Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Odes et ballades, 1826· Odes· Livre premier 1818-1822

ODE HUITIÈME. La naissance du duc de bordeaux

Victor Hugo· sizains, octosyllabes et alexandrins, 128 vers

Le ciel … prodigue en leur faveur les miracles.
La postérité de Joseph rentre dans la terre de Gessen ;
et cette conquête, due aux larmes des vainqueurs,
ne coûte pas une larme aux vaincus.CHATEAUBRIAND, Martyrs.

I

Savez-vous, voyageur,‖ pourquoi, dissipant l'ombre,D'innombrables clartés‖ brillent dans la nuit sombre ?Quelle immense vapeur‖ rougit les cieux couverts ?Et pourquoi mille cris,‖ frappant la nue ardente,Dans la ville, au loin rayonnante,Comme un concert confus,‖ s'élèvent dans les airs ?

II

Ô joie ! ô triomphe ! ô mystère !Il est né, l'Enfant glorieux,L'Ange que promit à la terreUn Martyr partant pour les cieux !L'avenir voilé se révèle.Salut à la flamme nouvelleQui ranime l'ancien flambeau !Honneur à ta première aurore,Ô jeune lys qui viens d'éclore,Tendre fleur qui sors d'un tombeau !

C'est Dieu qui l'a donné,‖ le Dieu de la prière :La cloche, balancée‖ aux tours du sanctuaire,Comme aux jours du repos,‖ y rappelle nos pas.C'est Dieu qui l'a donné,‖ le Dieu de la victoire ! —Chez les vieux martyrs de la gloireLes canons ont tonné,‖ comme au jour des combats.

Ce bruit, si cher à ton oreille,Joint aux voix des temples bénis,N'a-t-il donc rien qui te réveille,Ô toi qui dors à Saint-Denis ?Lève-toi ! Henri doit te plaireAu sein du berceau populaire ;Accours ! ô père triomphant !Enivre sa lèvre trompée,Et viens voir si ta grande épéePèse aux mains du royal enfant.

Hélas ! il est absent,‖ il est au sein des justes.Sans doute, en ce moment,‖ de ses aïeux augustesLe cortège vers lui‖ s'avance consolé :Car il rendit, mourant‖ sous des coups parricides,Un héros à leurs tombes vides,Une race de rois‖ à leur trône isolé.

Parmi tous ces nobles fantômes,Qu'il élève un front couronné,Qu'il soit fier dans les saints royaumes,Le père du roi nouveau-né !Une race longue et sublimeSort de l'immortelle victime ;Tel un fleuve mystérieux,Fils d'un mont frappé du tonnerre,De son cours fécondant la terre,Cache sa source dans les cieux !

Honneur au rejeton‖ qui deviendra la tige !Henri, nouveau Joas,‖ sauvé par un prodige,À l'ombre de l'autel‖ croîtra vainqueur du sort ;Un jour, de ses vertus‖ notre France embellie,À ses sœurs, comme Cornélie,Dira : Voilà mon fils,‖ c'est mon plus beau trésor.

III

Ô toi, de ma pitié profondeReçois l'hommage solennel,Humble objet des regards du mondePrivé du regard paternel !Puisses-tu, né dans la souffrance,Et de ta mère et de la FranceConsoler la longue douleur !Que le bras divin t'environne,Et puisse, ô Bourbon ! la couronnePour toi ne pas être un malheur !

Oui, souris, orphelin,‖ aux larmes de ta mère !Écarte, en te jouant,‖ ce crêpe funéraireQui voile ton berceau‖ des couleurs du cercueil ;Chasse le noir passé‖ qui nous attriste encore ;Sois à nos yeux comme une aurore !Rends le jour et la joie‖ à notre ciel en deuil.

Ivre d'espoir, ton roi lui-même,Consacrant le jour où tu nais,T'impose, avant le saint baptême,Le baptême du Béarnais.La Veuve t'offre à l'Orpheline ;Vers toi, conduit par l'Héroïne,Vient ton Aïeul en cheveux blancs ;Et la foule, bruyante et fière,Se presse à ce Louvre, où naguère,Muette, elle entrait à pas lents.

Guerriers, peuple, chantez ;‖ Bordeaux, lève ta tête,Cité qui, la première,‖ aux jours de la conquête,Rendue aux fleurs de lys,‖ as proclamé ta foi.Et toi, que le martyr‖ aux combats eût guidée,Sors de ta douleur, ô Vendée !Un roi naît pour la France,‖ un soldat naît pour toi.

IV

Rattachez la nef à la rive :La Veuve reste parmi nous,Et de sa patrie adoptiveLe ciel lui semble enfin plus doux.L'espoir à la France l'enchaîne ;Aux champs où fut frappé le chêneDieu fait croître un frêle roseau.L'amour retient l'humble colombe ;Il faut prier sur une tombe,Il faut veiller sur un berceau.

