Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Toute la lyre, 1893· III

XXIX. « À mesure qu'au loin s'éclipse »

Victor Hugo· 14 quatrains, octosyllabes, 56 vers

À mesure qu'au loin s'éclipseLa plaine effacée au regard,Toute une sombre apocalypseApparaît à l'homme hagard.

Tous ces fantômes que, sans nombre,Produit le soir qui s'assombrit,L'entourent, et, sortant de l'ombre,Entrent en foule en son esprit.

Noir cerveau sur qui Dieu surplombe,Il rêve ce que Jean rêva,Le jour qui fuit, la nuit qui tombe,La mort qui vient, l'homme qui va…

Devant sa paupière enflammée,Sur un fond morne et sans rayons,Comme les flots d'une fumée,Passent les lentes visions.

La destinée à lui se montre.Il croit entrevoir, en fuyantLes pâles spectres qu'il rencontre,Quelque paysage effrayant.

Il songe effaré ! — Tout se lève,Tout retombe, tout a flotté.Il ne sait plus si c’est le rêveOu si c'est la réalité.

Puis tout prend forme, tout se rangeComme en un enfer douloureux,Et tout dans cette brume étrangeDevient distinct, et reste affreux.

Il voit les fortunes humainesComme un taillis vertigineuxOù resplendit l'œil des sirènesSous des branchages épineux :

Il plonge son regard qui brilleDans ce gouffre aux aspects mouvants,Dans ces ténèbres où fourmilleL'aveugle foule des vivants.

À travers l'ombre et ses embûches,Il entend bruire leurs voixComme des essaims dans les ruches,Comme des oiseaux dans les bois.

Chacun travaille, — loi tracéePar Dieu même à l'homme maudit !L'un son champ, l'autre sa pensée.L'un creuse, l'autre approfondit.

Tous vont cherchant, aucun ne trouve.Le ciel semble à leur désespoirNoir comme l'antre d'une louve,Au fond d'un bois, l'hiver, le soir.

Où vont-ils ? vers la même porte.Que sont-ils ? les flots d'un torrent.Que disent-ils ? la nuit l'emporte.Que font-ils ? la tombe le prend.

Un vent, comme le jonc flexible ;Les courbe tous ; jeunes et vieux.Oh ! de quelle bouche invisibleSouffle ce vent mystérieux !

Versification

Forme
14 quatrains (quatrains)
Rimes
14(abab)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
14 quatrains
Mots à la rime
a s'éclipse / apocalypse féminine, classiqueb regard / hagard masculine, classiquea nombre / l'ombre féminine, classiqueb s'assombrit / esprit masculine, classiquea surplombe / tombe féminine, classiqueb rêva / va masculine, classiquea enflammée / fumée féminine, classiqueb rayons / visions masculine, classiquea montre / rencontre féminine, classiqueb fuyant / effrayant masculine, classiquea lève / rêve féminine, classiqueb flotté / réalité masculine, classiquea range / étrange féminine, classiqueb douloureux / affreux masculine, classiquea humaines / sirènes féminine, classiqueb vertigineux / épineux masculine, classiquea brille / fourmille féminine, classiqueb mouvants / vivants masculine, classiquea embûches / ruches féminine, classiqueb voix / bois masculine, classiquea tracée / pensée féminine, classiqueb maudit / approfondit masculine, classiquea trouve / louve féminine, classiqueb désespoir / soir masculine, classiquea porte / l'emporte féminine, classiqueb torrent / prend masculine, classiquea flexible / invisible féminine, classiqueb vieux / mystérieux masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1986· numérisation poesies.net· Sources