Les voix intérieures, 1837
I. « Ce siècle est grand et fort. Un noble instinct le mène »
Ce siècle est grand et fort.‖ Un noble instinct le mène.Partout on voit marcher‖ l'Idée en mission ;Et le bruit du travail,‖ plein de parole humaine,Se mêle au bruit divin‖ de la création.
Partout, dans les cités‖ et dans les solitudes,L'homme est fidèle au lait‖ dont nous le nourrissions ;Et dans l'informe bloc‖ des sombres multitudesLa pensée en rêvant‖ sculpte des nations.
L'échafaud vieilli croule,‖ et la Grève se lave.L'émeute se rendort.‖ De meilleurs jours sont prêts.Le peuple a sa colère‖ et le volcan sa laveQui dévaste d'abord‖ et qui féconde après.
Des poètes puissants,‖ tête par Dieu touchées,Nous jettent les rayons‖ de leurs fronts inspirés.L'art a de frais vallon‖ où les âmes penchéesBoivent la poésie‖ à des ruisseaux sacrés.
Pierre à pierre, en songeant‖ aux vieilles mœurs éteintes,Sous la société‖ qui chancelle à tous vents,Le penseur reconstruit‖ ces deux colonnes saintes,Le respect des vieillards‖ et l'amour des enfants.
Le devoir, fils du droit,‖ sous nos toits domestiquesHabite comme un hôte‖ auguste et sérieux.Les mendiants groupés‖ dans l'ombre des portiquesOnt moins de haine au cœur‖ et moins de flamme aux yeux.
L'austère vérité‖ n'a plus de portes closes.Tout verbe est déchiffré.‖ Notre esprit éperdu,Chaque jour, en lisant‖ dans le livre des choses,Découvre à l'univers‖ un sens inattendu.
O poètes ! le fer‖ et la vapeur ardenteEffacent de la terre,‖ à l'heure où vous rêvez,L'antique pesanteur,‖ à tout objet pendante,Qui sous les lourds essieux‖ broyait les durs pavés.
L'homme se fait servir‖ par l'aveugle matière.Il pense, il cherche, il crée !‖ À son souffle vivantLes germes dispersés‖ dans la nature entièreTremblent comme frissonne‖ une forêt au vent !
Oui, tout va, tout s'accroît.‖ Les heures fugitivesLaissent toutes leur trace.‖ Un grand siècle a surgi.Et, contemplant de loin‖ de lumineuses rives,L'homme voit son destin‖ comme un fleuve élargi.
Mais parmi ces progrès‖ dont notre âge se vante,Dans tout ce grand éclat‖ d'un siècle éblouissant,Une chose, ô Jésus,‖ en secret m'épouvante,C'est l'écho de ta voix‖ qui va s'affaiblissant.
15 avril 1837.
Versification
- Forme
- 11 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 11(abab)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 11 quatrains
- Mots à la rime
- a mène / humaine féminine, classiqueb mission / création masculine, classiquea solitudes / multitudes féminine, classiqueb nourrissions / nations masculine, classiquea lave féminine, classiqueb prêts / après masculine, classiquea touchées / penchées féminine, classiqueb inspirés / sacrés masculine, classiquea éteintes / saintes féminine, classiqueb vents / enfants masculine, classiquea domestiques / portiques féminine, classiqueb sérieux / yeux masculine, classiquea closes / choses féminine, classiqueb éperdu / inattendu masculine, classiquea ardente / pendante féminine, classiqueb rêvez / pavés masculine, classiquea matière / entière féminine, classiqueb vivant / vent masculine, classiquea fugitives / rives féminine, classiqueb surgi / élargi masculine, classiquea vante / m'épouvante féminine, classiqueb éblouissant / s'affaiblissant masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.9· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1985· numérisation poesies.net· Sources