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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Odes et ballades, 1826· Odes· Livre cinquième 1819-1828

ODE DEUXIÈME. Regret

Victor Hugo· 8 quatrains, alexandrins et octosyllabes, 32 vers

Il s’est trouvé parfois, comme pour faire voir
Que du bonheur en nous est encor le pouvoir,
Deux âmes s’élevant sur les plaines du monde,
Toujours l’une pour l’autre existence féconde,
Puissantes à sentir avec un feu pareil,
Double et brûlant rayon né d’un même soleil,
Vivant comme un seul être, intime et pur mélange,
Semblables dans leur vol aux deux ailes d’un ange,
Ou telles que des nuits les jumeaux radieux
D’un fraternel éclat illuminent les cieux.
Si l’homme a séparé leur ardeur mutuelle,
C’est alors que l’on voit, et rapide et fidèle,
Chacune, de la foule écartant l’épaisseur,
Traverser l’univers et voler à sa sœur.ALFRED DE VIGNY, Héléna.

Oui, le bonheur bien vite‖ a passé dans ma vie !On le suit ; dans ses bras‖ on se livre au sommeil ;Puis, comme cette vierge‖ aux champs crétois ravie,On se voit seul à son réveil.

On le cherche de loin‖ dans l'avenir immense ;On lui crie : « Oh ! reviens,‖ compagnon de mes jours. »Et le plaisir accourt ;‖ mais sans remplir l'absenceDe celui qu'on pleure toujours.

Moi, si l'impur plaisir‖ m'offre sa vaine flamme,Je lui dirai : « Va, fuis,‖ et respecte mon sort :Le bonheur a laissé‖ le regret dans mon âme ;Mais toi, tu laisses le remord ! »

Pourtant je ne dois point‖ troubler votre délire,Amis ; je veux paraître‖ ignorer les douleurs ;Je souris avec vous,‖ je vous cache ma lyreLorsqu'elle est humide de pleurs !

Chacun de vous peut-être,‖ en son cœur solitaire,Sous des ris passagers‖ étouffe un long regret ;Hélas ! nous souffrons tous‖ ensemble sur la terre,Et nous souffrons tous en secret !

Tu n'as qu'une colombe,‖ à tes lois asservie ;Tu mets tous tes amours,‖ vierge, dans une fleur.Mais à quoi bon ? La fleur‖ passe comme la vie,L'oiseau fuit comme le bonheur !

On est honteux des pleurs ;‖ on rougit de ses peines,Des innocents chagrins,‖ des souvenirs touchants ;Comme si nous n'étions‖ sous les terrestres chaînesQue pour la joie et pour les chants !

Hélas ! il m'a donc fui‖ sans me laisser de trace,Mais pour le retenir‖ j'ai fait ce que j'ai pu,Ce temps où le bonheur‖ brille, et soudain s'efface,Comme un sourire interrompu !

Février 1821.

Versification

Forme
8 quatrains (quatrains)
Rimes
8(abab)
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (24 de 12, 8 de 8)· profil 8, 6+6
Strophes
8 quatrains
Mots à la rime
a vie / ravie féminine, classiqueb sommeil / réveil masculine, classiquea immense / l'absence féminine, classiqueb jours / toujours masculine, classiquea flamme / âme féminine, classiqueb sort / remord masculine, classiquea délire / lyre féminine, classiqueb douleurs / pleurs masculine, classiquea solitaire / terre féminine, classiqueb regret / secret masculine, classiquea asservie / vie féminine, classiqueb fleur / bonheur masculine, classiquea peines / chaînes féminine, classiqueb touchants / chants masculine, classiquea trace / s'efface féminine, classiqueb pu / interrompu masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

32 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Odes et ballades, Paris, CHARPENTIER, LIBRAIRE-ÉDITEUR, 1845· numérisation abu.cnam.fr· Sources