Les quatre vents de l’esprit, 1881
IV. Le livre épique
— LA RÉVOLUTION —
I Les statues
Le cavalier de bronze‖ était debout dans l’ombre.
Autour de lui dormait‖ la ville aux toits sans nombre ;Les hauts clochers semblaient,‖ sur les bruns horizons,De grands pasteurs gardant‖ des troupeaux de maisons ;Notre-Dame élevait‖ ses deux tours, dont chacune,Lugubre, s’effrayait,‖ dans cette nuit sans lune,D’entrevoir vaguement‖ sa gigantesque sœur ;Le zénith se voilait‖ d’une telle épaisseurQue les lueurs du gouffre‖ avaient disparu toutes ;Râlant seul par moments‖ sous les nocturnes voûtes,Le vent semblait donner‖ passage au désespoir ;Les nuages étaient‖ les plis d’un rideau noir ;On eût dit que le jour‖ ne devait plus renaître,Ni le matin rouvrir‖ sa sereine fenêtre,Et que, charbon terrible,‖ âtre à jamais détruit,Dans cette immensité‖ sur laquelle la nuit,Monstrueuse, s’était‖ pour toujours refermée,Tout le soleil éteint‖ s’en allait en fumée,Tant sur la terre morne‖ et dans le firmamentL’obscurité versait‖ d’évanouissement !
Le ciel, pour on ne sait‖ quels spectateurs funèbres,Ouvrait jusqu’au fond l’antre‖ immense des ténèbres.Calme, l’épée au flanc,‖ et portant sur le dos
Le harnais des anciens‖ chevaliers féodaux,Il était là debout‖ en habit de bataille.Héros par le sourire‖ et géant par la taille,Tenant la bride noire‖ en son noir gantelet,Colosse et roi, tranquille,‖ immuable, il semblaitPétrifier la nuit‖ par son éternel geste ;Et, se confondant presque‖ avec l’ombre funeste,Mêlait son airain sombre‖ à la noirceur des cieux.
La statue, au regard‖ fixe et mystérieux,Vision du sommet‖ et spectre de la cime,À l’immobilité‖ sinistre de l’abîme,Car, étant du sépulcre,‖ elle est de l’infini.Ce livide cheval‖ qui n’a jamais henni,Ce guerrier qui, muet,‖ semble le personnageDu suprême silence‖ et du grand témoignage,Ce socle dominant‖ les hommes, élevantSa paix sombre parmi‖ leur orage vivant,Et sortant de la tombe‖ avec un air de gloire,Ce colosse qui prend‖ de force la mémoire,Qui semble encor le roi,‖ le tyran, le bourreau,Et qui ne pourrait pas‖ chasser un passereau,Toute cette figure‖ est un monstre du rêve ;Même quand le soleil‖ la précise et l’achèveEt vient la regarder‖ en face, même au jour,Même quand les passants‖ fourmillent à l’entour,D’une crainte secrète‖ elle reste vêtue,Elle est funèbre encor ;‖ mais le soir, la statue,Roi pensif, dur soldat‖ ou lugubre empereur,Reprend toute sa nuit‖ et toute sa terreur.
Donc il apparaissait‖ dans l’ombre grandiose.
Tout ce que le néant‖ contient d’apothéose,Tout ce qu’un front royal‖ peut garder de sereinDans la captivité‖ tragique de l’airain,L’horreur du monument,‖ tout ce qu’une prunelle
Peut conserver d’éclair‖ quand elle est éternelle,Toute la vie étrange‖ et pâle de la mort,Ce qui reste au héros‖ jadis illustre et fortQuand le trépas l’étreint‖ de ses deux ailes noires,Tout l’effort qu’au tombeau‖ le gagneur de victoiresEn cessant d’être roi‖ fait pour devenir Dieu,Et la grandeur de l’heure‖ et la grandeur du lieu,S’ajoutaient au colosse‖ et de son attitudeAugmentaient la suprême‖ et grave solitude ;Et la Seine fuyait‖ avec un triste bruitSous ce grand chevalier‖ du gouffre et de la nuit.Le vent jetait son cri,‖ l’eau jetait son écume ;Et les arches du pont,‖ s’enfonçant dans la brumeAvec un vague aspect‖ de spectre et de chaos,S’ouvraient sous la statue‖ auguste, et sur les flotsDu fleuve humilié‖ qui pleure et qui querelle,Porches d’ombre pour eux,‖ arcs triomphaux pour elle.
Soudain, dans ce silence,‖ et sans qu’on pût savoirQui parlait dans ce calme‖ impénétrable et noirOù la profondeur sourde‖ et terrible sommeille,Au-dessus du colosse‖ immobile, à l’oreilleDe la statue ouvrant‖ ses yeux fixes devantL’espace sépulcral‖ plein de nuit et de vent,Une voix, qui passa‖ comme un souffle de glace,Dit : ― Va voir si ton fils‖ est toujours à sa place.
Si quelqu’un à cette heure‖ eût rôdé là, marchantSur le quai solitaire‖ ou près du bord penchant,Aux clartés du falot‖ qui vacille et qui fume,Cet être eût entendu‖ tout à coup, dans la brume
Qui, l’hiver, fait Paris‖ plus noir qu’une forêt,Un bruit rauque pareil‖ au bruit qui sortiraitDe quelque panoplie‖ énorme des ténèbres ;Il eût senti l’horreur‖ frémir dans ses vertèbres,Et sa langue à la nuit‖ bégayer des aveux,(Qui n’a pas son remords‖ secret ?) et ses cheveuxSe dresser, et ses dents‖ se heurter dans sa bouche ;Car sur le piédestal‖ où, dans le vent farouche,Les nuages semblaient‖ d’en haut la saluer,La statue, ô terreur !‖ Venait de remuer.
Rien, pas même l’airain,‖ pour jamais ne s’arrête.
Le roi tourna la bride‖ et le cheval la tête.
Le terre-plein frémit ;‖ de longs mouvements sourdsÉbranlèrent les toits,‖ les églises, les tours,Et les portails sacrés‖ que les siècles vénèrent.
Les muscles monstrueux‖ du bronze frissonnèrent,La croupe tressaillit,‖ le pied toujours levéQui laisse l’herbe croître‖ aux fentes du pavéS’abaissa, l’autre pied‖ scellé dans l’architraveSe leva ; le colosse‖ inclina son front grave,Le destrier, ployant‖ ses jarrets de métal,Horrible, s’approcha‖ du bord du piédestal,— Visions où jamais‖ un œil humain ne plonge ! ―Et, comme par la rampe‖ invisible d’un songe,La statue à pas lents‖ du socle descendit.Alors l’âpre ruelle‖ au nom fauve et maudit,L’échoppe, la maison,‖ l’hôtel, le bouge obscène,Les mille toits mirant‖ leurs angles dans la Seine,Les obscurs carrefours‖ où, le jour, en tous sens,Court l’hésitation‖ confuse des passants,Les enseignes pendant‖ aux crocs de fer des portes,Les palais crénelés‖ comme des villes fortes,
Le chaland aux anneaux‖ des berges retenu,S’étonnèrent devant‖ ce cimier inconnuDont aucun ouragan‖ n’eût remué la plume,Entendirent le sol‖ tinter comme une enclumeEt, tandis qu’au fronton‖ des tours l’heure étouffaitSa voix, n’osant sonner‖ au cadran stupéfait,Virent, dans l’épaisseur‖ des ténèbres accrues,Droit, paisible et glacé,‖ s’avancer dans les rues,Accompagné d’un bruit‖ funèbre et souterrain,L’homme de bronze assis‖ sur le cheval d’airain.
L’eau triste frissonnait‖ sous la rondeur de l’arche.
Horreur prodigieuse !‖ Une statue en marche !
La lourdeur de cette ombre‖ étonne le pavé.Elle glisse, elle va,‖ morne, le front levé,Avec une roideur‖ de cadavre, et sa formeInflexible résiste‖ au vent du gouffre énorme.L’affreux ordre nocturne‖ en est bouleversé.Après que cette chose‖ effroyable a passé,Sous les plafonds glacés‖ où les cercueils séjournent,Les squelettes hagards‖ dans leur lit se retournentEt disent à la nuit‖ funeste qui ne saitQue leur répondre : ô nuit,‖ qu’est-ce donc qui passait ?Si l’œil pouvait plonger‖ dans ces hideux royaumesEt percer le mystère,‖ on verrait les fantômes,Frissonnants, éviter‖ le lugubre inconnu.Larve dont le regard‖ sans pâlir soutenuFait toute la grandeur‖ de don Juan athée !Spectre où s’ébrécherait‖ l’épée épouvantée,Et qu’en l’osant toucher‖ la main sentirait froid !
Actions de la vie,‖ amours, justice, droit,Crime, vengeance, orgueil,‖ qu’un simulacre traîne !Responsabilité‖ de la figure humainePrise par le granit‖ ou le bronze fatal !Oh ! Dans l’égarement‖ d’un orage mental,Dans quelque âpre chaos‖ de villes abattues,Qui donc a vu rôder‖ lentement des statues ?Ces êtres inouïs,‖ impossibles, affreux,Vont, ayant la stupeur‖ des ténèbres sur eux ;Et l’alarme est dans l’ombre,‖ et le rêve lui-même,Qui distingue à minuit‖ dans l’immensité blêmeTout un monde terrible‖ à travers l’œil fermé,Le rêve, aux habitants‖ de l’ombre accoutumé,S’épouvante de voir‖ cette lugubre espèceDe fantômes entrer‖ dans sa nuée épaisse,Et frémit, car le pas‖ de ces noirs arrivantsN’est ni le pas des morts‖ ni le pas des vivants.
Quand l’homme s’avança,‖ les profondeurs s’émurent.Et le dessous des ponts‖ où les courants murmurent,Les cimetières noirs,‖ sentant venir un roi,Les parvis dominés‖ d’un porche ou d’un beffroiOù passaient autrefois‖ les carrosses des sacres,Les charniers, les égouts‖ où le sang des massacresS’extravase et croupit‖ et fait de tristes lacs,Les bornes où, pensifs,‖ montent les Ravaillacs,Les puits mystérieux‖ des vieilles tours muettes,Les lourds carcans, pendus‖ au clou des oubliettes,Les lointains ponts-levis‖ des forts et des fossés,Les pavés où, l’hiver,‖ la pluie à flots pressésS’abat, tombant du ciel‖ comme des trous d’un crible,Se mirent à trembler‖ sous le marcheur terrible.
Et comme il est certain ―‖ l’œil du tombeau le voit ―Que derrière tout roi‖ qui passe, quel qu’il soit,Toute la royauté‖ se dresse, noir fantôme,L’ancien Paris, vibrant‖ de la masure au dôme,
Dans son plus vil repli,‖ dans son plus dur pilier,Fit un bruit sombre autour‖ du fatal cavalier.C’était comme le cri‖ solennel et sauvageDe la vieille misère‖ et du vieil esclavage,Comme le hurlement‖ de mille ans révoltés,Comme la voix des temps‖ et des calamités ;Tout le passé pleurait‖ dans cette clameur triste,Tout, ce qui disparaît‖ comme ce qui subsiste ;C’était le sang, la chair,‖ et le fer, et le feu,Râlant à travers l’ombre‖ un grand appel à Dieu ;C’était la tombe ouvrant‖ ses immenses entrailles.Dans ce fauve murmure‖ éclataient les mitrailles,Les meurtres, les splendeurs‖ du pouvoir triomphant ;On y distinguait l’homme‖ et la vierge et l’enfant ;Les balles des assauts‖ sifflaient aux meurtrières ;Les femmes rugissaient‖ dans les salpêtrières ;Les chambres de torture‖ attisaient leurs réchauds ;On entendait gémir‖ les geôles, les cachots,Et l’affreux Saint-Lazare,‖ et ce lugubre ancêtreDe tous les parias‖ du vieux monde, Bicêtre ;Le désespoir passait‖ suivi de ses lépreux,La mort de ses bourreaux,‖ le trône de ses preux ;Les mères s’arrachaient‖ les cheveux à poignées ;Les Te Deum chantaient‖ les batailles gagnées ;Tout y retentissait,‖ les carrousels charmants,Le quadruple galop‖ des écartèlements,La hache, le billot,‖ le pal, le fouet, la chaîne,Tout l’infâme appareil‖ de supplices que traîneCette vieille Thémis‖ humaine aux yeux bandésQui jadis prit Jésus,‖ joua sa robe aux dés,Le fit crucifier‖ par le crime et le vice,Et compte Dieu parmi‖ ses repris de justice ;Tout s’y mêlait, les deuils,‖ les complots assassins,L’arquebuse du roi‖ Charles neuf, les tocsins,Les cloches que l’orfraie‖ effleure de son aile,Les cris qu’étouffe l’eau‖ devant la tour de Nesle,Marguerite vidant‖ son lit dans le tombeau,Médicis, Brunehaut,‖ Frédégonde, Isabeau ;Les piloris râlant‖ à côté des trophées.
