Odes et ballades, 1826· Odes· Livre cinquième 1819-1828
ODE VINGT-CINQUIÈME. Rêves
En la amena soledad
de aquesta apacible estancia,
bellisimo laberinto
de árboles, flores, y plantas,
Podeis dexarme, dexando
conmigo, que ellos me bastan
por campania, los libros
que os mande sacar de casa ;
que yo, en tanto que Antioquia
celebra con fiestas tantas
la fabrica de esse templo,
que oy à Jupiter consagra,
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huyendo del gran bullicio,
que hay en sus calles, y plazas,
passar estudiando quiero
la edad que al dia le falta.CALDERON, El Mágico prodigioso.
I
Amis, loin de la ville,Loin des palais de roi,Loin de la cour servile,Loin de la foule vile,Trouvez-moi, trouvez-moi,
Aux champs où l'âme oisiveSe recueille en rêvant,Sur une obscure riveOù du monde n'arriveNi le flot, ni le vent,
Quelque asile sauvage,Quelque abri d'autrefois,Un port sur le rivage,Un nid sous le feuillage,Un manoir dans les bois !
Trouvez-le-moi bien sombre,Bien calme, bien dormant,Couvert d'arbres sans nombre,Dans le silence et l'ombre,Caché profondément !
Que là, sur toute chose,Fidèle à ceux qui m'ont,Mon vers plane, et se poseTantôt sur une rose,Tantôt sur un grand mont.
Qu'il puisse avec audace,De tout nœud détaché,D'un vol que rien ne lasse,S'égarer dans l'espaceComme un oiseau lâché.
II
Qu'un songe au ciel m'enlève,Que plein d'ombre et d'amour,Jamais il ne s'achève,Et que la nuit je rêveÀ mon rêve du jour !
Aussi blanc que la voileQu'à l'horizon je voi,Qu'il recèle une étoile,Et qu'il soit comme un voileEntre la vie et moi !
Que la muse qui plongeEn ma nuit pour briller,Le dore et le prolonge,Et de l'éternel songeCraigne de m'éveiller !
Que toutes mes penséesViennent s'y déployer,Et s'asseoir, empressées,Se tenant embrassées,En cercle à mon foyer.
Qu'à mon rêve enchaînées,Toutes, l'œil triomphant,Le bercent inclinées,Comme des sœurs aînéesBercent leur frère enfant !
III
On croit sur la falaise,On croit dans les forêts,Tant on respire à l'aise,Et tant rien ne nous pèse,Voir le ciel de plus près !
Là, tout est comme un rêve ;Chaque voix a des mots,Tout parle, un chant s'élèveDe l'onde sur la grève,De l'air dans les rameaux.
C'est une voix profonde,Un chœur universel,C'est le globe qui gronde,C'est le roulis du mondeSur l'océan du ciel.
C'est l'écho magnifiqueDes voix de Jéhova,C'est l'hymne séraphiqueDu monde pacifiqueOù va ce qui s'en va ;
Où, sourde aux cris de femmes,Aux plaintes, aux sanglots,L'âme se mêle aux âmes,Comme la flamme aux flammes,Comme le flot aux flots !
IV
Ce bruit vaste, à toute heure,On l'entend au désert.Paris, folle demeure,Pour cette voix qui pleureNous donne un vain concert.
Oh ! la Bretagne antique !Quelque roc écumant !Dans la forêt celtiqueQuelque donjon gothique !Pourvu que seulement
La tour hospitalièreOù je pendrai mon nid,Ait, vieille chevalière,Un panache de lierreSur son front de granit !
Pourvu que, blasonnéeD'un écusson altier,La haute cheminée,Béante, illuminée,Dévore un chêne entier !
Que, l'été, la charmilleMe dérobe un ciel bleu ;Que l'hiver ma famille,Dans l'âtre assise, brilleToute rouge au grand feu !
Dans les bois, mes royaumes,Si le soir l'air bruit,Qu'il semble, à voir leurs dômes,Des têtes de fantômesSe heurtant dans la nuit !
Que des vierges, abeillesDont les cieux sont remplis,Viennent sur moi, vermeilles,Secouer dans mes veillesLeur robe à mille plis !
