Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Odes et ballades, 1826· Odes· Livre troisième 1824-1828

ODE DEUXIÈME. À M. de chateaubriand

Victor Hugo· 7 sizains, alexandrins et octosyllabes, 42 vers

On ne tourmente pas les arbres stériles et desséchés ;
ceux-là seulement sont battus de pierres dont le front
est couronné de fruits d’or.ABENHAMED.

I

Il est, Chateaubriand,‖ de glorieux naviresQui veulent l'ouragan‖ plutôt que les zéphires.Il est des astres, rois‖ des cieux étincelants,Mondes volcans jetés‖ parmi les autres mondes,Qui volent dans les nuits profondes,Le front paré des feux‖ qui dévorent leurs flancs.

Le génie a partout‖ des symboles sublimes.Ses plus chers favoris‖ sont toujours des victimes,Et doivent aux revers‖ l'éclat que nous aimons ;Une vie éminente‖ est sujette aux orages ;La foudre a des éclats,‖ le ciel a des nuagesQui ne s'arrêtent qu'aux grands monts !

Oui, tout grand cœur a droit‖ aux grandes infortunes ;Aux âmes que le sort‖ sauve des lois communesC'est un tribut d'honneur‖ par la terre payé.Le grand homme en souffrant‖ s'élève au rang des justes.La gloire en ses trésors augustesN'a rien qui soit plus beau‖ qu'un laurier foudroyé !

II

Aussi, dans une cour,‖ dis-moi, qu'allais-tu faire ?N'es-tu pas, noble enfant‖ d'une orageuse sphère,Que nul malheur n'étonne‖ et ne trouve en défaut,De ces amis des rois,‖ rares dans les tempêtes,Qui, ne sachant flatter‖ qu'au péril de leurs têtes,Les courtisent sur l'échafaud ?

Ce n'est pas lorsqu'un trône‖ a retrouvé le faîte,Ce n'est pas dans les temps‖ de puissance et de fête,Que la faveur des cours‖ sur de tels fronts descend.Il faut l'onde en courroux,‖ l'écueil et la nuit sombrePour que le pilote qui sombreJette au phare sauveur‖ un œil reconnaissant.

Va, c'est en vain déjà‖ qu'aux cours de la conquêteUne main de géant‖ a pesé sur ta tête ;Et, chaque fois qu'au gouffre‖ entraînée à grands pas,La tremblante patrie‖ errait au gré du crime,Elle eut pour s'appuyer‖ au penchant de l'abîmeTon front qui ne se courbe pas !

III

À ton tour soutenu‖ par la France unanime,Laisse donc s'accomplir‖ ton destin magnanime !Chacun de tes revers‖ pour ta gloire est compté.Quand le sort t'a frappé,‖ tu lui dois rendre grâce,Toi qu'on voit à chaque disgrâceTomber plus haut encor‖ que tu n'étais monté !

Juin 1824.

Versification

Forme
7 sizains (sizains)
Rimes
7(aabccb)
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (35 de 12, 7 de 8)· profil 8, 6+6
Strophes
7 sizains
Mots à la rime
a navires / zéphires féminine, classiqueb étincelants / flancs masculine, classiquec mondes / profondes féminine, classiquea sublimes / victimes féminine, classiqueb aimons / monts masculine, classiquec orages / nuages féminine, classiquea infortunes / communes féminine, classiqueb payé / foudroyé masculine, classiquec justes / augustes féminine, classiquea faire / sphère féminine, classiqueb défaut / l'échafaud masculine, classiquec tempêtes / têtes féminine, classiquea faîte / fête féminine, classiqueb descend / reconnaissant masculine, classiquec sombre féminine, classiquea conquête / tête féminine, classiqueb pas masculine, classiquec crime / l'abîme féminine, classiquea unanime / magnanime féminine, classiqueb compté / monté masculine, classiquec grâce / disgrâce féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

42 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Odes et ballades, Paris, CHARPENTIER, LIBRAIRE-ÉDITEUR, 1845· numérisation abu.cnam.fr· Sources