Par moments, comme un vent‖ qui s’éteint par bouffées,Ou comme un océan‖ apaisant ses reflux,La rumeur se taisait,‖ et l’on n’entendait plusQue le pas mesuré‖ du passant formidable.
L’horreur blême tombait‖ du ciel inabordableOù les nuages noirs‖ se font et se défont ;Des flots d’ombre roulaient‖ dans l’infini profond.
L’homme d’airain tourna‖ par la place Dauphine,Puis il suivit la berge‖ étroite qui confine,Au sud, au vieux logis‖ des chevaliers du guet,Au nord, à la grand’chambre‖ à qui Nesmond léguaitSa robe et son portrait‖ peint par le Primatice ;Il côtoya les tours‖ du palais de JusticeD’où tombe sur le peuple‖ un aveugle anankè,Passa le pont au Change,‖ et, côtoyant le quai,Gagna l’hôtel de ville‖ et la place de Grève ;Il traversa l’arcade‖ où maintenant s’élèveTout un palais nouveau‖ dressant ses lourds chevets,Laissa derrière lui‖ le portail Saint-Gervais,Prit à gauche, et, perçant‖ un dédale de rues,Cavernes du vieil âge‖ aujourd’hui disparues,Où les maisons avaient‖ des faces de bandits,Lent et grave, il entra,‖ par le porche où jadisUne reine voilée‖ attendait Bassompierre,Dans une grande place‖ aux arcades de pierre.
Au centre de la place,‖ un feuillage tremblantLaissait à demi voir‖ un grand fantôme blanc ;C’était un cavalier de marbre.
Altier, austère,Sur un socle, au milieu‖ d’un perron solitaire,Couronné de lauriers‖ comme un César romain,Il surgissait tranquille,‖ auguste, surhumain.Au socle était sculptée‖ une main de justice.Grave, le coude ouvert‖ et le poing sur la cuisse,Il tenait à la main‖ un bâton d’empereur.Les arbres s’effaraient‖ pleins d’une vague horreur,Et leur cime semblait‖ d’un vent d’hiver battue.
La statue alla droit‖ dans l’ombre à la statue ;Et celui qui marchait‖ regarda fixementCelui qui songeait triste,‖ immobile et dormant,À travers la noirceur‖ des sombres branches d’arbre.
L’homme de bronze alors‖ dit à l’homme de marbre :
— Viens donc voir si ton fils‖ est à sa place encor.
Comme un chasseur s’éveille‖ au son lointain du cor,Louis treize sortit‖ de son éternel rêve ;Et le blanc porte-sceptre‖ et le noir porte-glaive,Le pâle roi César,‖ le fier roi chevalier,Descendant du perron‖ le livide escalier,Traversèrent la place‖ et passèrent la grille ;Et, par-dessus les toits,‖ un spectre, la Bastille,Les vit qui s’en allaient‖ vers le Paris vivant ;Le cavalier d’airain,‖ calme, marchait devant,Tenant son doigt levé‖ pour indiquer la route.
Ils ne passèrent point‖ sous l’arche de la voûte ;Ils prirent par le Pas‖ de la Mule, et, suivantLes boulevards qu’emplit,‖ le jour, un flot mouvant,Montèrent vers la Ville‖ endormie à cette heure ;Et les quatre lions‖ du Château-d’eau qui pleure,Les toits des vieux faubourgs‖ aux innombrables nids,La porte Saint-Martin,‖ la porte Saint-Denis,Les Porcherons où vibre‖ encor le bruit des verres,Tremblants, virent passer‖ ces deux profils sévères.Ils marchaient sans parler,‖ sans dire : par ici.Et les deux cavaliers‖ arrivèrent ainsiDans un des carrefours‖ immenses de la ville.Au centre, se dressait‖ un autre homme immobile.
Cet homme n’était pas‖ un homme, mais un Dieu.
Son front, qui semblait fait‖ pour le ciel toujours bleu,Se haussait arrogant,‖ comme indigné de l’ombre ;On voyait sur sa tête‖ un vague soleil sombre ;Il rayonnait, lugubre ;‖ il avait l’air fatalEt superbe, que donne‖ aux morts le piédestal,Et tout ce qu’un vainqueur‖ répand d’horreur sacréeQuand le roi qui détruit‖ contient un Dieu qui crée.C’était un roi de bronze‖ ainsi que le premier ;Il n’avait ni brassards,‖ ni haubert, ni cimier,Et, beau comme Apollon,‖ était nu comme Hercule ;On voyait se courber,‖ noirs dans le crépuscule,Quatre fleuves, l’Escaut,‖ l’Ister, le Doubs, le Rhin,Sous les quatre sabots‖ de son cheval d’airain ;Tranquille, il paraissait‖ écouter dans les brisesDes chocs de bataillons,‖ de cris de villes prises ;Et sa crinière était‖ d’un lion ; et, sans voix,Sans geste, il commandait ;‖ il semblait tendre aux roisSa fière épée, à Dieu,‖ dans l’azur solitaire,Sa main, et son orteil‖ aux baisers de la terre.
Il semblait de lui-même‖ à jamais ébloui.
Et les deux cavaliers‖ marchèrent droit à lui.
Le vent mystérieux‖ suspendit son murmure ;L’aveugle nuit tâcha de voir.
L’homme à l’armureLaissa derrière lui‖ son blême compagnon,Et dit très haut :
― Louis, quatorzième du nom,Réveille-toi, Louis !‖ Et viens avant l’auroreVoir si ton petit-fils‖ est à sa place encore. ―
Le Dieu de bronze au front‖ vaguement étoiléOuvrit sa lèvre sombre‖ et dit : ― M’a-t-on parlé ?Et son regard cherchant‖ à ses pieds, sembla naître.— Oui. ― Qui donc ? ― Moi. ― Qu’es-tu ?‖ ― Ton père, dit l’ancêtre— Quel est ce petit-fils‖ que ta voix m’a nommé ?— Celui que tes sujets‖ appelaient Bien-Aimé.— Où donc est-il, l’objet‖ de ces idolâtries ?— Dans une grande place‖ au bout des Tuileries.Viens.
Le noir demi-dieu salua les deux rois,Puis descendit du socle‖ auguste, et tous les troisSe mirent à marcher‖ dans la nuit côte à côte,L’aïeul passant les fils‖ de sa tête plus haute.
Ils gagnèrent le quai,‖ laissèrent derrière euxLe balcon où, rêvant‖ sur Paris malheureux,La Saint-Barthélemy‖ s’accoude, noir fantôme,Et passèrent devant‖ le palais du royaume,Bloc difforme de murs‖ et de toits inégauxQui, comme les palais‖ de Thèbes et d’Argos,À ses Agamemnons,‖ ses Laïus, ses Électres,La Seine refléta,‖ sinistre, ces trois spectres,Le roi soldat, le roi‖ césar et le roi dieu,Reconnut Louis treize‖ et chercha Richelieu.Le vieux Louvre entr’ouvrit‖ ses royales croisées.
Eux, muets, s’avançaient‖ vers les Champs-Élysées.
II Les cariatides
Puissant Germain Pilon,‖ toi qui, rude ouvrier,Entendis la douleur‖ dans les gouffres crier,Qui sentis l’art divin‖ protester et combattre,Toi qui, sous les héros‖ et sous les Henri quatre,Dédaignant Saint-Germain,‖ Chambord et l’Œil-de-bœuf,Groupas les mascarons‖ tragiques du Pont-Neuf,Colossal pétrisseur‖ des formes ténébreuses,Toi qui savais qu’ouvrant‖ ses gueules douloureuses,La demi-brute aboie‖ après les demi-dieux,Et que tout le dédain‖ de l’abîme odieux,Tout le deuil de l’enfer‖ et du bagne grimaceSur le visage informe‖ et profond de la masse,Ô dur géant, tandis‖ que les autres sculpteurs,Épris du bas-relief‖ superbe des hauteurs,Ciselaient le fronton‖ de la toute-puissance ;Tandis que sur le socle‖ où le prêtre l’encense,Comme un olympien‖ hautain et gracieux,Écoutant la fanfare‖ idéale des cieuxQu’accompagnent les vents,‖ mystérieux orchestre,Ils dressaient dans l’azur‖ César, fantôme équestre ;Tandis qu’ils prosternaient‖ sous Tibère vieillardLa flatterie infâme‖ et splendide de l’art,Et qu’ils faisaient lécher‖ Néron ou Louis onzePar les langues de feu‖ des fournaises du bronze,Et que, prostituant‖ le ciseau souverain,Ils faisaient deux laquais‖ du marbre et de l’airain ;Pendant que, bâtissant‖ pour la terre enchaînéeQuelque Héliogabale‖ ou quelque Salmonée,Ils montraient le tyran,‖ glaive au flanc, sceptre en main,Serein, presque au delà‖ de l’horizon humain,Debout dans l’empyrée‖ où l’on voit l’aube poindre,Si loin qu’il semble grand,‖ si haut qu’il paraît joindreLa couronne d’orgueil‖ qui sur la terre luitAvec celle que peut‖ donner la sombre nuit,Et qu’on voit resplendir‖ au fond des sacrés voilesSon front ceint de lauriers‖ vaguement ceint d’étoiles ;Pendant qu’ils construisaient‖ sur d’altiers piédestauxDe vastes empereurs‖ traînant de lourds manteaux,Des princes échappant‖ dans le bronze à la fange,Et qu’ils transfiguraient‖ le despote en archange,Et qu’ils faisaient le maître,‖ et qu’ils faisaient le roi,Et qu’ils faisaient le Dieu,‖ tu fis le peuple, toi !Tu fis le grand vaincu‖ qui crache de la lave ;Tu fis le grand forçat,‖ tu fis le grand esclave ;Au niveau de l’horreur‖ et du deuil abîmé,Tu tordis dans sa nuit‖ l’effrayant opprimé !Sous les Charles sanglants‖ se lavant aux aiguières,Sous les Louis suivis‖ des fauves Lesdiguières,Sous François à l’œil fier,‖ sous Diane au pied nu,Tu sentis remuer‖ l’Encelade inconnu ;Tu levas des vivants‖ l’affreux drap mortuaire,Et tu leur dis : ― Venez,‖ je suis le statuaire !Venez, vous qui souffrez !‖ Vous qui pleurez, venez !Venez, tous les lépreux,‖ venez, tous les damnés !Sous un socle royal‖ je vais sur cette friseVous faire fourmiller‖ dans la pierre âpre et grise.Misère, maladie,‖ ô deuils, haillons pendants,Colère du grabat,‖ faim qui montres les dents,Venez, j’étalerai‖ sous ce roi vos ulcèresSaignants, affreux, cruels,‖ formidables, sincères ;Je vous donnerai vie‖ et corps sur ce vieux pontOù la clameur du fleuve‖ à vos douleurs répond ;L’hiver, à l’heure obscure‖ où le vent crie et souffre,Vous entendrez passer‖ toutes les voix du gouffreSous ces arches d’écume‖ et de trombe et de nuit ! ―
Alors l’antique horreur‖ sortit de son réduit ;Alors ton œil plongea‖ dans tous les purgatoires ;Alors vinrent à toi‖ toutes les faces noires ;Et ton souffle alluma‖ des flammes dans ces yeux,Et tout ce tourbillon‖ de fronts mystérieuxS’abattit à jamais‖ sur ces dalles funèbresComme un essaim hideux‖ de mouches des ténèbres.