Dis, qu'irais-tu chercher‖ au lieu qui te vit naître,Princesse ? Parthénope‖ outrage son vieux maître :L'étranger, qu'attiraient‖ des bords exempts d'hivers,Voit Palerme en fureur,‖ voit Messine en alarmes,Et, plaignant la Sicile en armes,De ce funèbre Éden‖ fuit les sanglantes mers !

Mais que les deux Volcans s'éveillent !Que le souffle du Dieu jalouxDes sombres géants qui sommeillentRallume enfin l'ardent courroux ;Devant les flots brûlants des laves,Que seront ces hautains esclaves,Ces chefs d'un jour, ces grands soldats ?Courage ! ô vous, vainqueurs sublimes ! —Tandis que vous marchez aux crimes,La terre tremble sous vos pas !

Reste au sein des français,‖ ô fille de Sicile !Ne fuis pas, pour des bords‖ d'où le bonheur s'exile,Une terre où le lys‖ se relève immortel ;Où du peuple et des rois‖ l'union salutaireN'est point cet hymen adultèreDu trône et des partis,‖ des camps et de l'autel.

V

Nous, ne craignons plus les tempêtes !Bravons l'horizon menaçant :Les forfaits qui chargeaient nos têtesSont rachetés par l'innocent !Quand les nochers, dans la tourmente,Jadis voyaient l'onde écumanteEntrouvrir leur frêle vaisseau,Sûrs de la clémence éternelle,Pour sauver la nef criminelleIls y suspendaient un berceau.

Octobre 1820.

Versification

Forme
Sizains
Rimes
8{1(aabccb) 1(ababccdeed)}
Mètre
Octosyllabes et alexandrins (88 de 8, 40 de 12)· profil 8, 6+6
Strophes
8 sizains, 8 dizains
Mots à la rime
a l'ombre / sombre féminine, classiqueb couverts / airs masculine, classiquec ardente / rayonnante féminine, classiquea mystère / terre féminine, classiqueb glorieux / cieux masculine, classiquec révèle / nouvelle féminine, classiqued flambeau / tombeau masculine, classiquee aurore / d'éclore féminine, classiquea prière / sanctuaire féminine, classiqueb pas / combats masculine, classiquec victoire / gloire féminine, classiquea oreille / réveille féminine, classiqueb bénis / Saint-Denis masculine, classiquec plaire / populaire féminine, classiqued triomphant / enfant masculine, classiquee trompée / épée féminine, classiquea justes / augustes féminine, classiqueb consolé / isolé masculine, classiquec parricides / vides féminine, classiquea fantômes / royaumes féminine, classiqueb couronné / nouveau-né masculine, classiquec sublime / victime féminine, classiqued mystérieux / cieux masculine, classiquee tonnerre / terre féminine, classiquea tige / prodige féminine, classiqueb sort / trésor masculine, non classiquec embellie / Cornélie féminine, classiquea profonde / monde féminine, classiqueb solennel / paternel masculine, classiquec souffrance / France féminine, classiqued douleur / malheur masculine, classiquee t'environne / couronne féminine, classiquea mère / funéraire féminine, classiqueb cercueil / deuil masculine, classiquec encore / aurore féminine, classiquea lui-même / baptême féminine, classiqueb nais / Béarnais masculine, classiquec l'Orpheline / l'Héroïne féminine, classiqued blancs / lents masculine, classiquee fière / naguère féminine, classiquea tête / conquête féminine, classiqueb foi / toi masculine, classiquec guidée / Vendée féminine, classiquea rive / adoptive féminine, classiqueb nous / doux masculine, classiquec l'enchaîne / chêne féminine, classiqued roseau / berceau masculine, classiquee colombe / tombe féminine, classiquea naître / maître féminine, classiqueb d'hivers / mers masculine, classiquec alarmes / armes féminine, classiquea s'éveillent / sommeillent féminine, classiqueb jaloux / courroux masculine, classiquec laves / esclaves féminine, classiqued soldats / pas masculine, classiquee sublimes / crimes féminine, classiquea Sicile / s'exile féminine, classiqueb immortel / l'autel masculine, classiquec salutaire / adultère féminine, classiquea tempêtes / têtes féminine, classiqueb menaçant / l'innocent masculine, classiquec tourmente / écumante féminine, classiqued vaisseau / berceau masculine, classiquee éternelle / criminelle féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.1

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

128 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Odes et ballades, Paris, CHARPENTIER, LIBRAIRE-ÉDITEUR, 1845· numérisation abu.cnam.fr· Sources