Les rayons et les ombres, 1840
XXXI. Rencontre
Après avoir donné‖ son aumône au plus jeune,Pensif, il s'arrêta‖ pour les voir. — Un long jeûneAvait maigri leur joue,‖ avait flétri leur front.Ils s'étaient tous les quatre‖ à terre assis en rond,Puis, s'étant partagé,‖ comme feraient des anges,Un morceau de pain noir‖ ramassé dans nos fanges,Ils mangeaient ; mais d'un air‖ si morne et si navréQu'en les voyant ainsi‖ toute femme eût pleuré.C'est qu'ils étaient perdus‖ sur la terre où nous sommes,Et tout seuls, quatre enfants,‖ dans la foule des hommes !— Oui, sans père ni mère !‖ Et pas même un grenier.Pas d'abri. Tous pieds nus ;‖ excepté le dernierQui traînait, pauvre amour,‖ sous son pied qui chancelle,De vieux souliers trop grands‖ noués d'une ficelle.Dans des fossés, la nuit,‖ ils dorment bien souvent.Aussi, comme ils ont froid,‖ le matin, en plein vent,Quand l'arbre, frissonnant‖ au cri de l'alouette,Dresse sur un ciel clair‖ sa noire silhouette !Leurs mains rouges étaient‖ roses quand Dieu les fit.Le dimanche, au hameau,‖ cherchant un vil profit,Ils errent. Le petit,‖ sous sa pâleur malsaine,Chante, sans la comprendre,‖ une chanson obscène,Pour faire rire — hélas !‖ lui qui pleure en secret ! —Quelque immonde vieillard‖ au seuil d'un cabaret ;Si bien que, quelquefois,‖ du bouge qui s'égaieIl tombe à leur faim sombre‖ une abjecte monnaie,Aumône de l'enfer‖ que jette le péché,Sou hideux sur lequel‖ le démon a craché !Pour l'instant, ils mangeaient‖ derrière une broussaille,Cachés, et plus tremblants‖ que le faon qui tressaille,Car souvent on les bat,‖ on les chasse toujours !C'est ainsi qu'innocents‖ condamnés, tous les joursIls passent affamés,‖ sous mes murs, sous les vôtres,Et qu'ils vont au hasard,‖ l'aîné menant les autres.Alors, lui qui rêvait,‖ il regarda là-haut.Et son œil ne vit rien‖ que l'éther calme et chaud,Le soleil bienveillant,‖ l'air plein d'ailes dorées,Et la sérénité‖ des voûtes azurées,Et le bonheur, les cris,‖ les rires triomphantsQui des oiseaux du ciel‖ tombaient sur ces enfants.
Juin 1839.
Versification
- Forme
- 1 distiques (distiques)
- Rimes
- 20((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 1 distiques
- Mots à la rime
- a jeune / jeûne féminine, classiqueb front / rond masculine, équivalentec anges / fanges féminine, classiqued navré / pleuré masculine, classiquee sommes / hommes féminine, classiquef grenier / dernier masculine, classiqueg chancelle / ficelle féminine, classiqueh souvent / vent masculine, classiquei l'alouette / silhouette féminine, classiquej fit / profit masculine, classiquek malsaine / obscène féminine, classiquel secret / cabaret masculine, classiquem s'égaie / monnaie féminine, classiquen péché / craché masculine, classiqueo broussaille / tressaille féminine, classiquep toujours / jours masculine, classiqueq vôtres / autres féminine, classiquer là-haut / chaud masculine, classiques dorées / azurées féminine, classiquet triomphants / enfants masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
40 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre complète, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1985· numérisation abu.cnam.fr· Sources