Les quatre vents de l’esprit, 1881· III Le livre lyrique — La destinée —
I. « Je suis fait d’ombre et de marbre »
Je suis fait d’ombre et de marbre.Comme les pieds noirs de l’arbre,Je m’enfonce dans la nuit.J’écoute ; je suis sous terre ;D’en bas je dis au tonnerre :Attends ! Ne fais pas de bruit.
Moi qu’on nomme le poète,Je suis dans la nuit muetteL’escalier mystérieux ;Je suis l’escalier Ténèbres ;Dans mes spirales funèbresL’ombre ouvre ses vagues yeux.
Les flambeaux deviendront cierges.Respectez mes degrés vierges,Passez, les joyeux du jour !Mes marches ne sont pas faitesPour les pieds ailés des fêtes,Pour les pieds nus de l’amour.
Devant ma profondeur blêmeTout tremble, les spectres mêmeOnt des gouttes de sueur.Je viens de la tombe morte ;J’aboutis à cette portePar où passe une lueur.
Le banquet rit et flamboie.Les maîtres sont dans la joieSur leur trône ensanglanté ;Tout les sert, tout les encense ;Et la femme à leur puissanceMesure sa nudité.
Laissez la clef et le pène.Je suis l’escalier ; la peineMédite ; l’heure viendra ;Quelqu’un qu’entourent les ombresMontera mes marches sombres,Et quelqu’un les descendra.
Versification
- Forme
- 6 sizains (sizains)
- Rimes
- 6(aabccb)
- Mètre
- Heptasyllabes
- Strophes
- 6 sizains
- Mots à la rime
- a marbre / l’arbre féminine, classiqueb nuit / bruit masculine, classiquec terre / tonnerre féminine, classiquea poète / muette féminine, classiqueb mystérieux / yeux masculine, classiquec Ténèbres / funèbres féminine, classiquea cierges / vierges féminine, classiqueb jour / l’amour masculine, classiquec faites / fêtes féminine, classiquea blême / même féminine, classiqueb sueur / lueur masculine, classiquec morte / porte féminine, classiquea flamboie / joie féminine, classiqueb ensanglanté / nudité masculine, classiquec encense / puissance féminine, classiquea pène / peine féminine, classiqueb viendra / descendra masculine, classiquec ombres / sombres féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les quatre vents de l’esprit, Paris, La Librairie Ollendorff, 1908· numérisation wikisource.org· Sources