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un seul est le mot juste.

Premières publications, 1820

La canadienne suspendant au palmier le tombeau de son nouveau-né

Victor Hugo· ÉLÉGIE· strophes variées, octosyllabes et alexandrins, 57 vers

Sur ce palmier qui te balance,Dors, tendre fruit de mon amour ;Mes bras, quelques instants,‖ ont porté ton enfance,Ce fragile palmier‖ te soutient à son tour ;Ainsi me berçait l'espérance.

Dors en paix sur ce frêle appui.Si le vent vient gémir‖ sur ta tombe légère,Le vent te dira que ta mèreGémit sans cesse comme lui.Aussi longtemps‖ que les pleurs de l'auroreMouilleront ton front pâle,‖ en arrosant les fleurs ;Aussi long-tems, mon fils, ta mère, qui t’adore,Te viendra baigner de ses pleurs.Tout sur l'arbre de mort‖ te peindra ma souffrance :Si pourtant le ramier,‖ de ses accords touchants,Te fait entendre la cadence,Ne crois pas de ta mère‖ entendre les doux chants :Car ta mère avec toi‖ veut garder le silence.

Tu n'es donc plus ? mes yeux‖ ne te verront jamaisRire et folâtrer dans nos plaines,Poursuivre le chevreuil‖ de sommets en sommets,Et gravir le vieux tronc des chênes.Je ne te verrai point,‖ dans l'âge des amours,Quand un duvet léger‖ t'embellirait à peine,À ta craintive amante‖ apportant tous les jours,Le fruit d'une chasse lointaine,Lui demander, pour prix‖ des dépouilles des ours,L'une de ses tresses d'ébène.Nos guerriers ne me diront pasTon fils est digne de son pèreIl porte sans frémir‖ la lance des combats,Et le calumet de la guerre.Je vivrai comme une étrangère,Et l'on dira : Son fils‖ est le jouet du vent ;Il n'est point mort en brave,‖ étendu sur la terre ;C'est lui dont le cercueil mouvantCourbe le palmier solitaire.

Tu n'es plus : quel est mon malheur ?Tes yeux, à peine ouverts,‖ sont fermés à l'aurore ;Je fus un instant mère :‖ hélas ! à ma douleur,Cher enfant, je crois l'être encore.

Au sommet du triste palmier,Ce berceau, qui te sert de tombe,Servira de nid au ramierOu de demeure à la colombe,Et quand demain l'astre des joursTiendra ton froid cercueil‖ de sa couleur riante,Au fond de ta couche odorante,L'oiseau s'éveillera :‖ tu dormiras toujours.

Quand pour bénir l'enfant,‖ dont sa fille est la mère,Viendra mon père aux cheveux blancs ;Je guiderai ses pas tremblantsAu pied de l'arbre funéraire ;Que lui dirai-je, hélas ?‖ son regard attristéSe remplira des pleurs,‖ dont ici je t'arrose…Le fils que j'ai porté reposeSur le palmier qu'il a planté.

V. M. HUGO. [Le Lycée français, 18 septembre 1819.]

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
3[ababa] 4[abba] 5[abab] 1[ababab]
Mètre
Octosyllabes et alexandrins (31 de 8, 25 de 12, 1 de 10)· profil 8, 4+6, 6+6
Mots à la rime
a balance / enfance / l'espérance féminine, classiqueb amour / tour masculine, classiquea appui / lui masculine, classiqueb légère / mère féminine, classiquec l'aurore / t’adore féminine, classiqued fleurs / pleurs masculine, classiquee souffrance / cadence / silence féminine, classiquef touchants / chants masculine, classiquea jamais / sommets masculine, classiqueb plaines / chênes féminine, classiquec amours / jours / ours masculine, classiqued peine / lointaine / d'ébène féminine, classiquee pas / combats masculine, classiquef père / guerre féminine, classiqueg étrangère / terre / solitaire féminine, classiqueh vent / mouvant masculine, classiquea malheur / douleur masculine, classiqueb l'aurore / encore féminine, classiquea palmier / ramier masculine, classiqueb tombe / colombe féminine, classiquec jours / toujours masculine, classiqued riante / odorante féminine, classiquea mère / funéraire féminine, classiqueb blancs / tremblants masculine, classiquec attristé / planté masculine, classiqued t'arrose / repose féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.6· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

57 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1985· numérisation poesies.net· Sources