Odes et ballades, 1826· Odes· Livre cinquième 1819-1828
ODE VINGT-QUATRIÈME. Pluie d’été
L’aubépine et l’églantin,
Et le thym,
L’œillet, le lys et les roses,
En cette belle saison,
À foison
Montrent leurs robes écloses.
Le gentil rossignolet,
Doucelet,
Découpe, dessous l’ombrage,
Mille fredons babillards.
Frétillards,
Aux doux sons de son ramage.RÉMI BELLEAU.
Que la soirée est fraîche et douce !Oh ! viens ! il a plu ce matin ;Les humides tapis de mousseVerdissent tes pieds de satin.L'oiseau vole sous les feuillées,Secouant ses ailes mouillées ;Pauvre oiseau que le ciel bénit !Il écoute le vent bruire,Chante, et voit des gouttes d'eau luire,Comme des perles, dans son nid.
La pluie a versé ses ondées ;Le ciel reprend son bleu changeant ;Les terres luisent fécondéesComme sous un réseau d'argent.Le petit ruisseau de la plaine,Pour une heure enflé, roule et traîneBrins d'herbe, lézards endormis,Court, et précipitant son ondeDu haut d'un caillou qu'il inonde,Fait des Niagaras aux fourmis !
Tourbillonnant dans ce déluge,Des insectes sans avirons,Voguent pressés, frêle refuge !Sur des ailes de moucherons ;D'autres pendent, comme à des îles,À des feuilles, errants asiles ;Heureux, dans leur adversité,Si, perçant les flots de sa cime,Une paille au bord de l'abîmeRetient leur flottante cité !
Les courants ont lavé le sable ;Au soleil montent les vapeurs,Et l'horizon insaisissableTremble et fuit sous leurs plis trompeurs.On voit seulement sous leurs voiles,Comme d'incertaines étoiles,Des points lumineux scintiller,Et les monts, de la brume enfuie,Sortir, et, ruisselants de pluie,Les toits d'ardoise étinceler.
Viens errer dans la plaine humide.À cette heure nous serons seuls.Mets sur mon bras ton bras timide ;Viens, nous prendrons par les tilleuls.Le soleil rougissant déclineAvant de quitter la colline,Tourne un moment tes yeux pour voir,Avec ses palais, ses chaumières,Rayonnants des mêmes lumières,La ville d'or sur le ciel noir.
Oh ! vois voltiger les fuméesSur les toits de brouillards baignés !Là, sont des épouses aimées,Là, des cœurs doux et résignés.La vie, hélas ! dont on s'ennuie,C'est le soleil après la pluie. —Le voilà qui baisse toujours !De la ville, que ses feux noient,Toutes les fenêtres flamboientComme des yeux au front des tours.
L'arc-en-ciel ! l'arc-en-ciel ! Regarde. —Comme il s'arrondit pur dans l'air !Quel trésor le Dieu bon nous gardeAprès le tonnerre et l'éclair !Que de fois, sphères éternelles,Mon âme a demandé ses ailes,Implorant quelque Ithuriel,Hélas ! pour savoir à quel mondeMène cette courbe profonde,Arche immense d'un pont du ciel !
Juin 1828.
Versification
- Forme
- 7 dizains (dizains)
- Rimes
- 7(ababccdeed)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 7 dizains
- Mots à la rime
- a douce / mousse féminine, classiqueb matin / satin masculine, classiquec feuillées / mouillées féminine, classiqued bénit / nid masculine, classiquee bruire / luire féminine, classiquea ondées / fécondées féminine, classiqueb changeant / d'argent masculine, classiquec plaine / traîne féminine, classiqued endormis / fourmis masculine, classiquee onde / inonde féminine, classiquea déluge / refuge féminine, classiqueb avirons / moucherons masculine, classiquec îles / asiles féminine, classiqued adversité / cité masculine, classiquee cime / l'abîme féminine, classiquea sable / insaisissable féminine, classiqueb vapeurs / trompeurs masculine, classiquec voiles / étoiles féminine, classiqued scintiller / étinceler masculine, classiquee enfuie / pluie féminine, classiquea humide / timide féminine, classiqueb seuls / tilleuls masculine, classiquec décline / colline féminine, classiqued voir / noir masculine, classiquee chaumières / lumières féminine, classiquea fumées / aimées féminine, classiqueb baignés / résignés masculine, classiquec s'ennuie / pluie féminine, classiqued toujours / tours masculine, classiquee noient / flamboient féminine, classiquea Regarde / garde féminine, classiqueb l'air / l'éclair masculine, classiquec éternelles / ailes féminine, classiqued Ithuriel / ciel masculine, classiquee monde / profonde féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
70 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Odes et ballades, Paris, CHARPENTIER, LIBRAIRE-ÉDITEUR, 1845· numérisation abu.cnam.fr· Sources