Ô mascarons d’un doigt‖ magistral ébauchés !Êtres vertigineux !‖ Tristes géants couchés !En butte à ce qui souille‖ ainsi qu’à ce qui change,Éclaboussés par l’onde‖ et tachés par la fange !Leurs têtes, où l’oiseau‖ fait sa fiente et son nid,Percent lugubrement‖ l’étrave de granitEt s’avancent sur l’eau‖ comme de noires proues,Et leur corps se prolonge‖ en pavé sous les roues,Sous les talons ferrés‖ et sous les pas perdus ;Les attelages lourds,‖ sous le fouet éperdus,Marchent sur eux traînant‖ des chaînes et des câbles,Et, par moments, les pieds,‖ les galops implacables,La ruade féroce‖ et l’affreux choc des fersÀ ces durs patients‖ arrachent des éclairs.
Oh ! Qui que vous soyez,‖ qui, penchés sur les choses,Sondez l’humanité‖ dans ses métempsychoses,Approchez, regardez,‖ méditez, et tremblez.
Les voilà tous pressés,‖ accouplés, rassemblés ;Voilà tous les souffrants‖ et tous les lamentables ;Voilà les ramasseurs‖ de miettes sous les tables ;Voilà tous les abjects‖ vaguement entrevus ;Voilà Scapin, voilà‖ Sancho, voilà Davus ;La chimère se mêle‖ au réel qui l’attire ;Le valet rit, surpris‖ d’être aussi le satyre ;Voilà les portefaix‖ de tout le poids humain.Ils regardent passer‖ hier, aujourd’hui, demain,Ce qui naît, ce qui meurt,‖ ce qui va, ce qui sombre,Ce qui flotte, attentifs‖ on ne sait à quelle ombre.Ils font de l’onde vaine‖ un lugubre examen.L’eau s’évade et poursuit‖ son tortueux cheminPar sa pente au hasard‖ en liberté conduite,Sous ces captifs penchés,‖ tantales de la fuite.Le reflet des eaux fait,‖ sous l’âpre entablement,De profil en profil‖ errer un flamboiement,Et la chauve-souris‖ de l’aile les effleure.Est-ce que cela raille ?‖ Est-ce que cela pleure ?
Ô bouches où l’esprit‖ qui passe, d’horreur plein,Rêve Pantagruel‖ et retrouve Ugolin !Masque de Rabelais‖ sur la face de Dante !Progression d’angoisse‖ et d’horreur ascendante !Fronts où flambe l’enfer,‖ comme la tombe froids !Ô larves ! Visions‖ de l’invisible ! Effrois !Mascarade aperçue‖ à travers le suaire !Morne évocation‖ du mage statuaireQui n’a que Michel-Ange‖ ou Milton pour rival !Sinistre mardi gras‖ des spectres ! CarnavalDe l’infini, flottant‖ dans le souffle insondable !Descente de Courtille‖ énorme et formidablePétrifiée au mur‖ du songe et de la nuit !Est-ce que l’ouragan‖ qui frissonne et qui fuitNe va pas emporter‖ cette fresque de pierre ?Dieu ! Qu’est-ce que l’église‖ et le trône ont pu faireÀ ce peuple sans nom,‖ sans lumière, sans voix,Sans espoir, qui sanglote‖ et ricane à la foisEn regardant, du fond‖ du néant qui le couvre,D’un côté Notre-Dame‖ et de l’autre le Louvre ?
Oh ! Ces enfantements‖ et ces créations,Ces rencontres de l’âme‖ avec les visionsPèsent sur le génie,‖ et, le courbant à terre,Le penchent du côté‖ le plus noir du mystère.Du jour où tout ce monde‖ étrange t’apparut,Des passions d’en bas‖ râlant l’horrible rut,T’apportant des douleurs‖ la sublime démence,Ô sculpteur, à partir‖ de cet instant immense,Ta pensée à jamais‖ fut mêlée à la nuit !
Homme grand parmi ceux‖ qu’une flamme conduit,Oui, maître, ce fut là‖ ta puissance et ta gloire :Aux princes effarés‖ de force et de victoire,Au pouvoir ignorant‖ les devoirs et les droits,Au palais sidéral‖ des reines et des rois,À l’immense colosse‖ impérial qui lèveSa tête dans l’éclair‖ du vertige et du rêve,Au trône sombre ayant‖ pour dais le firmament,Au monarque, tu fis‖ le grand soubassement,L’homme ; sous le tyran‖ tu mis la multitude !Les puissants rayonnaient‖ dans leur haute attitude,Confiants, sûrs du vent,‖ sûrs du flot, sûrs du port ;Toi, grave et dédaigneux,‖ tu donnas pour supportÀ leur calme, à leur joie,‖ à leur crime, à leurs fêtes,L’hydre cariatide‖ aux millions de têtes ;Au-dessous de leur gloire,‖ au-dessous de ces nomsSonnés par la trompette‖ et dits par les canons,Au-dessous des splendeurs,‖ des vertus proclamées,Et de la nudité‖ des fières renommées,Et de tout ce qui crie :‖ Adorez ! Je suis beau !Je suis pourpre, je suis‖ glaive, je suis flambeau !Tu fis, dans le brouillard‖ livide qui s’écroule,Ramper le gigantesque‖ anonyme, la foule.Sous les jeux et les ris,‖ sous les molles amours,Sous Valois, sous Bourbon,‖ sous Condé, sous Nemours,Sous la tendre Chevreuse‖ et la blonde d’Humière,Sous toute la beauté‖ dans toute la lumière,Sous l’olympe royal,‖ hautain, splendide à voir,Tu sculptas le supplice‖ inouï du bloc noir,L’angoisse de la masse‖ informe, et le calvaireDu manant redoutable‖ et du granit sévère.Les puissants rayonnaient,‖ faisant en libertéLe partage insolent‖ de la prospérité,Désaltérant leur soif‖ toujours inassouvie,Prenant tout le bonheur,‖ prenant toute la vie ;Vénus regardait Mars‖ avec ses plus doux yeux ;Les fiers drapeaux faisaient‖ de grands frissons joyeux ;Les rois étaient armés,‖ les femmes étaient nues ;Les chasses s’enfuyaient‖ au fond des avenues ;Tout était le palais,‖ le banquet, le gala ;Toi, tu fis, en regard‖ de tout ce Louvre-là,Brusquement, aux lueurs‖ de la torche qui brille,Du grand cachot Misère‖ apparaître la grilleEt les faces qu’on voit‖ à travers ses barreaux !Ô protestation‖ terrible ! Les héros,Les gagneurs de bataille‖ et les dieux de la terre,Des hauts arcs de triomphe‖ habitant l’acrotère,Vainqueurs, cuirassés d’or,‖ vêtus de diamant,Du genre humain pensif‖ sombre éblouissement,Éclatants, radieux,‖ vaillants, criant Montjoie,Résumaient le miracle‖ effrayant de la joie,De l’azur sans nuage‖ et sans fond, du soleil ;Toi, songeur, tu voulus‖ que là, sous leur orteil,Tout un monde aux rictus‖ sans fin, aux yeux sans nombre,Effroyable, exprimât‖ le prodige de l’ombre !Ton art, que jusqu’aux fronts‖ réprouvés tu courbas,Sous les monstres d’en haut‖ mit les monstres d’en bas,Le peuple, qui se fait‖ chaque jour moins difforme,Et qui deviendra grand‖ sans cesser d’être énorme.
Oui, l’Averne terrestre‖ avec ses Ixions,Le poème hagard‖ des malédictions,Gueux, cagoux, malingreux,‖ bohémiens, marranes,Le menton bestial‖ du paria, les crânesQue sous son bas plafond‖ l’ignorance a faits plats,Les fauves suppliants,‖ tout ce qui dit : hélas !Sylvains et paysans‖ entrevus sous les lierres,Lèvres avec l’injure‖ et le cri familières,L’oreille où s’est empreint‖ le pavé, dur chevet,La maigreur que la loque‖ en grelottant revêt,Le maraud, le manant,‖ le prolétaire blêmeÀ qui Malthus dit : Meurs !‖ Quand Jésus lui crie : Aime !Les pauvres frémissant‖ de se sentir bandits,La lèpre des cloisons‖ malsaines du taudisGagnant l’habitant sombre,‖ et passant, incurable,Du mur de la misère‖ au front du misérable,Idiots, mendiants‖ râlant sur les chemins,Tout le fourmillement‖ des cloportes humains,Le berceau condamné,‖ l’innocence punie,Les mourants éternels‖ de la grande agonie,Un Pélion hideux‖ sous un splendide Ossa,Voilà ce que ton bras‖ titanique entassa !Et, tandis qu’on sculptait,‖ pour le sceptre et l’épée,Le bronze dithyrambe‖ et le marbre épopée,Ô poète, tu fis‖ grimacer à jamaisSous les guerriers d’airain‖ des lumineux sommets,Sous les déesses d’aube‖ et de blancheur vêtues,Les masques, populace‖ horrible des statues !
Et pour égayer l’œuvre étrange, dans ce tasDe maux, de désespoirs,‖ de sanglots, tu jetasToute une parodie‖ infernale et farouche,Brusquet, Guillot Gorju,‖ Turlupin, Scaramouche,Tous les spectres qui font‖ trembler de leurs discoursLe tréteau de la rue‖ ou le tréteau des cours ;Tu les fis vivre là !‖ Mais, à ton insu même,Devin qu’illuminait‖ une clarté suprême,Ayant de l’avenir‖ déjà l’âpre sueur,Railleur démesuré,‖ tu mettais la lueurDes révolutions‖ dans le regard des faunes ;Tu mêlais aux Pasquins‖ de vagues Tisiphones ;C’est presque en menaçant‖ les rois qu’au-dessous d’euxTu sculptais leurs fous noirs‖ et leurs bouffons hideux,Et ta fatale main,‖ ô grand tailleur de pierre,Dans Trivelin sinistre‖ ébauchait Robespierre.
Ce dur Germain Pilon‖ que l’abîme inspirait,Ce prophète, était-il‖ dans son propre secret ?Avait-il, âme vaste‖ aux grands hasards poussée,La révélation‖ de toute sa pensée ?Savait-il, ce songeur,‖ quel symbole il jetaitSur ce gémissement‖ qui jamais ne se tait,Sur ce fleuve qui glisse‖ ainsi qu’une couleuvre ?Son regard plongeait-il‖ jusqu’au fond de son œuvre ?Mystère ! Avoir sculpté‖ les douleurs, les affronts,L’effroi, la peine ; avoir‖ à ces tragiques frontsDonné pour miroir l’onde,‖ autre image des foules ;Sur la vague, où du vent‖ passent les tristes houles,Sur tous les plis que fait‖ le grand linceul des flots,Sur l’âpre inquiétude‖ et sur les longs sanglotsQue le fleuve orageux‖ dans sa fuite promène,Ô terreur ! Avoir mis‖ toute la ride humaineEt tous les froncements‖ du sourcil de la nuit ;Avoir, dans l’avenir‖ par Dieu même introduit,Montré l’émeute aux rois‖ comme la mer aux grèves ;Avoir démuselé‖ les gorgones des rêves ;Avoir multiplié‖ Méduse sur ce murOù l’art vertigineux‖ ouvre son œil obscur ;Évoquer le vieillard,‖ l’homme, l’enfant, la femme ;Effarer le granit‖ et le pénétrer d’âme ;Faire pleurer la pierre‖ et la désespérer ;Ouvrir tout l’horizon‖ du gouffre, et l’ignorer !Être, sans s’en douter,‖ le précurseur terrible ;Être, sans le savoir,‖ Titan ; est-ce possible ?
Dieu ! Collaborateur‖ ténébreux et serein !Qui sait si le génie,‖ effrayant souverainÀ qui les astres font‖ dans l’ombre un diadème,À l’intuition‖ totale de lui-même ?Oh ! De l’esprit humain‖ ces grands amphictyons,Dante, Isaïe, Eschyle,‖ ― Étranges questions ! ―Cervante et Rabelais,‖ savaient-ils leur empire ?Shakspeare, ô profondeurs !‖ Voyait-il tout Shakspeare ?Molière par Molière‖ était-il ébloui ?Qui pourrait dire non ?‖ Qui pourrait dire oui ?
