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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Premières publications, 1820

Le vieillard du Galèse

Victor Hugo· 4 distiquess, alexandrins, 40 vers

Atque equidem, extremo ni jam sub fine laborum
Vela traham, et terris festinem advertere proram, etc.(Géorgiques, liv. IV.)

Si mon vaisseau déjà,‖ prêt à toucher les bords,Vers le but désiré‖ ne tournait ses efforts,Poète des jardins,‖ je chanterais peut-êtreLa culture des fleurs‖ et la rose champêtre.Je décrirais l'acanthe‖ arrondie en berceaux,L'endive, se gonflant‖ du suc des clairs ruisseaux,Le myrte, amant des eaux‖ qu'il couvre de son ombre,Les contours tortueux‖ de l'énorme concombre,Le narcisse tardif,‖ le persil frais et vert,Et le lierre rampant‖ dont le chêne est couvert.

Aux plaines du Galèse,‖ où, noire et sablonneuse,Roule en des champs dorés‖ son onde limoneuse,Sous les tours d'Æbalie,‖ il fut, je m'en souviens,Un paisible vieillard,‖ riche de peu de biens.

C'était un lieu désert,‖ aride pâturage,Funeste aux jeunes ceps,‖ rebelle au labourage ;Le vieux sage semait,‖ dans ces prés buissonneux,Des légumes parmi‖ les chardons épineux,Et croyait, cultivant‖ le lys et la verveine,Être l'égal des rois‖ dans son humble domaine.Le soir, à son retour,‖ il goûtait sans ennuiDes mets simples et purs,‖ qu'il ne devait qu'à lui.Le premier au printemps,‖ le premier en automne,Il recueillait les dons‖ de Flore et de Pomone ;Et quand le triste hiver,‖ brisant les rocs durcis,Mettait un frein de glace‖ aux ruisseaux épaissis,Déjà, taillant le front‖ de l'acanthe encor tendre,Il hâtait les zéphirs‖ qu'il se lassait d'attendre.

Aussi, sur mille essaims‖ il étendait ses droits,Des rayons pleins de miel‖ écumaient sous ses doigts ;Dans l'automne chez lui‖ chaque arbre se coloreD'autant de fruits nouveaux‖ qu'il vit de fleurs éclore.Il plantait le tilleul‖ près du pin résineux,Et greffait le prunier‖ sur l'arbuste épineux ;Chez lui, se soumettant‖ au cordeau qui l'aligne,Le platane ombrageait‖ les sarments de la vigne ;Et seul il sut toujours‖ transplanter sans effortsDes poiriers déjà vieux,‖ des ormeaux déjà forts.Mais à d'autres sujets‖ il faut que je me livre,Je laisse un vaste champ‖ à qui voudra me suivre.

V. D’AUVERNEY. [Le Conservateur littéraire, 19 août 1820.]

Versification

Forme
4 distiquess (distiques)
Rimes
20((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
4 distiquess
Mots à la rime
a bords / efforts masculine, classiqueb peut-être / champêtre féminine, classiquec berceaux / ruisseaux masculine, classiqued ombre / concombre féminine, classiquee vert / couvert masculine, classiquea sablonneuse / limoneuse féminine, classiqueb souviens / biens masculine, classiquea pâturage / labourage féminine, classiqueb buissonneux / épineux masculine, classiquec verveine / domaine féminine, classiqued ennui / lui masculine, classiquee automne / Pomone féminine, classiquef durcis / épaissis masculine, classiqueg tendre / d'attendre féminine, classiquea droits / doigts masculine, classiqueb colore / éclore féminine, classiquec résineux / épineux masculine, classiqued l'aligne / vigne féminine, classiquee efforts / forts masculine, classiquef livre / suivre féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

40 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1985· numérisation poesies.net· Sources