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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les voix intérieures, 1837

II. Sunt Lacrymæ Rerum

Victor Hugo· strophes variées, alexandrins et octosyllabes, 399 vers

I

Il est mort. Rien de plus.‖ Nul groupe populaire,Urne d'où se répand‖ l'amour et la colère,N'a jeté sur son nom‖ pitié, gloire ou respect.Aucun signe n'a lui.‖ Rien n'a changé l'aspectDe ce siècle orageux,‖ mer de récifs bordée,Où le fait, ce flot sombre,‖ écume sur l'idée.Nul temple n'a gémi‖ dans nos villes. Nul glasN'a passé sur nos fronts‖ criant : Hélas ! hélas !La presse aux mille voix,‖ cette louve hargneuse,À peine a retourné‖ sa tête dédaigneuse ;Nous ne l'avons pas vue,‖ irritée et grondant,Donner à cette pourpre‖ un dernier coup de dent.Et chacun vers son but,‖ la marée à la grève,La foule vers l'argent,‖ la penseur vers son rêve,Tout a continué‖ de marcher, de courir,Et rien n'a dit au monde :‖ Un roi vient de mourir !

II

Sombres canons rangés‖ devant les Invalides,Comme des sphinx au pied‖ des grandes pyramides,Dragons d'airain, hideux,‖ verts, énormes, béants,Gardiens de ce palais,‖ bâti pour des géants,Qui dresse et fait au loin‖ reliure à la lumièreUn casque monstrueux‖ sur sa tête de pierre !À ce bruit qui jadis‖ vous eût fait rugir tous,— Le roi de France est mort !‖ — d'où vient qu'aucun de vous,Comme un lion captif‖ qui secouerait sa chaîne,Aucun n'a tressailli‖ sur sa base de chêne,Et n'a, se réveillant‖ par un subit effort,Dit à son noir voisin :‖ — Le roi de France est mort ! —D'où vient qu'il s'est fermé‖ sans vos salves funèbres,Ce cercueil qu'on clouait‖ là-bas dans les ténèbres ?Et que rien n'est sorti‖ de vos mornes affûts,Pas même, ô canons sourds,‖ ce murmure confusQu'au vague battement‖ de ses ailes lividesLe vent des nuits arrache‖ à des armures vides ?C'est que, prostitués‖ dans nos troubles civils,Vous êtes comme nous‖ fiers, sonores et vils !C'est que, rouillés, vieillis,‖ rivés à votre place,Toujours agenouillés‖ devant tout ce qui passe,Retirés des combats,‖ et dans ce coin obscurPar des soldats boiteux‖ gardés sous un vieux mur,Vains foudres de parade‖ oubliés de l'armée,Autour de tout vainqueur‖ faisant de la fumée,Réservés pour la pompe‖ et la solennité,Vous avez pris racine‖ en cette lâcheté !Soyez flétris ! canons‖ que la guerre repousse,Dont la voix sans terreur‖ dans les fêtes s'émousse,Vous qui glorifiez‖ de votre cri profondCeux qui viennent, toujours,‖ jamais ceux qui s'en vont !Vous qui, depuis trente ans,‖ noirs courtisans de bronze,Avez, comme Henri Quatre‖ adorant Louis Onze,Toujours tout applaudi,‖ toujours tout salué,Vous taisant seulement‖ quand le peuple a hué !Lâches, vous préférez‖ ceux que le sort préfère !Dans le moule brûlant‖ le fondeur pour vous faireMit l'étain et le cuivre‖ et l'oubli du vaincu ;Car qui meurt exilé‖ pour vous n'a pas vécu,Car vos poumons de fer,‖ où gronde une âpre haleine,Sont muets pour Goritz,‖ comme pour Sainte-Hélène !Soyez flétris !

