Odes et ballades, 1826· Odes· Livre quatrième 1819-1827
ODE DIX-SEPTIÈME. À mon ami S.-b
Perseverando.DEVISE DES DUCIE.
L'aigle, c'est le génie !‖ oiseau de la tempête,Qui des monts les plus hauts‖ cherche le plus haut faîte ;Dont le cri fier, du jour‖ chante l'ardent réveil ;Qui ne souille jamais‖ sa serre dans la fange,Et dont l'œil flamboyant‖ incessamment échangeDes éclairs avec le soleil.
Son nid n'est pas un nid‖ de mousse ; c'est une aire,Quelque rocher, creusé‖ par un coup de tonnerre,Quelque brèche d'un pic,‖ épouvantable aux yeux,Quelque croulant asile,‖ aux flancs des monts sublimes,Qu'on voit, battu des vents,‖ pendre entre deux abîmes,Le noir précipice et les cieux !
Ce n'est pas l'humble ver,‖ les abeilles dorées,La verte demoiselle‖ aux ailes bigarréesQu'attendent ses petits,‖ béants, de faim pressés ;Non ! c'est l'oiseau douteux,‖ qui dans la nuit végète ;C'est l'immonde lézard,‖ c'est le serpent qu'il jette,Hideux, aux aiglons hérissés.
Nid Royal ! palais sombre,‖ et que d'un flot de neigeLa roulante avalanche‖ en bondissant assiège !Le génie y nourrit‖ ses fils avec amour,Et, tournant au soleil‖ leurs yeux remplis de flammes,Sous son aile de feu‖ couve de jeunes âmes,Qui prendront des ailes un jour !
Pourquoi donc t'étonner,‖ Ami, si sur ta tête,Lourd de foudres, déjà‖ le nuage s'arrête ?Si quelque impur reptile‖ en ton nid se débat ?Ce sont tes premiers jeux,‖ c'est ta première fête :Pour vous autres aiglons,‖ chaque heure a sa tempête,Chaque festin est un combat.
Rayonne, il en est temps !‖ et, s'il vient un orage,En prisme éblouissant‖ change le noir nuage.Que ta haute pensée‖ accomplisse sa loi.Viens, joins ta main de frère‖ à ma main fraternelle.Poète, prends ta lyre ;‖ aigle, ouvre ta jeune aile ;Étoile, étoile, lève-toi !
La brume de ton aube,‖ Ami, va se dissoudre.Fais-toi connaître, aiglon,‖ du soleil, de la foudre.Viens arracher un nom‖ par tes chants inspirés ;Viens ; cette gloire, en butte‖ à tant de traits vulgaires,Ressemble aux fiers drapeaux‖ qu'on rapporte des guerres,Plus beaux quand ils sont déchirés !
Vois l'astre chevelu‖ qui, royal météore,Roule, en se grossissant‖ des mondes qu'il dévore ;Tel, ô jeune géant,‖ qui t'accrois tous les jours,Tel ton génie ardent,‖ loin des routes tracées,Entraînant dans son cours‖ des mondes de pensées,Toujours marche et grandit toujours !
Décembre 1827.
Versification
- Forme
- 8 sizains (sizains)
- Rimes
- 7(aabccb) 1(aabaab)
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (40 de 12, 8 de 8)· profil 8, 6+6
- Strophes
- 8 sizains
- Mots à la rime
- a tempête / faîte féminine, classiqueb réveil / soleil masculine, classiquec fange / échange féminine, classiquea aire / tonnerre féminine, classiqueb yeux / cieux masculine, classiquec sublimes / abîmes féminine, classiquea dorées / bigarrées féminine, classiqueb pressés / hérissés masculine, classiquec végète / jette féminine, classiquea neige / assiège féminine, classiqueb amour / jour masculine, classiquec flammes / âmes féminine, classiquea tête / s'arrête féminine, classiqueb débat / combat masculine, classiquec fête / tempête féminine, classiquea orage / nuage féminine, classiqueb loi / lève-toi masculine, classiquec fraternelle / aile féminine, classiquea dissoudre / foudre féminine, classiqueb inspirés / déchirés masculine, classiquec vulgaires / guerres féminine, classiquea météore / dévore féminine, classiqueb jours / toujours masculine, classiquec tracées / pensées féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Odes et ballades, Paris, CHARPENTIER, LIBRAIRE-ÉDITEUR, 1845· numérisation abu.cnam.fr· Sources