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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les voix intérieures, 1837

XVI. Passé

Victor Hugo· 11 quintils, alexandrins, 55 vers

C'était un grand château‖ du temps de Louis treize.Le couchant rougissait‖ ce palais oublié.Chaque fenêtre au loin,‖ transformée en fournaise,Avait perdu sa forme‖ et n'était plus que braise.Le toit disparaissait‖ dans les rayons noyé.

Sous nos yeux s'étendait,‖ gloire antique abattue,Un de ces parcs dont l'herbe‖ inonde le chemin,Où dans un coin, de lierre‖ à demi revêtue,Sur un piédestal gris,‖ l'hiver, morne statue,Se chauffe avec un feu‖ de marbre sous sa main.

O deuil ! Le grand bassin‖ dormait, lac solitaire.Un Neptune verdâtre‖ y moisissait dans l'eau.Les roseaux cachaient l'onde‖ et l'eau rongeait la terre.Et les arbres mêlaient‖ leur vieux branchage austère,D'où tombaient autrefois‖ des rimes pour Boileau.

On voyait par moments‖ errer dans la futaieDe beaux cerfs qui semblaient‖ regretter les chasseur ;Et, pauvres marbres blancs‖ qu'un vieux tronc d'arbre étaieSeules, sous la charmille,‖ hélas ! changé en haie,Soupirer Gabrielle‖ et Vénus, ces deux sœurs !

Les manteaux relevés‖ par la longue rapière,Hélas ! ne passaient plus‖ dans ce jardin sans voix ;Les tritons avaient l'air‖ de fermer la paupière.Et, dans l'ombre, entr'ouvrant‖ ses mâchoires de pierre,Un vieux antre ennuyé‖ bâillait au fond du bois.

Et je vous dis alors :‖ — Ce château dans son ombreA contenu l'amour,‖ frais comme en votre cœur,Et la gloire, et le rire,‖ et les fêtes sans nombre,Et toute cette joie‖ aujourd'hui le rend sombre,Comme un vase noircit rouillé par sa liqueur.

Dans cet antre, où la mousse‖ a recouvert la dalle,Venait, les yeux baissés‖ et le sein palpitant,Ou la belle Caussade‖ ou la jeune Candale,Qui, d'un royal amant‖ conquête féodale,En entrant disait Sire,‖ et Louis en sortant.

Alors comme aujourd'hui,‖ pour Candale ou Caussade,La nuée au ciel bleu‖ mêlait son blond duvet,Un doux rayon dorait‖ le toit grave et maussade,Les vitres flamboyaient‖ sur toute la façade,Le soleil souriait,‖ la nature rêvait !

Alors comme aujourd'hui,‖ deux cœurs unis, deux âmes,Erraient sous ce feuillage‖ où tant d'amour a lui ;Il nommait sa duchesse‖ un ange entre les femmes,Et l'œil plein de rayons‖ et l'œil rempli de flammesS'éblouissaient l'un l'autre,‖ alors comme aujourd'hui !

Au loin dans le bois vague‖ on entendait des rires.C'étaient d'autres amants,‖ dans leur bonheur plongés.Par moments un silence‖ arrêtait leurs délires.Tendre il lui demandait :‖ D'où vient que tu soupires ?Douce, elle répondait :‖ D'où vient que vous songez ?

Tous deux, l'ange et le roi,‖ les mains entrelacées,Ils marchaient, fiers, joyeux,‖ foulant le vert gazon,Ils mêlaient leurs regards,‖ leur souffle, leurs pensées… —O temps évanouis !‖ ô splendeurs éclipsées !O soleils descendus‖ derrière l'horizon !

Avril 18..

Versification

Forme
11 quintils (quintils)
Rimes
11(abaab)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
11 quintils
Mots à la rime
a treize / fournaise / braise féminine, classiqueb oublié / noyé masculine, classiquea abattue / revêtue / statue féminine, classiqueb chemin / main masculine, classiquea solitaire / terre / austère féminine, classiqueb l'eau / Boileau masculine, classiquea futaie / étaie / haie féminine, classiqueb chasseur / sœurs masculine, classiquea rapière / paupière / pierre féminine, classiqueb voix / bois masculine, classiquea ombre / nombre / sombre féminine, non classiqueb cœur / liqueur masculine, classiquea dalle / Candale / féodale féminine, classiqueb palpitant / sortant masculine, classiquea Caussade / maussade / façade féminine, classiqueb duvet / rêvait masculine, classiquea âmes / femmes / flammes féminine, classiqueb lui / aujourd'hui masculine, classiquea rires / délires / soupires féminine, classiqueb plongés / songez masculine, classiquea entrelacées / pensées / éclipsées féminine, classiqueb gazon / l'horizon masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.7· écart moyen à la rime classique 0.1

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

55 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1985· numérisation poesies.net· Sources