Mais non. C’est à nous, insensés,Que le mépris revient.‖ Vous nous obéissez.Vous êtes prisonniers‖ et vous êtes esclaves.La guerre qui vous fit‖ de ses bouillantes lavesVous fit pour la bataille,‖ et nous vous avons prisPour vous éclabousser‖ des fanges de Paris,Pour vous sceller au seuil‖ d'un palais centenaire,Et pour vous mettre au ventre‖ un éclair sans tonnerre !C'est nous qu'il faut flétrir,‖ nous qui, déshonorés,Donnons notre âme abjecte‖ à ces bronzes sacrés.Nous passons dans l'opprobre !‖ hélas ! ils y demeurent.Mornes captifs ! le jour‖ où des rois proscrits meurent,Vous ne pouvez, jetant‖ votre fumée à flots,Prolonger sur Paris‖ vos éclatants sanglots,Et, pareils à des chiens‖ liés à des murailles,D'un hurlement plaintif‖ suivre leurs funérailles !Muets, et vos longs cous‖ baissés vers les pavés,Vous restez là pensifs,‖ et, tristes, vous rêvezAux hommes, froids esprits,‖ cœurs bas, âmes douteuses,Qui font faire à l'airain‖ tant de choses honteuses !

III

Vous vous taisez. — Mais moi,‖ moi dont parfois le chantSe refuse à l'aurore‖ et jamais au couchant,Moi que jadis à Reims‖ Charle admit comme un hôte,Moi qui plaignis ses maux,‖ moi qui blâmai sa faute,Je ne me tairai pas.‖ Je descendrai, courbé,Jusqu'au caveau profond,‖ où dort ce roi tombé ;Je suspendrai ma lampe‖ à cette voûte noire ;Et sans cesse, à côté‖ de sa triste mémoire,Mon esprit, dans ces temps‖ d'oubli contagieux,Fera veiller dans l'ombre‖ un vers religieux !

Et que m'importe à moi‖ qui, déployant mon aile,Touche parfois d'en bas‖ à la lyre éternelle,À moi qui n'ai d'amour‖ que pour l'onde et les champs,Et pour tout ce qui souffre,‖ excepté les méchants,À moi qui prends souci,‖ quand la nef s'aventure,De tous les matelots‖ risqués dans la mâture,Et dont la pitié grave‖ hésite quelquefoisDe la sueur du peuple‖ à la sueur des rois,Que m'importe après tout‖ que depuis six annéesCe roi fût retranché‖ des têtes couronnées,Froide ruine au bord‖ de nos flots écumants,Vain fantôme penché‖ sur les événements !Qu'il ne changeât de rien‖ ni le poids ni le nombre,Que, rasé dès longtemps,‖ son front plongeât dans l'ombre,Et que déjà, vieillard‖ sans trône et sans pavois,Il eût subi l'exil,‖ première mort des rois !Je le dirai, sans peur‖ que la haine renaisse,Son avènement pur‖ eut pour sœur ma jeunesse ;Saint Rémi nous reçut‖ sous son mur triomphantTous deux le même jour,‖ lui vieux, moi presque enfant ;Et moi je ne veux pas,‖ harpe qu'il a connue,Qu'on mette mon roi mort‖ dans une bière nue !Tandis qu'au loin la foule‖ emplit l'air de ses cris,L'auguste piété,‖ servante des proscrits,Qui les ensevelit‖ dans sa plus blanche toile,N'aura pas, dans la nuit‖ que son regard étoile,Demandé vainement‖ à ma pensée en deuilUn lambeau de velours‖ pour couvrir ce cercueil !

IV

Oh ! que Versaille était superbeDans ces jours purs de tout affrontOù les prospérités en gerbeS'épanouissaient sur son front !Là, tout faste était sans mesure ;Là, tout arbre avait sa parure ;Là, tout homme avait sa dorure ;Tout du maître suivait la loi.Comme au même but vont cent routes,Là les grandeurs abondaient toutes ;L'olympe ne pendait aux voûtesQue pour compléter le grand roi !

Vers le temps où naissaient nos pèresVersailles rayonnait encor.Les lions ont de grands repaires ;Les princes ont des palais d'or.Chaque fois que, foule asservie,Le peuple au cœur rongé d'envieContemplait du fond de sa vieCe fier château si radieux,Rentrant dans sa nuit plus livide,Il emportait dans son œil videUn éblouissement splendideDe rois, de femmes et de dieux !

Alors riaient dans l'espéranceTrois enfants sous ces nobles toits,Les deux Louis, aînés de France,Le beau Charles, comte d'Artois.Tous trois nés sous les dais de soie,Frêles enfants, mais pleins de joieComme ceux qu'un chaud soleil noieDe rayons purs sous le ciel bleu.Oh ! d'un beau sort quelle semence !Près d'eux le roi d'où tout commence,Au-dessous d'eux le peuple immense,Au-dessus la bonté de Dieu !