Qu'avec des voix plaintives,Les ombres des hérosRepassent fugitives,Blanches sous mes ogives,Sombres sur mes vitraux !
V
Si ma muse envoléePorte son nid si cherEt sa famille ailéeDans la salle écrouléeD'un vieux baron de fer ;
C'est que j'aime ces âgesPlus beaux, sinon meilleurs,Que nos siècles plus sages ;À leurs débris sauvagesJe m'attache, et d'ailleurs
L'hirondelle enlevéePar son vol sur la tour,Parfois, des vents sauvée,Choisit pour sa couvéeUn vieux nid de vautour.
Sa famille humble et douce,Souvent, en se jouant,Du bec remue et pousse,Tout brisé sur la mousse,L'œuf de l'oiseau géant.
Dans les armes antiquesMes vers ainsi joûront,Et remuant des piques,Riront, nains fantastiques,De grands casques au front !
VI
Ainsi, noués en gerbe,Reverdiront mes joursDans le donjon superbe,Comme une touffe d'herbeDans les brèches des tours.
Mais, donjon ou chaumière,Du monde délié,Je vivrai de lumière,D'extase et de prière,Oubliant, oublié !
Juin 1828.
Versification
- Forme
- 31 quintils (quintils)
- Rimes
- 31(abaab)
- Mètre
- Hexasyllabes
- Strophes
- 31 quintils
- Mots à la rime
- a ville / servile / vile féminine, classiqueb roi / trouvez-moi masculine, classiquea oisive / rive / n'arrive féminine, classiqueb rêvant / vent masculine, classiquea sauvage / rivage / feuillage féminine, classiqueb d'autrefois / bois masculine, classiquea sombre / nombre / l'ombre féminine, classiqueb dormant / profondément masculine, classiquea chose / pose / rose féminine, classiqueb m'ont / mont masculine, classiquea audace / lasse / l'espace féminine, classiqueb détaché / lâché masculine, classiquea m'enlève / s'achève / rêve féminine, classiqueb d'amour / jour masculine, classiquea voile / étoile féminine, classiqueb voi / moi masculine, classiquea plonge / prolonge / songe féminine, classiqueb briller / m'éveiller masculine, classiquea pensées / empressées féminine, classiqueb déployer / foyer masculine, classiquec embrassées / enchaînées féminine, classiqueb triomphant / enfant masculine, classiquec inclinées / aînées féminine, classiquea falaise / l'aise / pèse féminine, classiqueb forêts / près masculine, classiquea rêve / s'élève / grève féminine, classiqueb mots / rameaux masculine, classiquea profonde / gronde / monde féminine, classiqueb universel / ciel masculine, classiquea magnifique / séraphique / pacifique féminine, classiqueb Jéhova / va masculine, classiquea femmes / âmes / flammes féminine, classiqueb sanglots / flots masculine, classiquea heure / demeure / pleure féminine, classiqueb désert / concert masculine, classiquea antique / celtique / gothique féminine, classiqueb écumant / seulement masculine, classiquea hospitalière / chevalière / lierre féminine, classiqueb nid / granit masculine, classiquea blasonnée / cheminée / illuminée féminine, classiqueb altier / entier masculine, classiquea charmille / famille / brille féminine, classiqueb bleu / feu masculine, classiquea royaumes / dômes / fantômes féminine, classiqueb bruit / nuit masculine, classiquea abeilles / vermeilles / veilles féminine, classiqueb remplis / plis masculine, classiquea plaintives / fugitives / ogives féminine, classiqueb héros / vitraux masculine, classiquea envolée / ailée / écroulée féminine, classiqueb cher / fer masculine, classiquea âges / sages / sauvages féminine, classiqueb meilleurs / d'ailleurs masculine, classiquea enlevée / sauvée / couvée féminine, classiqueb tour / vautour masculine, classiquea douce / pousse / mousse féminine, classiqueb jouant / géant masculine, classiquea antiques / piques / fantastiques féminine, classiqueb joûront / front masculine, classiquea gerbe / superbe / d'herbe féminine, classiqueb jours / tours masculine, classiquea chaumière / lumière / prière féminine, classiqueb délié / oublié masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
155 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Odes et ballades, Paris, CHARPENTIER, LIBRAIRE-ÉDITEUR, 1845· numérisation abu.cnam.fr· Sources