Qu’importe ! Après avoir‖ mis ce deuil sur ce râle,Le sculpteur est rentré‖ dans sa nuit sidérale,Calme et sombre, et léguant‖ aux siècles ce tableau :La passion du peuple‖ et le tourment de l’eau !Et maintenant passez,‖ et tâchez de comprendre !Homère savait-il‖ qu’il faisait Alexandre ?Socrate savait-il‖ qu’il engendrait Jésus ?Ô gouffres de l’esprit‖ vaguement aperçus !Amer Germain Pilon‖ qui dans la nuit nous plonges,Qui sait, dans le dédale‖ insensé de tes songes,À quelle porte d’ombre‖ et d’horreur tu frappas ?Qui sait si ton poème‖ inouï ne vient pasDe plus loin que la terre‖ et de plus haut que l’homme,Des profondeurs que nul‖ ne connaît et ne nomme,Du précipice ouvert‖ au delà du cercueil ?Qui sait si tu n’as point‖ contemplé l’affreux deuilDe la nature immense,‖ et si, funèbre artiste,Tu n’avais pas en toi‖ le souffle le plus tristeDont puisse frissonner‖ un esprit sous les cieux,La désolation‖ du Mal mystérieux,Quand, regardant ces flots,‖ tu penchas, noir génie,L’éternel grincement‖ sur la plainte infinie ?
Or, tandis que les eaux‖ fuyaient, mouvants miroirs,En voyant les trois rois‖ marcher sur les quais noirs,Les masques monstrueux‖ éclatèrent de rire,Éclat si ténébreux‖ et plein d’un tel martyreQu’aujourd’hui même, après‖ que tant de flots d’oubliOnt coulé sous ce pont‖ chancelant et vieilliDepuis la sombre nuit‖ qu’en frissonnant j’éclaire,Plusieurs des mascarons‖ du fronton séculaireEn gardent le reflet‖ dans leur œil flamboyant,Et sont encor fendus‖ de ce rire effrayant.
Et celui qui riait‖ le plus haut dans le gouffre,Larve ayant dans les dents‖ une lueur de soufre,Face mystérieuse‖ aux cyniques sourcilsSoudain épanouie‖ en fauve Némésis,Jeta ce cri :
― Troupeau, tourbe, foule hagarde,Manants, réveillez-vous !‖ Populace, regarde ;Ouvrez vos yeux obscurs‖ de larmes chassieux ;Voici trois de vos rois‖ qui marchent sous les cieux.Leur front a la noirceur‖ que laisse un diadème.Ils ont plus d’ombre en eux‖ que n’en a la nuit même,Car c’est après la mort‖ le sort de tous ces dieuxPlus ténébreux, ayant‖ été plus radieux.Ils vont. Où donc vont-ils ?‖ Allez ! Allez ! Qu’importe !Vous n’avez pas besoin‖ qu’on vous pousse la porte,Rois ! La route est pavée‖ et large est le terrain ;Allez ! ― L’un est en marbre‖ et deux sont en airain ;Ces rois sont faits des cœurs‖ de tous les rois leurs pères. ―Vous tous, réveillez-vous‖ au fond de vos repaires,Serfs qui depuis mille ans‖ traînez l’immense croix,Et regardez passer‖ ces spectres qui sont rois !Vous en avez pleuré,‖ voici l’heure d’en rire.
Qui sont-ils ? Écoutez‖ ce que je vais vous dire.
Le premier, c’est la joie.‖ Il fit tout en riant ;Il riait à la guerre,‖ il riait en priant ;Le jour qu’il vint au monde,‖ adopté par la gloire,Son aïeul fit chanter‖ sa mère et le fit boire ;Ce roi de belle humeur‖ a ri jusqu’au tombeau ;C’est en riant qu’il fit‖ de Dieu son escabeau ;Il marcha sur l’autel‖ pour monter sur le trône ;Des meurtriers des siens‖ il recevait l’aumône ;Il riait tant, qu’il dut‖ exiler d’Aubigné,Car le joyeux ne peut‖ que chasser l’indigné ;Suivi de ses féaux,‖ vaillantes valetailles,Il s’épanouissait ;‖ il aimait les bataillesEt les filles, cherchant‖ gaîment tous les hasards.Oh ! D’Estrée et de Bueil,‖ d’Entrague et des Essarts !Nuits ! Parcs mystérieux,‖ murmures des cascades !Ô danses et chansons‖ sous les pâles arcades !Nymphes reines ! Ô rois‖ satyres et sylvains !Ô bon Henri ! Beautés,‖ folles aux yeux divins !Ces chiennes de l’amour,‖ comme il s’en faisait suivre !Comme il les enivrait‖ de l’extase de vivre !Comme il leur prodiguait‖ les bijoux florentins,Les fêtes, les ballets,‖ les concerts, les festinsSur qui, pour laisser voir‖ les cieux, le plafond s’ouvre,Les lits de brocart d’or‖ dans les chambres du Louvre,Et les vastes palais‖ et les riches habits,Et dans la pourpre en feu‖ la braise des rubis,Et les perles des mers‖ dans les flots de la soie !Ô temps heureux !
Autour de ce trône de joieLes juges, pour servir‖ la royauté fougueux,Allaient expédiant‖ dans l’ombre un tas de gueux ;On pendait des marauds‖ et des rustres, rebellesÀ la taxe, à la taille,‖ aux aides, aux gabelles,Va-nu-pieds refusant‖ les impôts ; il faut bienQue quelqu’un paie en somme‖ et le roi n’y peut rien ;Et le soir, à travers‖ le doux bruit des fontaines,Quand les rires, mêlés‖ aux musiques lointaines,Semblaient accentuer‖ la flûte et le hautbois,Quand dans le jardin sombre‖ épaissi comme un boisOn voyait des amants‖ errer, et sous les branchesD’ardents profils chercher‖ de vagues gorges blanches ;Quand dans les fleurs de lys‖ planait l’amour ailé ;Quand Danaé vaincue‖ offrait tout bas sa clé,À l’instant où le roi,‖ ravi, charmant, affable,Jupiter fou, riait‖ avec toute la fable,Gai, ne quittant Léda‖ que pour reprendre Hébé,Et rendait le baiser‖ qu’il avait dérobéÀ quelque Gabrielle,‖ à quelque Jacqueline,Une brise jetait‖ du haut de la collineUne haleine de tombe‖ entre ces deux baisers ;Et, non loin de ces jeux‖ et de ces ris, brisés,Nus, grelottant au vent‖ sous les poutres muettes,S’entre-choquant l’un l’autre‖ et heurtés des chouettes,Envoyant des bruits sourds‖ jusqu’au royal balcon,Les squelettes tordaient‖ leur chaîne à Montfaucon !
Ce qui n’empêche pas‖ que ce roi Henri quatre,Ce Vert-galant qui sut‖ aimer, boire et combattre,Soit le meilleur de ceux‖ qu’on appelle les rois.
Celui qui vient après‖ fut moins joyeux ; ses loisBuvaient du sang ; il fut‖ comme un couteau qui tombe ;Son trône ténébreux‖ eût une odeur de tombe,Et le vautour y songe‖ encore au haut du mont ;Faible et lugubre, il eut‖ pour bras Laubardemont,Pour cerveau Laffemas,‖ pour âme La Reynie ;Un homme rouge fut‖ son sceptre et son génie ;Son amitié menait,‖ pour peu qu’on s’y fiât,Concini dans l’égout,‖ au billot d’Effiat ;Il semblait à ce roi,‖ sombre tête perdue,Que toute branche était‖ comme une main tendueDemandant un cadavre ;‖ il ne refusait pas ;Les arbres devenaient‖ potences sous ses pas ;Jamais il ne laissait‖ son prévôt la main vide ;Il jetait au supplice,‖ affreuse goule avideQu’il croyait voir toujours‖ dans l’ombre mendier,Tantôt Galigaï,‖ tantôt Urbain Grandier ;Il cherchait le charnier‖ comme Henri la mêlée ;Il ne haïssait point‖ l’odeur de chair brûlée ;Des chambres de torture‖ il écoutait les bruits ;Ce vendangeur avait‖ pour pommes et pour fruitsLes paniers du bourreau‖ pleins de têtes coupées ;Dans sa tenaille ardente‖ il tordait les épées ;Son prêtre lui faisait‖ faire ce qu’il voulait ;D’une soutane horrible‖ il était le valet ;Le sang l’éclaboussait‖ des talons au panache ;Il séparait les duels‖ avec un coup de hache ;Dépeuplant le sillon,‖ décimant le manoir,Il a sous les chouquets‖ étendu le drap noirÀ Paris, à Toulouse,‖ à Nante, à la Rochelle ;Et de tous les gibets‖ il a tenu l’échelle ;Et sa main en avait‖ gardé le tremblement.
Ce temps fut morne, obscur,‖ douloureux, inclément,Implacable, et la Grève‖ en fut la seule fête.Tant que dura ce roi,‖ le peuple eut sur la tête,Au lieu d’azur, au lieu‖ d’astres, au lieu de ciel,On ne sait quoi de bas,‖ d’infâme et de cruel ;On entendait la mort‖ marcher sur cette voûte ;Ce règne eut pour plafond‖ l’échafaud qui s’égoutte ;Donc ce roi, c’est le Juste.
Et celui qui le suit,C’est le Grand. Ce héros,‖ ce roi dont le front luit,Fut magnifique ; il fut‖ le maître incomparable ;Fier, il avait sous lui‖ la foule misérable,Les disettes, les deuils,‖ les détresses, les pleurs,Un chaos de grabats,‖ de fièvres, de douleurs ;Il fit, magicien,‖ sortir de ces broussaillesCette fleur gigantesque‖ et splendide, Versailles.Il fut le roi choisi,‖ de puissance inondé ;Il eut Colbert, il eut‖ Molière, il eut Condé ;Il fut lumière ainsi‖ que Bel à Babylone ;Son trône fut si haut‖ qu’il devint le seul trône,Et tous les rois étaient‖ de l’ombre devant lui ;La terre avait pour but‖ d’occuper son ennui ;Et la toute-puissance‖ et l’empire et la gloireEt l’amour et l’orgueil‖ faisaient dans la nuit noireAu-dessus de sa tête‖ un abîme étoilé ;Gloire à lui ! Sous ses pieds,‖ tandis que, Dieu voiléPar toutes les splendeurs‖ sur son front réunies,Homme soleil ayant‖ pour rayons des génies,Vêtu d’or, triomphant,‖ heureux, vertigineux,Ne faisant point un pas‖ qui ne fût lumineux,Flamme, astre, il empourprait‖ son olympe superbe,Le peuple, n’ayant pas‖ de pain, mangeait de l’herbe,La nudité hurlait‖ et se tordait les mains,Les affamés gisants‖ râlaient sur les chemins,La France esclave avait‖ un haillon pour livrée ;Un hiver, on en vint‖ à ceci que, navrée,N’ayant plus une ronce‖ à manger, ne sachantQue faire, ayant brouté‖ tous les chardons du champ,La misère attaqua‖ les mornes catacombes ;Le soir on enjambait‖ le mur triste des tombes ;Des cimetières noirs‖ l’homme chassait les loups ;De la bière pourrie‖ on écartait les clous,Et le peuple fouillait‖ de ses ongles les fosses ;Les femmes blasphémaient‖ et pleuraient d’être grosses,Et les petits enfants‖ rongeaient les os des morts ;Les mères des cercueils‖ tâchaient d’ouvrir les bords,Cherchant ce qu’on pourrait‖ manger dans ces décombres,Creusant, mordant ; si bien‖ que les trépassés sombres,Se dressant à travers‖ les tombeaux écroulés,Disaient à ces vivants :‖ qu’est-ce que vous voulez ?Mais qu’importe ! Il fut grand ;‖ il mit le monde en flamme ;Il fut le nom vainqueur‖ que la foudre proclame ;Et les drapeaux au vent,‖ les tambours, les canons,Les batailles nouant‖ leurs orageux chaînons,Les plaines par la mort‖ des villes élargies,Le réseau flamboyant‖ des vastes stratégies,Turenne, Luxembourg,‖ Schomberg, Lorge, Brissac,Et Namur massacrée‖ et Courtray mise à sac,L’incendie à Bruxelle‖ et le pillage à Furnes,Les fleuves rougissant‖ de sang leurs sombres urnes,Gand, Maëstricht, Besançon,‖ Heidelberg, Montmédy,La boucherie au nord,‖ la tuerie au midi,L’Europe ravagée,‖ écrasée, étouffée,Lui firent dans son Louvre‖ un colossal trophéeDe ruine, de nuit,‖ de cendre et de tombeaux.