V

Qui leur eût dit alors‖ l'austère destinée ?Qui leur eût dit qu'un jour‖ cette France, inclinéeSous leurs fronts de fleurons chargés,Ne se souviendrait d'eux‖ ni de leur morne histoire,Pas plus que l'océan‖ sans fond et sans mémoireNe se souvient des naufragés !

Que, chaînes, lys, dauphins,‖ un jour les TuileriesVerraient l'illustre amas‖ des vieilles armoiriesS'écrouler de leur plafond nu,Et qu'en ces temps lointains‖ que le mystère couvre,Un Corse, encore à naître,‖ au noir fronton du LouvreSculpterait un aigle inconnu !

Que leur royal Saint-Cloud‖ se meublait pour un autre,Et qu'en ces fiers jardins‖ du rigide Lenôtre,Amour de leurs yeux éblouis,Beaux parcs où dans les jeux‖ croissait leur jeune force,Les chevaux de Crimée‖ un jour mordraient l'écorceDes vieux arbres du grand Louis !

VI

Dans ces temps radieux,‖ dans cette aube enchantéeDieu ! comme avec terreur‖ leur mère épouvantéeLes eût contre son cœur‖ pressés, pâle et sans voix,Si quelque vision,‖ troublant ces jours de fêtes,Eût jeté tout à coup‖ sur ces fragiles têtesCe cri terrible : — Enfants !‖ vous serez rois tous trois !

Et la voix prophétique‖ aurait pu dire encore :« — Enfants, que votre aurore‖ est une triste aurore !Que les sceptres pour vous‖ sont d'odieux présents !D'où vient donc que le Dieu‖ qui punit BabyloneVous fait à pareille heure‖ éclore au pied du trône ?Et qu'avez-vous donc fait,‖ ô pauvres innocents ?

Beaux enfants qu'on berce et qu'on flatte,Tout surpris, vous si purs, si doux,Que des vieux en robe écarlateViennent vous parler à genoux !Quand les sévères MalesherbesOnt relevé leurs fronts superbes,Vous courez jouer dans les herbes,Sans savoir que tout doit finir,Et que votre race qui sombrePorte à ses deux bouts couverts d'ombreRavaillac dans le passé sombre,Robespierre dans l'avenir !

Dans ce Louvre où de vieux murs gardentLes portraits des rois hasardeux,Allez voir comme vous regardentCharles premier et Jacques deux !Sur vous un nuage s'étale.Sol étranger, terre natale,L'émeute, la guerre fatale,Dévoreront vos jours maudits.De vous trois, enfants sur qui pèseL'antique masure française,Le premier sera Louis seize,Le dernier sera Charles dix !

Que l'aîné, peu crédule‖ à la vie, à la gloire,Au peuple ivre d'amour,‖ sache d'une nuit noireD'avance emplir son cœur‖ de courage pourvu ;Qu'il rêve un ciel de pluie,‖ un tombereau qui roule,Et là-bas, tout au fond,‖ au-dessus de la foule,Quelque étrange échafaud‖ dans la brume entrevu !

Frères par la naissance‖ et par le malheur frères,Les deux autres fuiront,‖ battus des vents contraires.Le règne de Louis,‖ roi de quelques bannis,Commence dans l'exil,‖ celui de Charle y tombe.L'un n'aura pas de sacre‖ et l'autre pas de tombe.À l'un Reims doit manquer,‖ à l'autre Saint-Denis ! »

VII

Quel rêve horrible ! — C'est l'histoire.De nos pères couchés‖ dans les tombeaux profondsCe qu'aucun n'aurait voulu croire,Nous l'avons vu, nous qui vivons !

Tous ces maux, et d'autres encore,Sont tombés sur ces fronts‖ de la main du Seigneur.Maintenant croyez à l'aurore !Maintenant croyez au bonheur !

Croyez au ciel pur et sans rides !Saluez l'avenir‖ qui vous flatte si bien !L'avenir, fantôme aux mains vides,Qui promet tout et qui n'a rien !

