Toute la lyre, 1893· V
XXVII. « À l'heure où le soleil se couche »
À l'heure où le soleil se couche,Quand j'erre au fond des bois, les soirs,Seul, songeant, souriant, farouche,Effaré sous les arbres noirs ;
Ou quand, près du foyer qui flambe,Laissant mes livres cent fois lus,Croisant ma jambe sur ma jambe,Je regarde et n'écoute plus ;
Vous dites : Qu'a-t-il donc ? Il rêve !Oui. Je rêve ! — C'est que je voiL'ombre où l'astre idéal se lèveCroître et monter autour de moi !
C’est qu’en cette nuit où s’efface,La clarté faite pour nos yeux,Je sens approcher de ma faceDès visages mystérieux !
C'est qu'il me vient des apparences,Dés formes, des voix, des soupirs,Du monde où sont ces espérances,Que nous appelons souvenirs !
C'est que des espaces funèbresS'ouvrent à mes sens convulsifs ;C'est que je sens dans ces ténèbresMon père et ma mère pensifs !
C'est que je sens passer un ange,Toi, ma fille, âme au front charmant,À je ne sais quel souffle étrangeDont je frissonne doucement !
C'est que, sous nos plafonds paisiblesComme dans nos bols pleins d'effroi,Les morts présents, mais invisibles,Fixent leurs yeux profonds sur moi !
6 janvier 1850.
Versification
- Forme
- 8 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 8(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 8 quatrains
- Mots à la rime
- a couche / farouche féminine, classiqueb soirs / noirs masculine, classiquea flambe / jambe féminine, classiqueb lus / plus masculine, classiquea rêve / lève féminine, classiqueb voi / moi masculine, classiquea s’efface / face féminine, classiqueb yeux / mystérieux masculine, classiquea apparences / espérances féminine, classiqueb soupirs / souvenirs masculine, classiquea funèbres / ténèbres féminine, classiqueb convulsifs / pensifs masculine, classiquea ange / étrange féminine, classiqueb charmant / doucement masculine, classiquea paisibles / invisibles féminine, classiqueb d'effroi / moi masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
32 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1986· numérisation poesies.net· Sources