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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les voix intérieures, 1837

VII. À Virgile

Victor Hugo· 5 distiquess, alexandrins, 52 vers

O Virgile ! ô poète !‖ ô mon maître divin !Viens, quittons cette ville‖ au cri sinistre et vain,Qui, géante, et jamais‖ ne fermant la paupière,Presse un flot écumant‖ entre ses flancs de pierre,Lutèce, si petite‖ au temps de tes Césars,Et qui jette aujourd'hui,‖ cité pleine de chars,Sous le nom éclatant‖ dont le monde la nomme,Plus de clarté qu'Athène‖ et plus de bruit que Rome.

Pour toi qui dans les bois‖ fais, comme l'eau des cieux,Tomber de feuille en feuille‖ un vers mystérieux,Pour toi dont la pensée‖ emplit ma rêverie,J'ai trouvé dans une ombre‖ où rit l'herbe fleurie,Entre Buc et Meudon,‖ dans un profond oubli,— Et quand je dis Meudon,‖ suppose Tivoli ! —J'ai trouvé, mon poète,‖ une chaste valléeÀ des coteaux charmants‖ nonchalamment mêlée,Retraite favorable‖ à des amants cachés,Faite de flots dormants‖ et de rameaux penchés,Où midi baigne en vain‖ de ses rayons sans nombreLa grotte et la forêt,‖ frais asiles de l'ombre !

Pour toi je l'ai cherchée,‖ un matin, fier, joyeux,Avec l'amour au cœur‖ et l'aube dans les yeux ;Pour toi je l'ai cherchée,‖ accompagné de celleQui sait tous les secrets‖ que mon âme recèle,Et qui, seule avec moi‖ sous les bois chevelus,Serait ma Lycoris‖ si j'étais ton Gallus.

Car elle a dans le cœur‖ cette fleur large et pure,L'amour mystérieux‖ de l'antique nature !Elle aime comme nous,‖ maître, ces douces voix,Ce bruit de nids joyeux‖ qui sort des sombres bois,Et, le soir, tout au fond‖ de la vallée étroite,Les coteaux renversés‖ dans le lac qui miroite,Et, quand le couchant morne‖ a perdu sa rougeur,Les marais irrités‖ des pas du voyageur,Et l'humble chaume, et l'antre‖ obstrué d'herbe verte,Et qui semble une bouche‖ avec terreur ouverte,Les eaux, les prés, les monts,‖ les refuges charmants,Et les grands horizons‖ pleins de rayonnements !

Maître ! puisque voici‖ la saison des pervenches,Si tu veux, chaque nuit,‖ en écartant les branches,Sans éveiller d'échos‖ à nos pas hasardeux,Nous irons tous les trois,‖ c'est-à-dire tous deux,Dans ce vallon sauvage,‖ et de la solitude,Rêveurs, nous surprendrons‖ la secrète attitude.Dans la brune clairière‖ où l'arbre au tronc noueuxPrend le soir un profil‖ humain et monstrueux,Nous laisserons fumer,‖ à côté d'un cytise,Quelque feu qui s'éteint‖ sans pâtre qui l'attise,Et, l'oreille tendue‖ à leurs vagues chansons,Dans l'ombre, au clair de lune,‖ à travers les buissons,Avides, nous pourrons‖ voir à la dérobéeLes satyres dansants‖ qu'imite Alphésibée.

23 mars 18..

Versification

Forme
5 distiquess (distiques)
Rimes
26((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
5 distiquess
Mots à la rime
a divin / vain masculine, classiqueb paupière / pierre féminine, classiquec Césars / chars masculine, classiqued nomme / Rome féminine, classiquea cieux / mystérieux masculine, classiqueb rêverie / fleurie féminine, classiquec oubli / Tivoli masculine, classiqued vallée / mêlée féminine, classiquee cachés / penchés masculine, classiquef nombre / l'ombre féminine, classiquea joyeux / yeux masculine, classiqueb celle / recèle féminine, classiquec chevelus / Gallus masculine, classiquea pure / nature féminine, classiqueb voix / bois masculine, classiquec étroite / miroite féminine, classiqued rougeur / voyageur masculine, classiquee verte / ouverte féminine, classiquef charmants / rayonnements masculine, classiquea pervenches / branches féminine, classiqueb hasardeux / deux masculine, classiquec solitude / attitude féminine, classiqued noueux / monstrueux masculine, classiquee cytise / l'attise féminine, classiquef chansons / buissons masculine, classiqueg dérobée / Alphésibée féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

52 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1985· numérisation poesies.net· Sources