Ô rois ! ô familles tronquées !Brusques écroulements‖ des vieilles majestés !O calamités embusquéesAu tournant des prospérités !

Tout colosse a des pieds de sable.Votre abîme est, Seigneur,‖ un abîme infini.Louis quinze fut le coupable,Louis seize fut le puni !

La peine se trompe et dévie.Celui qui fit le mal,‖ c'est la loi du Très-Haut,A le trône et la longue vie,Et l'innocent a l'échafaud.

Les fautes que l'aïeul peut faireTe poursuivront, ô fils !‖ en vain tu t'en défends.Quand il a neigé sous le père,L'avalanche est pour les enfants !

Révolutions ! mer profonde !Que de choses, hélas !‖ pleines d'enseignement,Dans les ténèbres de votre ondeOn voit flotter confusément !

VIII

Charles Dix ! — Oh ! le Dieu‖ qui retire et qui donneForgea pour cette tête‖ une lourde couronne !L'empire était penchant‖ et les temps étaient durs.Une ombre quand il vint‖ couvrait encor nos murs,L'ombre de l'empereur,‖ figure colossale.Peuple, armée, et la France,‖ et l'Europe vassale,Par cette vaste main‖ depuis quinze ans pétris,Demandaient un grand règne,‖ et, pour remplir ParisAinsi qu'après César‖ Auguste remplit Rome,Après Napoléon‖ il fallait plus qu'un homme.Charles ne fut qu'un homme.‖ À ce faîte il eut peur.Le gouffre attire. Pris‖ d'un vertige trompeur,Dans l'abîme, fermant‖ les yeux à la lumière,Il se précipita‖ la tête la première.Silence à son tombeau !‖ car tout vient de finir.À peine il aura teint‖ d'un vague souvenirLe peuple à l'eau pareil,‖ qui passe, clair ou sombre,Près de tout sans en prendre‖ autre chose que l'ombre !

Je n'aurai pas pour lui‖ de reproches amers.Je ne suis pas l'oiseau‖ qui crie au bord des mersEt qui, voyant tomber‖ la foudre des nuéesJette aux marins perdus‖ ses sinistres huées.Des passions de tous‖ isolé bien souvent,Je n'ai jamais cherché‖ les baisers que nous vendEt l'hymne dont nous berce‖ avec sa voix flatteuseLa popularité,‖ cette grande menteuse.Aussi n'attendez pas‖ que j'achète aujourd'huiDes louanges pour moi‖ par des affronts pour lui.Qu'un autre, aux rois déchus‖ donnant un nom sévèreFasse un vil pilori‖ de leur fatal calvaire ;Moi je n'affligerai‖ pas plus, ô Charles dix,Ton cercueil maintenant‖ que ton exil jadis !

IX

Repose, fils de France,‖ en ta tombe exilée !Dormez, sire ! — Il convient‖ que cette ombre voilée,Que ce vieux pasteur mort‖ sans peuple et sans troupeaux,Roi presque séculaire,‖ ait au moins le repos,Qu'il ait au moins la paix‖ où la mort nous convie,Puisqu'il eut le travail‖ d'une si dure vie !Peuple ! soyons cléments !‖ soyons forts ! oublions !Jamais l'odeur des morts‖ n'attire les lions.La haine d'un grand peuple‖ est une haine grandeQui veut que le pardon‖ au sépulcre descendeEt n'a pour ennemis‖ que ceux qui sont debout.Hélas ! quel poids encor‖ pourrions-nous après toutJeter sur ce vieillard‖ cassé par la misère,Qui dort sous le fardeau‖ de la terre étrangère !

Roi, puissant, vous l'avez‖ brisé ; c'est un grand pas.Il faut l'épargner mort.‖ Et moi, je ne crois pasQu'il soit digne du peuple‖ en qui Dieu se reflèteDe joindre au bras qui tue‖ une main qui soufflette.

