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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les quatre vents de l’esprit, 1881· III Le livre lyrique — La destinée —

XLVI. « Oui, la terre fatale, oui, le ciel nécessaire »

Victor Hugo· 8 sizains, alexandrins et hexasyllabes, 48 vers

Oui, la terre fatale,‖ oui, le ciel nécessaire,Tout laisse en moi sa trace,‖ et rien pour ma misèreN’est hautain ni moqueur ;Et quoique je ne sois‖ qu’un vivant fait de cendre,Quand le rayon me voit,‖ il consent à descendre,Et se mêle à mon cœur.

J’ai la confiance âpre‖ et triste des apôtres,Et c’est pourquoi je suis‖ cet homme dont les autresParlent confusément,Plein d’erreurs comme Adam,‖ plein de fautes comme Ève,Que l’enfer tire en bas,‖ mais qu’un éternel rêveEnchaîne au firmament.

L’impure forme humaine,‖ ébauchée, incomplète,La chair, n’empêche pas‖ que le ciel se reflèteDans l’abîme où je suis ;Près de ce vil crapaud‖ qui bave et qui se traîne,La constellation‖ vient resplendir sereineDans le fond de mon puits.

Par instants l’affreux monstre,‖ en l’ombre qui le voile,Passe et fait en passant‖ tressaillir une étoileDans mon cloaque noir ;Puis elle reparaît.‖ Dieu que notre espoir nomme,Sois béni de changer‖ l’eau bourbeuse de l’hommeEn céleste miroir !

Oui, tes vents m’ont parlé,‖ toutes tes solitudesM’ont jeté leurs rumeurs‖ et leurs inquiétudes,Azur, nuit, vision !À tes souffles de brume‖ ou de clarté je vibre,Ciel, comme si j’étais‖ traversé par la fibreDe la création !

Comme si tous les fils‖ invisibles de l’êtreSe croisaient dans mon sein‖ que l’univers pénètre !Comme si, par moment,En moi, du front aux pieds,‖ me mêlant au problème,Le sombre axe infini‖ qui passe par Dieu mêmeTremblait confusément !

De sorte que je suis‖ l’aimant de la nature,Que la création‖ m’emplit, moi créature,Que Dieu coule en mon sang !De sorte, ô ciel profond,‖ que le zénith faroucheSe verse dans mon crâne,‖ et que le nadir toucheMon talon frémissant !

Mon âme dans sa nuit‖ redit ta gamme immense ;Je frissonne à tes bruits‖ d’orage ou de clémence,Vivant psaltérion ;Sur ma lyre, qu’émeut‖ l’esprit des Zoroastres,Les sept notes jadis‖ tombèrent des sept astresDu bleu septentrion.

Versification

Forme
8 sizains (sizains)
Rimes
8(aabccb)
Mètre
Alexandrins et hexasyllabes (32 de 12, 16 de 6)· profil 6, 6+6
Strophes
8 sizains
Mots à la rime
a nécessaire / misère féminine, classiqueb moqueur / cœur masculine, classiquec cendre / descendre féminine, classiquea apôtres / autres féminine, classiqueb confusément / firmament masculine, classiquec Ève / rêve féminine, classiquea incomplète / reflète féminine, classiqueb suis / puits masculine, classiquec traîne / sereine féminine, classiquea voile / étoile féminine, classiqueb noir / miroir masculine, classiquec nomme / l’homme féminine, classiquea solitudes / inquiétudes féminine, classiqueb vision / création masculine, classiquec vibre / fibre féminine, classiquea l’être / pénètre féminine, classiqueb moment / confusément masculine, classiquec problème / même féminine, classiquea nature / créature féminine, classiqueb sang / frémissant masculine, non classiquec farouche / touche féminine, classiquea immense / clémence féminine, classiqueb psaltérion / septentrion masculine, classiquec Zoroastres / astres féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.2

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les quatre vents de l’esprit, Paris, La Librairie Ollendorff, 1908· numérisation wikisource.org· Sources