Mais c’est peu, les cités‖ ainsi que des flambeauxBrûlant et répandant‖ leur lueur sur la terre ;C’est peu l’éclat guerrier,‖ la gloire militaire,Cette goutte de sang‖ qui s’élargit toujours ;C’est peu le choc des camps,‖ l’écroulement des tours ;La guerre, cheval fauve,‖ au-dessus des frontières,Jetant aux fronts des rois‖ ses ruades altières,C’est peu ; c’est peu l’épique‖ et vaste assassinatDe l’Artois, de la Flandre‖ et du Palatinat ;Remplacer les moissons‖ par des flots de fumées,Coucher sur les sillons‖ des cadavres d’armées,Briser les escadrons‖ contre les escadrons,Ce n’est rien ; ce n’est rien‖ la clameur des clairons,L’obus crevant les murs,‖ les places bombardées,Gengiskhan et Timour‖ passés de cent coudées ;Il fit plus, il se fit‖ le grand bourreau de Dieu ;Pieux, il ramena,‖ par le fer et le feu,Son peuple à la candeur‖ de la foi catholique,Et Rome admire encor,‖ dans sa joie angélique,Ce qu’il a fait blanchir,‖ en ces temps immortels,D’âmes, de cœurs, d’esprits,‖ au pied des vrais autels,Et de crânes au pied‖ de la potence horrible.Oh ! Comme l’évangile‖ extermine la bible !Comme c’est beau, le roi‖ plein d’un Dieu furieux !Splendides flamboiements‖ du saint glaive des cieux !De quoi les rois chrétiens‖ ne sont-ils pas capablesLorsqu’il faut venger Dieu‖ de ces maudits, coupablesDu crime de vouloir‖ prier à leur façon !Ô spectacle admirable !‖ Exil, bagne, prison,Des pasteurs, des docteurs,‖ des hommes consulairesCourbés sous le bâton‖ dans le banc des galères,Cinq cent mille bannis,‖ cent mille massacrés,Dix mille brûlés vifs,‖ rompus vifs, torturés,Patients en chemise‖ au seuil des basiliques,Tourbillon des bûchers‖ sur les places publiques,Âcre fumée ayant‖ des râles dans ses plis,Surprises, guets-apens,‖ gens tués dans leurs lits,Juges fatals passant‖ ainsi que des tonnerres,Pinces tordant des seins‖ de femme, octogénairesDont la barre de fer‖ fait crier les vieux os,Tous les dogues du meurtre‖ ouvrant leurs noirs naseaux,Rivières rejetant‖ les noyés sur leurs plages,Cavalerie affreuse‖ écrasant les villages,Feu, ravage, viol,‖ le carnage, le sang,La fange, et Bossuet,‖ sinistre, applaudissant !Ô roi pieux béni‖ de l’église qu’il sauve !Tout un peuple traqué‖ comme une bête fauve !Oui, ce fut comme un vol‖ de sanglants éperviers ;Montrevel sur Tournon,‖ Lamoignon sur Viviers ;Oui, ce fut monstrueux,‖ oui, ce fut lamentable ;On tuait dans la rue,‖ on tuait dans l’étable ;On jetait dans le puits‖ l’enfant criant Jésus,La mère, et l’on mettait‖ une pierre dessus ;On sabrait du pasteur‖ la vieille tête chauve ;Les crosses des mousquets‖ écrasaient dans l’alcôveLa nourrice au berceau,‖ l’aïeule à son rouet ;Siècle affreux ! Les dragons‖ chassaient à coups de fouetDevant eux des troupeaux‖ de femmes toutes nues ;La débauche inventait‖ des rages inconnues ;L’orgie imaginait‖ des supplices ; le vinInspirait Sabaoth‖ dans son courroux divin ;Cent monstres bondissaient‖ de contrée en contrée ;La cartouche éclatait‖ dans la vierge éventrée ;L’orthodoxie était‖ comme un tigre qui rit,Tartuffe encourageait‖ de Sade au nom du Christ !Fanatisme hideux,‖ implacables doctrines,Faisant de tout un peuple‖ un monceau de ruines,Affreux, le sabre aux dents,‖ le crucifix au poing !Tu ne crois pas en Dieu,‖ Louvois ! Tu n’y crois point,Letellier ! Ah ! Vieillards,‖ mères, enfants, victimes !Ce sont les ennemis‖ de Dieu qui font ces crimes ;Le servir de la sorte,‖ avec du sang aux mains,C’est vouloir l’étouffer‖ dans le cœur des humains ;Ces religions-là,‖ ce sont les pelletéesDe terre que sur Dieu‖ jettent les noirs athées !
Et c’est pourquoi ce roi‖ rayonne ; il est flagrantQue l’autre étant le juste,‖ il faut qu’il soit le grand.Ô grandeur, de charnier‖ et de meurtre mêlée,Qui de têtes de mort‖ apparaît étoilée !Lion superbe ayant‖ le chat pour compagnon !Conquérant coudoyé‖ par les supplices ! NomOù la veuve Scarron‖ jette son ombre vile !Sceptre qui s’est laissé‖ manier par Bâville !Glaive altier dont la fouine‖ a léché le fourreau !Lauriers où sont marqués‖ les dix doigts du bourreau !Roi qui tresse la claie‖ et comble la voirie !Ô couronne des lys‖ qui, la nuit, se marieAu bonnet de béguine‖ où l’église soudaLa calotte de fer‖ du vieux Torquemada !
Ô peuple que son roi‖ broie et détruit ! DésastreD’un monde sur qui tombe‖ et s’écrase son astre !Tout le soir de ce règne‖ appartient aux hiboux ;Dans ce noir crépuscule‖ ils sortent de leurs trous ;Les billots, les poteaux‖ mêlent leurs vagues formes,Et l’on voit se dresser,‖ monstrueuses, énormes,Une roue au couchant,‖ une roue au levant,Où pendent, disloqués,‖ dans les souffles du vent,Deux cadavres, sur qui‖ tout le genre humain prie,L’un est la conscience‖ et l’autre est la patrie.
Ô grand Louis, héros,‖ vainqueur, sacré, flatté,Adoré, l’avenir,‖ qui dit la véritéPlus haut que les Fléchiers‖ et que les Bourdaloues,T’offre un char triomphal,‖ mais avec ces deux roues. ―
Il se fit un silence,‖ et le masque un momentSe tut, puis se remit‖ à rire affreusement.
— Allez ! Le fleuve gronde‖ et le vent se courrouce.Allez ! Allez, les rois !‖ Où vont-ils ? Qui les pousse,N’ayant plus d’intérêt‖ dans ce monde vivant ?Et qu’est-ce donc qu’ils ont‖ à marcher en avant ?Allez ! Allez ! Où donc‖ les mènes-tu, nuit blême ?Nuit ! Ces trois rois en vont‖ chercher un quatrième.
Ce quatrième-là,‖ comment le raconter ?
Venu pour tout corrompre‖ et pour tout éhonter,Il ne fut pas le roi‖ du sang, mais de l’écume.L’autre était le soleil,‖ il vint, et fut la brume ;Il fut l’impur miasme,‖ il fut l’extinctionDe la dernière haleine‖ et du dernier rayon ;Il répandit sur l’âme‖ humaine exténuéeTout ce que le bourbier‖ peut jeter de nuée.Il s’appela Rosbach,‖ il s’appela Terray ;Adieu le pur, le grand,‖ le saint, le beau, le vrai !Corruption, débauche,‖ impudeur, arbitraire,Un sinistre appétit‖ de faire le contraireDe ce que veut l’honneur,‖ un satyre à l’affût,Boue et néant, voilà‖ ce que cet homme fut.D’autres rois ont été‖ flairés par les orfraies ;Ils ont été les pleurs,‖ les tortures, les plaies,Les terreurs, les fléaux ;‖ celui-ci fut l’affront,On vit sous lui le front‖ de la France, ce frontOù la lueur de Dieu‖ s’épanouit et monte,Apprendre la courbure‖ horrible de la honte ;Ô deuil ! Le drapeau franc‖ et la peur mariés,Deux vils sauve-qui-peut‖ en même temps criésIci par la faillite,‖ et là, par la déroute ;La vieille honnêteté‖ publique croulant toute ;L’honneur mort ; dans un siècle‖ un seul jour : Fontenoy ;Ce règne est une cave,‖ et sous ce lâche roiTout s’éclipse, grandeur,‖ victoire, exploits célèbres ;Et, de mille fils noirs‖ traversant les ténèbres,Tout au fond, arrêtant‖ dans leur vol vers l’azurLa grâce, la beauté,‖ la jeunesse au front pur,Son lit sombre rayonne‖ en toile d’araignée.Et cependant la terre‖ est d’aurore baignée,Un jour se lève, on sent‖ un souffle frissonner ;La France est une forge‖ où l’on entend sonnerLe marteau du progrès‖ et l’enclume du monde ;Tout monte à l’idéal,‖ lui, plonge dans l’immonde ;La France marche au jour,‖ lui dans l’ombre s’enfuit ;Auprès de la lumière‖ il élève la nuit ;En regard de Paris,‖ ce roi bâtit Sodome.
Or on allait cherchant‖ un surnom à cet homme.
Voyez : instincts rampants,‖ amours empoisonneurs,Toutes les lâchetés‖ et tous les déshonneurs,Ignorance du bien‖ et du mal, turpitude,Bon visage aux méchants,‖ orgie, ingratitude,Soupir de délivrance‖ à la mort de son fils ;Organisant la faim,‖ faisant d’affreux profitsSur les peuples hagards‖ que la misère mine,S’engraissant de leur diète‖ et mangeant leur famine,Roi vampire ; riant‖ des sanglots, sourd aux cris ;Rampant, faisant régner‖ l’Angleterre à Paris ;Laissant rouer Calas,‖ laissant brûler Labarre ;Dur par indifférence‖ et mollesse, barbarePour ne pas se donner‖ la peine d’être bon ;Fumier fleurdelysé,‖ Vitellius Bourbon ;Ayant sous ses plaisirs‖ des prisons sépulcrales,Des pleurs dans la Bastille‖ exécrée, et des râlesDans les cages de fer‖ du vieux mont Saint-Michel ;Petit-fils de cent rois,‖ mais pas le plus cruel,Pas le plus oppresseur‖ du peuple et de l’empire,Pas le plus furieux‖ ni le plus fou ; ― Le pire ;Le plus vil ; exilant‖ quiconque ose penser ;Débile, et par accès‖ tâchant de redresserQuelque horrible pilier‖ de l’antique édifice ;Au fond du parc-aux-cerfs‖ rêvant le saint-office ;Ayant le mal pour but,‖ la fange pour chemin ;Ténébreux, soupçonné‖ de bains de sang humain ;Foulant aux pieds le droit‖ et la vertu, chimères ;Infâme ; soulevant‖ des émeutes de mères ;Froid regard, pied sali,‖ front hautain, cœur fermé ;Comment nommer ce roi,‖ sinon le Bien-Aimé ?
On le méprise tant,‖ ce malheureux, qu’on pleure.Monstre ! Il suffit qu’un fou‖ d’une épingle l’effleurePour que ce Prusias‖ devienne un Busiris,Pour qu’on voie, au milieu‖ de l’horreur et des cris,Cent tourments, plus d’enfer‖ que n’en a rêvé Dante,Le feu, l’arrachement‖ des membres, l’huile ardente,Le plomb fondu qui fait‖ d’un coupable un martyr,Toute une éruption‖ de supplices sortirDe son égratignure‖ élargie en cratère.
Ô misérable ! Il est‖ le dégoût de la terre ;Il est l’éclat de rire‖ insolent de vingt rois ;Et l’histoire lui tend‖ l’opprobre et lui dit : bois !Est-ce donc une loi,‖ nuit, cieux incorruptibles,Dieu bon, que les abjects‖ succèdent aux terribles,Qu’on n’échappe au torrent‖ que pour choir au ruisseau,Et que le sanglier‖ soit suivi du pourceau !