X

Nous, pasteurs des esprits,‖ qui, du bord du cheminRegardons tous les pas‖ que fait le genre humain,Poètes, par nos chants,‖ penseurs, par nos idées,Hâtons vers la raison‖ les âmes attardées !Hâtons l'ère où viendront‖ s'unir d'un nœud loyalLe travail populaire‖ et le labeur royal ;Où colère et puissance‖ auront fait leur divorce ;Où tous ceux qui sont forts‖ auront peur de leur force,Et d'un saint tremblement‖ frémiront à la fois,Rois, devant leurs devoirs,‖ peuples, devant leurs droits !Aidons tous ces grands faits‖ que le Seigneur envoiePour ouvrir une route‖ ou pour clore une voie,Les révolutions‖ dont la surface bout,Les changements soudains‖ qui font vaciller tout,À dégager du fond‖ des nuages de l'âme,À poser au-dessus‖ des lois comme une flammeCe sentiment profond‖ en nous tous repliéQue l'homme appelle doute‖ et la femme pitié !Expliquons au profit‖ de la sainte clémenceCes hauts événements‖ où l'état recommence,Et qui font, quand l'œil va‖ des vaincus aux vainqueurs,Trembler la certitude‖ humaine au fond des cœurs !Faisons venir bientôt‖ l'heure où l'on pourra direQue sur le froid sépulcre‖ on ne doit rien écrireHors des mots de pardon,‖ d'espérance et de paix ;Et que, l'empereur mort‖ comme les vieux Capets,On a tort d'exiler,‖ lorsque rien ne bouillonne,Eux de leur Saint-Denis‖ et lui de sa colonne.À quoi sert, Dieu clément,‖ cette vaine action ?Et comment se fait-il‖ que la ProscriptionNe brise pas ses dents‖ au marbre de la tombe ?N'est-ce donc pas assez‖ que, cygne, aigle ou colombe,Dès qu'un vent de malheur‖ lui jette un nid de rois,Sortant de ce bois noir‖ qu'on appelle les lois,Cette hyène, acharnée‖ aux grandes races mortes,Vienne, là, sous nos murs,‖ les ronger à nos portes !

Un jour, — mais nous serons‖ couchés sous le gazonQuand cette aube de Dieu‖ blanchira l'horizon ! —— Un jour on comprendra,‖ même en changeant de règne,Qu'aucune loi ne peut,‖ sans que l'équité saigne,Faire expier à tous‖ ce qu'a commis un seul,Et faire boire au fils‖ ce qu'a versé l'aïeul.On fera ce que nul‖ aujourd'hui ne peut faire.Quand un aiglon royal‖ tombera de sa sphère,On ne l'abattra pas‖ sur l'aigle foudroyé.Et, tout en gardant bien‖ le droit qu'il a payéDe mettre le pouvoir‖ sur un front comme un signeEt de donner le trône‖ et le Louvre au plus digne,Un grand peuple pourra,‖ sans être épouvanté,Voir un enfant de plus‖ jouer dans la cité.Car tous les cœurs diront :‖ C'est une juste aumôneDe laisser la patrie‖ à qui n'a plus le trône !Alors, jetant enfin‖ l'ancre dans un port sûr,Ayant les biens germés‖ sur nos maux, et l'azurDu ciel nouveau dont Dieu‖ nous donne la tempête,Proscription ! nos fils‖ broieront du pied ta tête !Démon qui tiens du tigre‖ et qui tiens du serpent !Dans les prospérités‖ invisible et rampant,Qui, lâche et patient,‖ épiant en silenceCe que dans son palais‖ le roi dit, rêve, ou pense,Horrible, en attendant‖ l'heure d'être lâché,Vis, monstre ténébreux,‖ sous le trône caché !O poésie ! au ciel‖ ton vol se réfugieQuand les partis hurlants‖ luttent à pleine orgie,Quand la nécessité‖ sous son code étouffantBrise le fort, le faible,‖ hélas ! l'innocent même,Et sourde et sans pitié‖ promène l'anathèmeDu front blanc du vieillard‖ au front pur de l'enfant !

Tu fuis alors à tire-d'aileVers le ciel éternel et pur,Vers la lumière à tous fidèle,Vers l'innocence, vers l'azur !Afin que ta pureté fièreN'ait pas la fange et la poussièreDes vils chemins par nous frayés,Et que, nuages et tempêtes,Tout ce qui passe sur nos têtesNe puisse passer qu'à tes pieds !

