqueb firmament / fixement masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les quatre vents de l’esprit, Paris, La Librairie Ollendorff, 1908· numérisation wikisource.org· Sources