La mort enfin souffla‖ sur cette tête infâme ;Il rendit à la nuit‖ ce qu’on nommait son âme ;Et comme on le portait,‖ au glas sourd des beffrois,À Saint-Denis où dort‖ le noir monceau des rois,Le lâche près du fort,‖ l’impur près du féroce,On vit, tandis qu’autour‖ du funèbre carrosseLes prêtres répandaient‖ leur encens, vain brouillard,Ruisseler de dessous‖ le royal corbillardOn ne sait quelle pluie‖ éclaboussant la roueQui suintait du char sombre‖ et qui tachait la boue ;C’était ce roi, ce maître‖ et cet homme d’orgueilQui tombait goutte à goutte‖ à travers son cercueil.
Despotes, vous vivez,‖ vous dévorez le monde,Vous avez Pompadour,‖ Diane ou Rosemonde,Vous riez, vous régnez ;‖ les fronts se courbent tous ;La honte des pays‖ frémit derrière vous ;Vous faites une tache‖ immonde sur l’histoire ;Vous mourez : ô la chère‖ et l’illustre mémoire !Et l’oraison funèbre‖ appelée au palais,Pleurante, met sa mitre‖ et ses bas violets,Et, vous mêlant à Dieu,‖ célèbre vos obsèques,Vos gloires ne font pas‖ reculer les évêques,Mais vos cadavres font‖ reculer l’embaumeur. ―
Les masques bruissaient‖ comme une onde en rumeur ;On eût cru, dans un fond‖ insondable et sublime,Entendre chuchoter‖ les vagues d’un abîme ;Et l’un d’eux qui suivait‖ les rois d’un œil ardentS’écria :
― Nord et sud ! Orient ! Occident !Où le soleil se lève,‖ où le soleil se couche,Partout ! Ils sont partout !‖… Oh ! Le grand vent farouche,Le vent d’en haut, quand donc‖ se déchaînera-t-il ?Le vent de deuil, le vent‖ d’horreur, le vent d’exilQui roulera les rois‖ dans ses larges bouffées,Fera rugir d’effroi‖ le lion des trophées,Trembler le piédestal‖ sous son orageux flot,Et prendre à la statue‖ équestre le galop ?Ô colosses de bronze‖ et de pierre, monarquesDont le globe meurtri‖ porte partout les marques,Tyrans, soyez maudits !‖ Puisse, à travers les cieux,La nuit vous emporter‖ d’un souffle furieux,Et, le fouet de l’éclair‖ aux mains, pâle et vivante,Vous poursuivre, mêlant‖ dans l’immense épouvanteEt le cheval de marbre‖ et le cheval d’airain,Et, rois ! Faire à jamais,‖ dans la terreur sans frein,Au fond du gouffre, plein‖ d’éternelles huées,Sous votre fuite sombre‖ écrouler les nuées ! ―
Et ce masque pleurait‖ et jetait des cris sourds.Derrière les trois rois‖ qui s’avançaient toujours,Implacable, il semblait‖ la pâle conscience.
Le rieur effrayant‖ lui cria : Patience !
Et les trois rois marchaient‖ sur le quai ténébreux,Sans entendre ces cris‖ de l’ombre derrière eux.
III L’arrivée
Oh ! Les mornes chevaux,‖ comme ils allaient, farouches !Nul souffle ne sortait‖ de leurs fatales bouches,Nul regard n’étoilait‖ la noirceur de leurs yeux.À mesure que, froids,‖ sourds et silencieux,Ils entraient plus avant‖ dans la grande nuit triste,L’infini, qui, muet,‖ aux prodiges assiste,Épaississait la brume‖ au fond de l’horizon ;Et les arbres, troublés‖ d’un sépulcral frisson,Tordaient leurs bras souffrants‖ et leurs branches meurtries,Tandis que cheminaient‖ le long des tuileries,Toujours du même pas‖ vertigineux et lent,Les deux cavaliers noirs‖ et le cavalier blanc.
Devant eux, comme un cap‖ où les flots se déchirent,L’angle de la terrasse‖ apparut ; ils franchirentCe pas sombre, et le bruit‖ cessa sur les pavés,Et l’ombre fit silence ;‖ ils étaient arrivés.
L’eau du fleuve fuyait,‖ d’obscurité couverte.
Ô terreur ! Au milieu‖ de la place déserte,Au lieu de la statue,‖ au point même où leurs yeuxCherchaient le Bien-Aimé‖ triomphal et joyeux,Apparaissaient, hideux‖ et debout dans le vide,Deux poteaux noirs portant‖ un triangle livide ;Le triangle pendait,‖ nu, dans la profondeur ;Plus bas on distinguait‖ une vague rondeur,Espèce de lucarne‖ ouverte sur de l’ombre ;Deux nuages traçaient‖ au fond des cieux ce nombre :— Quatrevingt-treize — chiffre on ne sait d’où venu.
C’était on ne sait quel‖ échafaud inconnu.
Lugubre, il se dressait ;‖ derrière sa charpenteDe quelque étrange abîme‖ on devinait la pente ;Les arbres regardaient‖ l’horrible vision ;L’ouragan retenait‖ sa respirationDevant la silhouette‖ informe et ténébreuse ;Et tout semblait hagard ;‖ tant la machine affreuse,Rouge comme un carnage‖ et noire comme un deuil,Debout entre l’énigme‖ et l’homme, sur un seuilQui peut-être est le ciel,‖ peut-être la géhenne,Contenait de néant,‖ d’épouvante et de haine !
Sous le blême triangle‖ une échelle tremblait.L’échafaud, immobile‖ et monstrueux, semblaitCommuniquer avec‖ la tombe universelle.Une pourpre, semblable‖ à celle qui ruisselleEt qui fume le long‖ du mur des abattoirs,Filtrait de telle sorte‖ entre les pavés noirsQu’elle écrivait ce mot‖ mystérieux : Justice.On devinait que l’âpre‖ et farouche bâtisse,Calme, définitive,‖ inexprimable à voir,Avait été construite‖ avec du désespoir,Et sortait des douleurs,‖ des pleurs et des décombres ;Et que les deux poteaux,‖ dans les carrefours sombresOù l’homme marche triste,‖ aveuglément conduit,Avaient jadis marqué‖ les routes de la nuit ;On pouvait, dans la brume‖ où l’infini commence,Lire sur l’un : Pouvoir,‖ et sur l’autre : Démence ;Le cercle, qui s’ouvrait‖ sous le lourd coutelas,Rappelait le carcan‖ et le couronne, hélas !On sentait, à travers‖ la vague horreur des rêves,Que ce triangle était‖ forgé de tous les glaives,Du fer d’Achab ainsi‖ que du fer d’Attila ;Toute l’immensité‖ de la mort était là,Montant dans la nuée‖ et jusqu’aux cieux terribles.
À peine palpitaient‖ les choses invisibles ;Pas un cri, pas un bruit,‖ pas un souffle. Parfois,Et ceci redoublait‖ la terreur des trois rois,Entre les deux sanglants‖ et tragiques pilastres,La brume s’écartait‖ et l’on voyait les astres.
Car, ô nuit ! On sentait‖ que Dieu, le grand voilé,À cette chose étrange‖ et triste était mêlé ;L’éternité pesait‖ dans ce lieu tout entière ;Cette place fatale‖ en semblait la frontière.
Les rois lisaient le mot‖ écrit sur le pavé.
L’œil qui dans ce moment‖ suprême eût observéCes figures, de glace‖ et de calme vêtues,Eût vu distinctement‖ pâlir les trois statues.
Ils se taisaient ; et tout‖ se taisait autour d’eux ;Si la mort eût tourné‖ son sablier hideux,On en eût entendu‖ glisser le grain de sable.
Une tête passa‖ dans l’ombre formidable.Cette tête était blême ;‖ il en tombait du sang.
Et les trois cavaliers‖ frémirent ; et, froissantVaguement le pommeau‖ de sa lugubre épée,L’aïeul de bronze dit‖ à la tête coupée(Dialogue funèbre‖ et du gouffre écouté) :— Oh ! L’expiation,‖ dans ce lieu redouté,Règne sans doute avec‖ quelque ange pour ministre ?Quel est ton crime ? Ô toi‖ qui vas, tête sinistre,Plus pâle que le Christ‖ sur son noir crucifix ?
— Je suis le petit-fils‖ de votre petit-fils.
― Du trône. Ô rois, l’ombre est terrible !
— Spectre, quelle est là-bas‖ cette machine horrible ?
— C’est la fin, dit la tête‖ au regard sombre et doux.
— Et qui donc l’a construite ?
Soit. Mais quoi que ce soit‖ qui ressemble à la haineN’est pas le dénouement,‖ et l’aurore est certaine ;C’est au bonheur que doit,‖ quoi qu’on fasse, aboutirL’effort humain, ce sombre‖ et souriant martyr ;La vie aux yeux sereins‖ sort toujours de la tombe ;Tout déluge a pour fin‖ le vol d’une colombe ;Jamais l’espoir sacré‖ n’a dit : je me trompais.Oh ! Ne vous lassez point,‖ penseurs ; versez la paix,Versez la foi, versez‖ l’idée et la prière,Et sur ces flots de nuit‖ des torrents de lumière !Gloire à Dieu ! Nul progrès‖ ne se fait à demi.Le malheur du méchant,‖ le deuil de l’ennemi,Non, ce n’est pas le but,‖ sous ce ciel qui débordeDe bonté, de pardon,‖ d’extase et de concorde.Vivants, toutes les fois‖ que ce globe de ferÉbauche un peu d’éden,‖ ruine un peu d’enfer,Et qu’un écueil s’écroule,‖ et qu’un phare flamboie,Et que les nations‖ font des pas vers la joieEn luttant, en cherchant,‖ en priant, en aimant,Le ciel rayonne et semble‖ un grand consentement.
Les mains se chercheront‖ de loin ; tous les contraires,Désarmés, attendris,‖ calmés, deviendront frères ;Nous verrons se confondre‖ en douces unionsCe que nous acceptons‖ et ce que nous nions ;Les parfums sortiront‖ à travers les écorces ;L’idée éclairera‖ l’aveuglement des forces ;L’antique antagonisme‖ entre l’âme et le corpsSera comme une lyre‖ aux célestes accords ;Le souffle baisera‖ l’argile, et la matièrePlongera dans l’esprit‖ sa farouche frontière ;La charrue aidera‖ l’hymne, et les travailleursAuront aux mains la gerbe‖ et sur le front des fleurs ;Car pour le verbe saint‖ nulle voix n’est muette !La pioche du mineur,‖ la strophe du poète,Creusent la même énigme‖ et cherchent le même or.Qu’importent les chemins‖ où l’homme marche encorTantôt mouillé de pluie‖ et tantôt blanc de poudre !
C’est en fraternité‖ que tout doit se dissoudre ;Et Dieu fera servir‖ le calcul, la raison,L’étude et la science,‖ à cette guérison.
Peuples, Demain n’est pas‖ un monstre qui nous guette ;Ni la flèche qu’Hier‖ en s’enfuyant nous jette.Ô peuples ! L’avenir‖ est déjà parmi nous.Il veut le droit de tous‖ comme le pain pour tous ;Calme, invincible, au champ‖ de bataille suprême,Il lutte ; à voir comment‖ il frappe, on sent qu’il aime ;Regardez-le passer,‖ ce grand soldat masqué !Il se dévoilera,‖ peuples, au jour marqué ;En attendant il fait‖ son œuvre ; la penséeSort, lumière, à travers‖ sa visière baissée ;Il lutte pour la femme,‖ il lutte pour l’enfant,Pour le peuple qu’il sert,‖ pour l’âme qu’il défend,Pour l’idéal splendide‖ et libre ; et la mêlée,Sombre, de ses deux yeux‖ de flamme est étoilée.
Son bouclier, où luit‖ ce grand mot : Essayons !Est fait d’une poignée‖ énorme de rayons.Il ébauche l’Europe,‖ il achève la France ;Il chasse devant lui,‖ terrible, l’ignorance,Les superstitions‖ où les cœurs sont plongés,Et tout le tourbillon‖ des pâles préjugés.Oh ! Ne le craignez pas,‖ peuples ! Son nom immense,C’est aujourd’hui Combat et c’est demain Clémence.
À qui te cherche, ô Vrai,‖ jamais tu n’échappas.