Tu sais qu'étoile sans orbite,L'homme erre au gré de tous les vents ;Tu sais que l'injustice habiteDans la demeure des vivants ;Et que nos cœurs sont des arènesOù les passions souveraines,Groupe horrible en vain combattu,Lionnes, louves affamées,Tigresses de taches semées,Dévorent la chaste vertu !

Tout ce qui souffre est plein de haine.Tout ce qui vit traîne un remords.Les morts seuls ont rompu leur chaîne.Tout est méchant, hormis les morts !Aussi, voyant partout la viePalpiter de rage et d'envie,Et que parmi nous rien n'est beau,Si parfois, oiseau solitaire,Tu redescends sur cette terre,Tu te poses sur un tombeau !

Novembre 1836.

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
125[aa] 16[abab] 5[aaa] 5[abbba] 11[abba]
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (279 de 12, 120 de 8)· profil 8, 6+6
Mots à la rime
a populaire / colère féminine, classiqueb respect / l'aspect masculine, classiquec bordée / l'idée féminine, classiqued glas / hélas masculine, classiquee hargneuse / dédaigneuse féminine, classiquef grondant / dent masculine, classiqueg grève / rêve féminine, classiqueh courir / mourir masculine, classiquea Invalides / pyramides féminine, classiqueb béants / géants masculine, classiquec lumière / pierre féminine, classiqued tous / vous masculine, classiquee chaîne / chêne féminine, classiquef effort / mort masculine, classiqueg funèbres / ténèbres féminine, classiqueh affûts / confus masculine, classiquei livides / vides féminine, classiquej civils / vils masculine, classiquek place / passe féminine, classiquel obscur / mur masculine, classiquem l'armée / fumée féminine, classiquen solennité / lâcheté masculine, classiqueo repousse / s'émousse féminine, classiquep profond / vont masculine, classiqueq bronze / Onze féminine, classiquer salué / hué masculine, classiques préfère / faire féminine, classiquet vaincu / vécu masculine, classiqueu haleine / Sainte-Hélène féminine, classiquea flétris / insensés / obéissez masculine, classiqueb esclaves / laves féminine, classiquec pris / Paris masculine, classiqued centenaire / tonnerre féminine, classiquee déshonorés / sacrés masculine, classiquef demeurent / meurent féminine, classiqueg flots / sanglots masculine, classiqueh murailles / funérailles féminine, classiquei pavés / rêvez masculine, classiquej douteuses / honteuses féminine, classiquea chant / couchant masculine, classiqueb hôte / faute féminine, classiquec courbé / tombé masculine, classiqued noire / mémoire féminine, classiquee contagieux / religieux masculine, classiquea aile / éternelle féminine, classiqueb champs / méchants masculine, classiquec s'aventure / mâture féminine, classiqued quelquefois / rois masculine, classiquee années / couronnées féminine, classiquef écumants / événements masculine, classiqueg nombre / l'ombre féminine, classiqueh pavois / rois masculine, classiquei renaisse / jeunesse féminine, classiquej triomphant / enfant masculine, classiquek connue / nue féminine, classiquel cris / proscrits masculine, classiquem toile / étoile féminine, classiquen deuil / cercueil masculine, classiquea superbe / gerbe féminine, classiqueb affront / front masculine, classiquec mesure / parure / dorure féminine, classiqued loi / roi masculine, classiquee routes / toutes / voûtes féminine, classiquea pères / repaires féminine, classiqueb encor / d'or masculine, classiquec asservie / d'envie / vie féminine, classiqued radieux / dieux masculine, classiquee livide / vide / splendide féminine, classiquea l'espérance / France féminine, classiqueb toits / d'Artois masculine, classiquec soie / joie / noie féminine, classiqued bleu / Dieu masculine, classiquee semence / commence / immense féminine, classiquea destinée / inclinée féminine, classiqueb chargés / naufragés masculine, classiquec histoire / mémoire féminine, classiquea Tuileries / armoiries féminine, classiqueb nu / inconnu masculine, classiquec couvre / Louvre féminine, classiquea autre / Lenôtre féminine, classiqueb éblouis / Louis masculine, classiquec force / l'écorce féminine, classiquea enchantée / épouvantée féminine, classiqueb voix / trois masculine, classiquec fêtes / têtes féminine, classiquea encore / aurore féminine, classiqueb présents / innocents