Les rayons et les ombres, 1840
V. « On croyait dans ces temps où le pâtre nocturne »
On croyait dans ces temps‖ où le pâtre nocturne,Loin dans l'air, au-dessus‖ de son front taciturne,Voyait parfois, témoin‖ par l'ombre recouvert,Dans un noir tourbillon‖ de tonnerre et de pluie,Passer rapidement‖ la figure éblouieD'un prophète emporté‖ par l'Esprit au désert !
On croyait dans les jours‖ du barde et du trouvère !Quand tout un monde armé‖ se ruait au Calvaire,Pour délivrer la croix,Et pour voir le lac sombre‖ où Jésus sauva Pierre,L'Horeb et le Cédron,‖ et les portes de pierreDu sépulcre des rois !
On croyait dans ce siècle‖ où tout était prière ;Où Louis, au moment‖ de ravir La Vallière,S'arrêtait éperdu‖ devant un crucifix ;Où l'autel rayonnait‖ près du trône prospère ;Où, quand le roi disait :‖ Dieu seul est grand, mon père ?L'évêque répondait :‖ Dieu seul est grand, mon fils !
Les pâtres maintenant‖ dorment dans les ravines ;Jérusalem est turque ;‖ et les moissons divinesN'ont plus de moissonneur ;La royauté décline‖ et le peuple se lève.— Hélas ! l'homme aujourd'hui‖ ne croit plus, mais il rêve. —Lequel vaut mieux, Seigneur ?
Mars 1839.
Versification
- Forme
- 4 sizains (strophes variées)
- Rimes
- 2(aabccb) 2(aabaab)
- Mètre
- Alexandrins et hexasyllabes (20 de 12, 4 de 6)· profil 6, 6+6
- Strophes
- 4 sizains
- Mots à la rime
- a nocturne / taciturne féminine, classiqueb recouvert / désert masculine, classiquec pluie / éblouie féminine, classiquea trouvère / Calvaire féminine, classiqueb croix / rois masculine, classiquec Pierre / pierre féminine, classiquea prière / Vallière féminine, classiqueb crucifix / fils masculine, classiquec prospère / père féminine, classiquea ravines / divines féminine, classiqueb moissonneur / Seigneur masculine, classiquec lève / rêve féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
24 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre complète, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1985· numérisation abu.cnam.fr· Sources