Une étape après l’autre.‖ Après un pas, un pas.Dans sa course qui met‖ en feu son auréole,Le Progrès n’a pas peur‖ d’entrer, lui qui s’envole,Chez ce monstre divin,‖ la Révolution.Il lui prend un éclair‖ et lui donne un rayon ;Car il le peut, ses yeux‖ étant faits de lumière ;Puis il sort de la haute‖ et grondante tanière ;Et son attention‖ est toute désormaisSur ce grand but, plus pur‖ que les plus blancs sommets,Plus lointain que la nue‖ à l’horizon perdue :La Paix, clarté visible‖ à travers l’étendue,L’Harmonie, attirant‖ vers elle l’élément,L’Amour, prodigieux‖ et chaud rayonnement.
L’aigle de la montagne‖ est rentré dans son aire ;Il a fait en passant‖ sa visite au tonnerre ;Maintenant, l’œil fixé‖ sur l’abîme vermeil,Calme, il rêve au moyen‖ d’atteindre le soleil.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 622((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a l’ombre / nombre féminine, classiqueb horizons / maisons masculine, classiquec chacune / lune féminine, classiqued sœur / épaisseur masculine, classiquee toutes / voûtes féminine, classiquef désespoir / noir masculine, classiqueg renaître / fenêtre féminine, classiqueh détruit / nuit masculine, classiquei refermée / fumée féminine, classiquej firmament / d’évanouissement masculine, classiquea funèbres / ténèbres féminine, classiqueb dos / féodaux masculine, classiqueb bataille / taille féminine, classiquec gantelet / semblait masculine, classiqued geste / funeste féminine, classiquee cieux / mystérieux masculine, classiqueb cime / l’abîme féminine, classiquec l’infini / henni masculine, classiqued personnage / témoignage féminine, classiquee élevant / vivant masculine, classiquef gloire / mémoire féminine, classiqueg bourreau / passereau masculine, classiqueh rêve / l’achève féminine, classiquei jour / l’entour masculine, classiquej vêtue / statue féminine, classiquek empereur / terreur masculine, classiquea grandiose / d’apothéose féminine, classiqueb serein / l’airain masculine, classiquec prunelle / éternelle féminine, classiqueb mort / fort masculine, classiquec noires / victoires féminine, classiqued Dieu / lieu masculine, classiquee attitude / solitude féminine, classiquef bruit / nuit masculine, classiqueg écume / brume féminine, classiqueh chaos / flots masculine, classiquei querelle / elle féminine, classiquea savoir / noir masculine, classiqueb sommeille / l’oreille féminine, classiquec devant / vent masculine, classiqued glace / place féminine, classiquea marchant / penchant masculine, classiqueb fume / brume féminine, classiquea forêt / sortirait masculine, classiqueb ténèbres / vertèbres féminine, classiquec aveux / cheveux masculine, classiqued bouche / farouche féminine, classiquee saluer / remuer masculine, classiquea s’arrête / tête féminine, classiquea sourds / tours masculine, classiqueb vénèrent / frissonnèrent féminine, classiqueb levé / pavé masculine, classiquec l’architrave / grave féminine, classiqued métal / piédestal masculine, classiquee plonge / songe féminine, classiquef descendit / maudit masculine, classiqueg obscène / Seine féminine, classiqueh sens / passants masculine, classiquei portes / fortes féminine, classiquea retenu / inconnu masculine, classiqueb plume / enclume féminine, classiquec étouffait / stupéfait masculine, classiqued accrues / rues féminine, classiquee souterrain / d’airain masculine, classiquea l’arche / marche féminine, classiquea pavé / levé masculine, classiqueb forme / énorme féminine, classiquec bouleversé / passé masculine, classiqued séjournent / retournent féminine, classiquee sait / passait masculine, classiquef royaumes / fantômes féminine, classiqueg inconnu / soutenu masculine, classiqueh athée / épouvantée féminine, classiquei froid / droit masculine, classiqueb traîne / humaine féminine, classiquec fatal / mental masculine, classiqued abattues / statues féminine, classiquee affreux / eux masculine, classiquef lui-même / blême féminine, classiqueg fermé / accoutumé masculine, classiqueh espèce / épaisse féminine, classiquei arrivants / vivants masculine, classiquea s’émurent / murmurent féminine, classiqueb roi / beffroi masculine, classiquec sacres / massacres féminine, classiqued lacs / Ravaillacs masculine, classiquee muettes / oubliettes féminine, classiquef fossés / pressés masculine, classiqueg crible / terrible féminine, classiquea voit / soit masculine, classiqueb fantôme / dôme féminine, classiquea pilier / cavalier masculine, classiqueb sauvage / esclavage féminine, classiquec révoltés / calamités masculine, classiqued triste / subsiste féminine, classiquee feu / Dieu masculine, classiquef entrailles / mitrailles féminine, classiqueg triomphant / l’enfant masculine, classiqueh meurtrières / salpêtrières féminine, classiquei réchauds / cachots masculine, classiquej ancêtre / Bicêtre féminine, classiquek lépreux / preux masculine, classiquel poignées / gagnées féminine, classiquem charmants / écartèlements masculine, classiquen chaîne / traîne féminine, classiqueo bandés / dés masculine, classiquep vice / justice féminine, classiqueq assassins / tocsins masculine, classiquer aile / Nesle féminine, classiques tombeau / Isabeau masculine, classiquet trophées / bouffées féminine, classiqueb reflux / plus masculine, classiquec formidable / inabordable féminine, classiqueb défont / profond masculine, classiquea Dauphine / confine féminine, classiqueb guet / léguait masculine, classiquec Primatice / Justice féminine, classiqued anankè / quai masculine, classiquee Grève / s’élève féminine, classiquef chevets / Saint-Gervais masculine, classiqueg rues / disparues féminine, classiqueh bandits / jadis masculine, classiquei Bassompierre / pierre féminine, classiquea tremblant / blanc masculine, classiquea marbre / austère / solitaire féminine, classiqueb romain / surhumain masculine, classiquec justice / cuisse féminine, classiqued d’empereur / horreur masculine, classiquee battue / statue féminine, classiqueb fixement / dormant masculine, classiquec d’arbre / marbre féminine, classiquea encor / cor masculine, classiqueb rêve / porte-glaive féminine, classiquec chevalier / escalier masculine, classiqued grille / Bastille féminine, classiquee vivant / devant masculine, classiquef route / voûte féminine, classiqueb suivant / mouvant masculine, classiquec heure / pleure féminine, classiqued nids / Saint-Denis masculine, classiquee verres / sévères féminine, classiquef ici / ainsi masculine, classiqueg ville / immobile féminine, classiquea Dieu / bleu masculine, classiqueb l’ombre / sombre féminine, classiquec fatal / piédestal masculine, classiqued sacrée / crée féminine, classiquee premier / cimier masculine, classiquef Hercule / crépuscule féminine, classiqueg Rhin / d’airain masculine, classiqueh brises / prises féminine, classiquei voix / rois masculine, classiquej solitaire / terre féminine, classiquea ébloui / lui masculine, classiquea murmure / voir / l’armure féminine, classiqueb compagnon / haut / nom masculine, classiqueb l’aurore / encore féminine, classiquea étoilé / parlé masculine, classiqueb naître / l’ancêtre féminine, classiquec nommé / Bien-Aimé masculine, classiqued idolâtries / Tuileries féminine, classiquea Viens / rois / trois masculine, classiqueb côte / haute féminine, classiquea eux / malheureux masculine, classiqueb fantôme / royaume féminine, classiquec inégaux / d’Argos masculine, classiqued Électres / spectres féminine, classiquee dieu / Richelieu masculine, classiquef croisées / Champs-Élysées féminine, classiquea ouvrier / crier masculine, classiqueb combattre / quatre féminine, classiquec l’Œil-de-bœuf / Pont-Neuf masculine, classiqued ténébreuses / douloureuses féminine, classiquee demi-dieux / odieux masculine, classiquef grimace / masse féminine, classiqueg sculpteurs / hauteurs masculine, classiqueh toute-puissance / l’encense féminine, classiquei gracieux / cieux masculine, classiquej orchestre / équestre féminine, classiquek vieillard / l’art masculine, classiquel onze / bronze féminine, classiquem souverain / l’airain masculine, classiquen enchaînée / Salmonée féminine, classiqueo main / humain masculine, classiquep poindre / joindre féminine, classiqueq luit / nuit masculine, classiquer voiles / d’étoiles féminine, classiques piédestaux / manteaux masculine, classiquet fange / archange féminine, classiqueu roi / toi masculine, classiquev lave / esclave féminine, classiquew abîmé / opprimé masculine, classiquex aiguières / Lesdiguières féminine, classiquey nu / inconnu masculine, classiquez mortuaire / statuaire féminine, classiquea venez / damnés masculine, classiqueb frise / grise féminine, classiquec pendants / dents masculine, classiqued ulcères / sincères féminine, classiquee pont / répond masculine, classiquef souffre / gouffre féminine, classiqueg nuit / réduit masculine, classiqueb purgatoires / noires féminine, classiquec yeux / mystérieux masculine, classiquea ébauchés / couchés masculine, classiqueb change / fange féminine, classiquec nid / granit masculine, classiqued proues / roues féminine, classiquee perdus / éperdus masculine, classiquef câbles / implacables féminine, classiqueg fers / éclairs masculine, classiquea choses / métempsychoses féminine, classiqueb tremblez / rassemblés masculine, classiqueb lamentables / tables féminine, classiquec entrevus / Davus masculine, classiqued l’attire / satyre féminine, classiquee humain / demain masculine, classiquef sombre / ombre féminine, classiqueg examen / chemin masculine, classiqueh conduite / fuite féminine, classiquei entablement / flamboiement masculine, classiquej effleure / pleure féminine, classiquea plein / Ugolin masculine, classiqueb Dante / ascendante féminine, classiquec froids / Effrois masculine, classiqued suaire / statuaire féminine, classiquee rival / Carnaval masculine, classiquef insondable / formidable féminine, classiqueg nuit / fuit masculine, classiqueh pierre / faire féminine, classiquei voix / fois masculine, classiquej couvre / Louvre féminine, classiquea créations / visions masculine, classiqueb terre / mystère féminine, classiquec t’apparut / rut masculine, classiqued démence / immense féminine, classiquee nuit / conduit masculine, classiqueb gloire / victoire féminine, classiquec droits / rois masculine, classiqued lève / rêve féminine, classiquee firmament / soubassement masculine, classiquef multitude / attitude féminine, classiqueg port / support masculine, classiqueh fêtes / têtes féminine, classiquei noms / canons masculine, classiquej proclamées / renommées féminine, classiquek beau / flambeau masculine, classiquel s’écroule / foule féminine, classiquem amours / Nemours masculine, classiquen d’Humière / lumière féminine, classiqueo voir / noir masculine, classiquep calvaire / sévère féminine, classiqueq liberté / prospérité masculine, classiquer inassouvie / vie féminine, classiques yeux / joyeux masculine, classiquet nues / avenues féminine, classiqueu gala / Louvre-là masculine, classiquev brille / grille féminine, classiquew barreaux / héros masculine, classiquex terre / l’acrotère féminine, classiquey diamant / éblouissement masculine, classiquez Montjoie / joie féminine, classiquea soleil / orteil masculine, classiqueb nombre / l’ombre féminine, classiquec courbas / bas masculine, classiqued difforme / énorme féminine, classiquea Ixions / malédictions masculine, classiqueb marranes / crânes féminine, classiquec plats / hélas masculine, classiqued lierres / familières féminine, classiquee chevet / revêt masculine, classiquef blême / Aime féminine, classiqueg bandits / taudis masculine, classiqueh incurable / misérable féminine, classiquei chemins / humains masculine, classiquej punie / agonie féminine, classiquek Ossa / entassa masculine, classiquel l’épée / épopée féminine, classiquem jamais / sommets masculine, classiquen vêtues / statues féminine, classiquea tas / jetas masculine, classiqueb farouche / Scaramouche féminine, classiquec discours / cours masculine, classiqued même / suprême féminine, classiquee sueur / lueur masculine, classiquef faunes / Tisiphones féminine, classiqueg d’eux / hideux masculine, équivalenteh pierre / Robespierre féminine, classiquea inspirait / secret masculine, classiqueb poussée / pensée féminine, classiquec jetait / tait masculine, classiqued couleuvre / œuvre féminine, classiquee affronts / fronts masculine, classiquef foules / houles féminine, classiqueg flots / sanglots masculine, classiqueh promène / humaine féminine, classiquei nuit / introduit masculine, classiquej grèves / rêves féminine, classiquek mur / obscur masculine, classiquel