masculine, classiquec Babylone / trône féminine, classiquea flatte / écarlate féminine, classiqueb doux / genoux masculine, classiquec Malesherbes / superbes / herbes féminine, classiqued finir / l'avenir masculine, classiquee sombre / d'ombre féminine, classiquea gardent / regardent féminine, classiqueb hasardeux / deux masculine, équivalentec s'étale / natale / fatale féminine, classiqued maudits / dix masculine, classiquee pèse / française / seize féminine, classiquea gloire / noire féminine, classiqueb pourvu / entrevu masculine, classiquec roule / foule féminine, classiquea frères / contraires féminine, classiqueb bannis / Saint-Denis masculine, classiquec tombe féminine, classiquea l'histoire / croire féminine, classiqueb profonds / vivons masculine, classiquea encore / l'aurore féminine, classiqueb Seigneur / bonheur masculine, classiquea rides / vides féminine, classiqueb bien / rien masculine, classiquea tronquées / embusquées féminine, classiqueb majestés / prospérités masculine, classiquea sable / coupable féminine, classiqueb infini / puni masculine, classiquea dévie / vie féminine, classiqueb Très-Haut / l'échafaud masculine, classiquea faire / père féminine, classiqueb défends / enfants masculine, classiquea profonde / onde féminine, classiqueb d'enseignement / confusément masculine, classiquea donne / couronne féminine, classiqueb durs / murs masculine, classiquec colossale / vassale féminine, classiqued pétris / Paris masculine, classiquee Rome / homme féminine, classiquef peur / trompeur masculine, classiqueg lumière / première féminine, classiqueh finir / souvenir masculine, classiquei sombre / l'ombre féminine, classiquea amers / mers masculine, classiqueb nuées / huées féminine, classiquec souvent / vend masculine, classiqued flatteuse / menteuse féminine, classiquee aujourd'hui / lui masculine, classiquef sévère / calvaire féminine, classiqueg dix / jadis masculine, classiquea exilée / voilée féminine, classiqueb troupeaux / repos masculine, classiquec convie / vie féminine, classiqued oublions / lions masculine, classiquee grande / descende féminine, classiquef debout / tout masculine, classiqueg misère / étrangère féminine, classiquea pas masculine, classiqueb reflète / soufflette féminine, classiquea chemin / humain masculine, classiqueb idées / attardées féminine, classiquec loyal / royal masculine, classiqued divorce / force féminine, classiquee fois / droits masculine, classiquef envoie / voie féminine, classiqueg bout / tout masculine, classiqueh l'âme / flamme féminine, classiquei replié / pitié masculine, classiquej clémence / recommence féminine, classiquek vainqueurs / cœurs masculine, classiquel dire / écrire féminine, classiquem paix / Capets masculine, classiquen bouillonne / colonne féminine, classiqueo action / Proscription masculine, classiquep tombe / colombe féminine, classiqueq rois / lois masculine, classiquer mortes / portes féminine, classiquea gazon / l'horizon masculine, classiqueb règne / saigne féminine, classiquec seul / l'aïeul masculine, classiqued faire / sphère féminine, classiquee foudroyé / payé masculine, classiquef signe / digne féminine, classiqueg épouvanté / cité masculine, classiqueh aumône / trône féminine, classiquei sûr / l'azur masculine, classiquej tempête / tête féminine, classiquek serpent / rampant masculine, classiquel silence / pense féminine, classiquem lâché / caché masculine, classiquen réfugie / orgie féminine, classiqueo étouffant / l'enfant masculine, classiquep même / l'anathème féminine, classiquea tire-d'aile / fidèle féminine, classiqueb pur / l'azur masculine, classiquec fière / poussière féminine, classiqued frayés / pieds masculine, classiquee tempêtes / têtes féminine, classiquea orbite / habite féminine, classiqueb vents / vivants masculine, classiquec arènes / souveraines féminine, classiqued combattu / vertu masculine, classiquee affamées / semées féminine, classiquea haine / chaîne féminine, classiqueb remords / morts masculine, classiquec vie / d'envie féminine, classiqued beau / tombeau masculine, classiquee solitaire / terre féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

399 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1985· numérisation poesies.net· Sources