femme / d’âme féminine, classiquem désespérer / l’ignorer masculine, classiquen terrible / possible féminine, classiquea serein / souverain masculine, classiqueb diadème / lui-même féminine, classiquec amphictyons / questions masculine, classiqued empire / Shakspeare féminine, classiquee ébloui / oui masculine, classiquea râle / sidérale féminine, classiqueb tableau / l’eau masculine, classiquec comprendre / Alexandre féminine, classiqued Jésus / aperçus masculine, classiquee plonges / songes féminine, classiquef frappas / pas masculine, classiqueg l’homme / nomme féminine, classiqueh cercueil / deuil masculine, classiquei artiste / triste féminine, classiquek génie / infinie féminine, classiquea miroirs / noirs masculine, classiqueb rire / martyre féminine, classiquec d’oubli / vieilli masculine, classiqued j’éclaire / séculaire féminine, classiquee flamboyant / effrayant masculine, classiquea gouffre / soufre féminine, classiqueb sourcils / Némésis masculine, classiquea cri / hagarde / regarde féminine, classiqueb chassieux / cieux masculine, classiquec diadème / même féminine, classiqued dieux / radieux masculine, classiquee Qu’importe / porte féminine, classiquef terrain / airain masculine, classiqueg pères / repaires féminine, classiqueh croix / rois masculine, classiquei rire / dire féminine, classiquea riant / priant masculine, classiqueb gloire / boire féminine, classiquec tombeau / escabeau masculine, classiqued trône / l’aumône féminine, classiquee d’Aubigné / l’indigné masculine, classiquef valetailles / batailles féminine, classiqueg hasards / Essarts masculine, classiqueh cascades / arcades féminine, classiquei sylvains / divins masculine, classiquej suivre / vivre féminine, classiquek florentins / festins masculine, classiquel s’ouvre / Louvre féminine, classiquem habits / rubis masculine, classiquen soie / heureux / joie féminine, classiqueb fougueux / gueux masculine, classiquec rebelles / gabelles féminine, classiqued bien / rien masculine, classiquee fontaines / lointaines féminine, classiquef hautbois / bois masculine, classiqueg branches / blanches féminine, classiqueh ailé / clé masculine, classiquei affable / fable féminine, classiquej Hébé / dérobé masculine, classiquek Jacqueline / colline féminine, classiquel baisers / brisés masculine, classiquem muettes / chouettes féminine, classiquen balcon / Montfaucon masculine, classiquea quatre / combattre féminine, classiqueb rois / lois masculine, classiqueb tombe féminine, classiquec mont / Laubardemont masculine, classiqued Reynie / génie féminine, classiquee fiât / d’Effiat masculine, classiquef perdue / tendue féminine, classiqueg pas masculine, classiqueh vide / avide féminine, classiquei mendier / Grandier masculine, classiquej mêlée / brûlée féminine, classiquek bruits / fruits masculine, classiquel coupées / épées féminine, classiquem voulait / valet masculine, classiquen panache / hache féminine, classiqueo manoir / noir masculine, classiquep Rochelle / l’échelle féminine, classiqueq tremblement / inclément masculine, classiqueb fête / tête féminine, classiquec ciel / cruel masculine, classiqued voûte / s’égoutte féminine, classiquea Juste / suit / luit masculine, classiqueb incomparable / misérable féminine, classiquec pleurs / douleurs masculine, classiqued broussailles / Versailles féminine, classiquee inondé / Condé masculine, classiquef Babylone / trône féminine, classiqueg lui / ennui masculine, classiqueh gloire / noire féminine, équivalentei étoilé / voilé masculine, classiquej réunies / génies féminine, classiquek vertigineux / lumineux masculine, classiquel superbe / l’herbe féminine, classiquem mains / chemins masculine, classiquen livrée / navrée féminine, classiqueo sachant / champ masculine, classiquep catacombes / tombes féminine, classiqueq loups / clous masculine, non classiquer fosses / grosses féminine, classiques morts / bords masculine, classiquet décombres / sombres féminine, classiqueu écroulés / voulez masculine, classiquev flamme / proclame féminine, classiquew canons / chaînons masculine, classiquex élargies / stratégies féminine, classiquey Brissac / sac masculine, classiquez Furnes / urnes féminine, classiquea Montmédy / midi masculine, classiqueb étouffée / trophée féminine, classiquec tombeaux / flambeaux masculine, classiqueb terre / militaire féminine, classiquec toujours / tours masculine, classiqued frontières / altières féminine, classiquee assassinat / Palatinat masculine, classiquef fumées / d’armées féminine, classiqueg escadrons / clairons masculine, classiqueh bombardées / coudées féminine, classiquei Dieu / feu masculine, classiquej catholique / angélique féminine, classiquek immortels / autels masculine, classiquel horrible / bible féminine, classiquem furieux / cieux masculine, classiquen capables / coupables féminine, classiqueo façon / prison masculine, classiquep consulaires / galères féminine, classiqueq massacrés / torturés masculine, classiquer basiliques / publiques féminine, classiques plis / lits masculine, classiquet tonnerres / octogénaires féminine, classiqueu os / naseaux masculine, classiquev plages / villages féminine, classiquew sang / applaudissant masculine, classiquex sauve / fauve féminine, classiquey éperviers / Viviers masculine, non classiquez lamentable / l’étable féminine, classiquea Jésus / dessus masculine, classiqueb chauve / l’alcôve féminine, classiquec rouet / fouet masculine, classiqued nues / inconnues féminine, classiquee vin / divin masculine, classiquef contrée / éventrée féminine, classiqueg rit / Christ masculine, classiqueh doctrines / ruines féminine, classiquei poing / point masculine, classiquej victimes / crimes féminine, classiquek mains / humains masculine, non classiquel pelletées / athées féminine, classiquea flagrant / grand masculine, classiqueb mêlée / étoilée féminine, classiquec compagnon / Nom masculine, classiqued vile / Bâville féminine, classiquee fourreau / bourreau masculine, classiquef voirie / marie féminine, classiqueg souda / Torquemada masculine, classiquea Désastre / astre féminine, classiqueb hiboux / trous masculine, classiquec formes / énormes féminine, classiqued levant / vent masculine, classiquee prie / patrie féminine, classiquea flatté / vérité masculine, classiqueb Bourdaloues / roues féminine, classiquea moment / affreusement masculine, classiquea courrouce / pousse féminine, classiqueb vivant / avant masculine, classiquec blême / quatrième féminine, classiquea raconter / éhonter masculine, classiqueb l’écume / brume féminine, classiquec l’extinction / rayon masculine, classiqued exténuée / nuée féminine, classiquee Terray / vrai masculine, classiquef arbitraire / contraire féminine, classiqueg l’affût / fut masculine, classiqueh orfraies / plaies féminine, classiquei l’affront / front masculine, classiquej monte / honte féminine, classiquek mariés / criés masculine, classiquel déroute / toute féminine, classiquem Fontenoy / roi masculine, classiquen célèbres / ténèbres féminine, classiqueo l’azur / pur masculine, classiquep d’araignée / baignée féminine, classiqueq frissonner / sonner masculine, classiquer monde / l’immonde féminine, classiques s’enfuit / nuit masculine, classiquet Sodome / homme féminine, classiquea empoisonneurs / déshonneurs masculine, classiqueb turpitude / ingratitude féminine, classiquec fils / profits masculine, classiqued mine / famine féminine, classiquee cris / Paris masculine, classiquef Labarre / barbare féminine, classiqueg bon / Bourbon masculine, classiqueh sépulcrales / râles féminine, classiquei Saint-Michel / cruel masculine, classiquej l’empire / pire féminine, classiquek penser / redresser masculine, classiquel édifice / saint-office féminine, classiquem chemin / humain masculine, classiquen chimères / mères féminine, classiqueo fermé / Bien-Aimé masculine, classiquea pleure / l’effleure féminine, classiqueb Busiris / cris masculine, classiquec Dante / ardente féminine, classiqued martyr / sortir masculine, classiquee cratère / terre féminine, classiqueb rois / bois masculine, classiquec incorruptibles / terribles féminine, classiqued ruisseau / pourceau masculine, classiquea infâme / âme féminine, classiqueb beffrois / rois masculine, classiquec féroce / carrosse féminine, classiqued brouillard / corbillard masculine, classiquee roue / boue féminine, classiquef d’orgueil / cercueil masculine, classiquea monde / Rosemonde féminine, classiqueb tous / vous masculine, classiquec l’histoire / mémoire féminine, classiqued palais / violets masculine, classiquee obsèques / évêques féminine, classiquef l’embaumeur / rumeur masculine, classiqueb sublime / abîme féminine, classiquec ardent / S’écria / Occident masculine, classiqueb couche / farouche féminine, classiquec déchaînera-t-il / d’exil masculine, classiqued bouffées / trophées féminine, classiquee flot / galop masculine, classiquef monarques / marques féminine, classiqueg cieux / furieux masculine, non classiqueh vivante / épouvante féminine, classiquei d’airain / frein masculine, classiquej huées / nuées féminine, classiquea sourds / toujours masculine, classiqueb conscience / Patience féminine, classiquea ténébreux / eux masculine, classiquea farouches / bouches féminine, classiqueb yeux / silencieux masculine, classiquec triste / assiste féminine, classiqued l’horizon / frisson masculine, classiquee meurtries / tuileries féminine, classiquef lent / blanc masculine, classiquea déchirent / franchirent féminine, classiqueb pavés / arrivés masculine, classiquea couverte / déserte féminine, classiquec vide / livide féminine, classiqued profondeur / rondeur masculine, classiquef venu / inconnu masculine, classiquea charpente / pente féminine, classiqueb vision / respiration masculine, classiquec ténébreuse / affreuse féminine, classiqued deuil / seuil masculine, classiquee géhenne / haine féminine, classiquea tremblait / semblait masculine, classiqueb universelle / ruisselle féminine, classiquec abattoirs / noirs masculine, classiqued Justice / bâtisse féminine, classiquee voir / désespoir masculine, classiqueg conduit / nuit masculine, classiqueh commence / Démence féminine, classiquei coutelas / hélas masculine, classiquej rêves / glaives féminine, classiquek d’Attila / là masculine, classiquel terribles / invisibles féminine, classiqueb Parfois / rois masculine, classiquec pilastres / astres féminine, classiquea voilé / mêlé masculine, classiqueb entière / frontière féminine, classiquea pavé / observé masculine, classiqueb sable / formidable féminine, classiqueb sang / froissant masculine, classiqueb épée / coupée féminine, classiquec écouté / redouté masculine, non classiqued ministre / sinistre féminine, classiquee crucifix / petit-fils masculine, classiquea tu / terrible / horrible féminine, classiquea doux / construite / vous masculine, classiquea haine / certaine féminine, classiqueb aboutir / martyr masculine, classiquec tombe / colombe féminine, classiqued trompais / paix masculine, classiquee prière / lumière féminine, classiquef demi / l’ennemi masculine, classiqueg déborde / concorde féminine, classiqueh fer / d’enfer masculine, classiquei flamboie / joie féminine, classiquej aimant / consentement masculine, classiquea contraires / frères féminine, classiqueb unions / nions masculine, classiquec écorces / forces féminine, classiqued corps / accords masculine, classiquee matière / frontière féminine, classiquef travailleurs / fleurs masculine, classiqueg muette / poète féminine, classiqueh or / encor masculine, classiquei poudre / dissoudre féminine, classiqueb raison / guérison masculine, classiquea guette / jette féminine, classiqueb nous / tous masculine, classiquec suprême / aime féminine, classiqued masqué / marqué masculine, classiquee pensée / baissée féminine, classiquef l’enfant / défend masculine, classiquea Essayons / rayons masculine, classiqueb France / l’ignorance féminine, classiquec plongés / préjugés masculine, classiqued immense / Clémence féminine, classiquea n’échappas / pas masculine, classiqueb auréole / s’envole féminine, classiquec Révolution / rayon masculine, classiqued lumière / tanière féminine, classiquee désormais / sommets masculine, classiquef perdue / l’étendue féminine, classiqueg l’élément / rayonnement masculine, classiquea aire / tonnerre féminine, classiqueb vermeil / soleil masculine, classique
- Richesse
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1254 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les quatre vents de l’esprit, Paris, La Librairie Ollendorff, 1908· numérisation wikisource.org· Sources