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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Toute la lyre, 1893· III

XLI. À Ol

Victor Hugo· 13 quatrains, alexandrins et hexasyllabes, 52 vers

Oh dis ! pourquoi toujours‖ regarder sous la terre,Interroger la tombe‖ et chercher dans la nuit ?Et toujours écouter,‖ penché sur une pierre,Comme espérant un bruit ?

T'imagines-tu donc‖ que ceux que nous pleurâmesSont là couchés sous l'herbe‖ attentifs à nos pas ?Crois-tu donc que c'est là‖ qu'on retrouve les âmes ?Songeur, ne sais-tu pas

Que Dieu n'a pas voulu,‖ lui qui règne et dispose,Que la flamme restât‖ quand s'éteint le flambeau,Et que l'homme jamais‖ pût mettre quelque chose,Hélas ! dans le tombeau !

Ne sais-tu pas que, l'âme‖ une fois délivrée,Les fosses, dévorant‖ les morts qu'on enfouit,Se remplissent d'une ombre‖ effrayante et sacréeOù tout s'évanouit !

Tu te courbes en vain,‖ dans ta douleur amère,Sur le sépulcre noir‖ plein des jours révolus,Redemandant ta fille,‖ et ton père, et ta mère,Et ceux qui ne sont plus !

Tu te courbes en vain.‖ Ainsi que sous la vagueUn plongeur se fatigue‖ à chercher des trésors,Tu tâches d'entrevoir‖ quelque figure vagueDe ce que font les morts.

Rien ne brille pour toi,‖ sombre tête baissée ;La tombe est morne, et close‖ au regard curieux ;Tu n'as plus un rayon‖ qui luise en ta pensée.Songeur, lève les yeux !

Lève les yeux ! renonce‖ à sonder : la poussière ;Fais envoler ton âme‖ en ce firmament bleu,Regarde dans l'azur,‖ cherche dans la lumière,Et surtout crois en Dieu !

Crois en celui dont tout‖ répète les louanges !Crois en l'éternité‖ qui nous ouvre les bras !Appelle le Seigneur,‖ demande-lui tes anges,Et tu les reverras !

Oui, même dès ce monde‖ où pleure ta misère,En élevant toujours‖ ton cœur rempli d'espoir,Sans t'en aller d'ici ;‖ sans qu'il soit NécessaireDe mourir pour les voir,

Parce qu'en méditant‖ la foi s'accroît sans cesse,Parce qu'à l'œil croyant‖ le ciel s'ouvre éclairci,Un jour tu t'écrieras‖ tout à coup, plein d'ivresseO mon Dieu ! les voici !

Et tu retrouveras,‖ ô pauvre âme ravie !Une ombre du bonheur‖ de ton passé joyeuxDans ces fantômes chers,‖ qui charmèrent ta vieEt qui sont dans les cieux !

Comme à l'heure où la plaine‖ au loin se décolore,Quand le soir assombrit‖ le jour pâle et décru,Là-haut, dans la nuée,‖ on peut revoir encoreLe soleil disparu.

27 octobre 1846.

Versification

Forme
13 quatrains (quatrains)
Rimes
13(abab)
Mètre
Alexandrins et hexasyllabes (39 de 12, 13 de 6)· profil 6, 6+6
Strophes
13 quatrains
Mots à la rime
a terre / pierre féminine, classiqueb nuit / bruit masculine, classiquea pleurâmes / âmes féminine, classiqueb pas masculine, classiquea dispose / chose féminine, classiqueb flambeau / tombeau masculine, classiquea délivrée / sacrée féminine, classiqueb enfouit / s'évanouit masculine, classiquea amère / mère féminine, classiqueb révolus / plus masculine, classiquea vague féminine, classiqueb trésors / morts masculine, classiquea baissée / pensée féminine, classiqueb curieux / yeux masculine, classiquea poussière / lumière féminine, classiqueb bleu / Dieu masculine, classiquea louanges / anges féminine, classiqueb bras / reverras masculine, classiquea misère / Nécessaire féminine, classiqueb d'espoir / voir masculine, classiquea cesse / d'ivresse féminine, classiqueb éclairci / voici masculine, classiquea ravie / vie féminine, classiqueb joyeux / cieux masculine, classiquea décolore / encore féminine, classiqueb décru / disparu masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

52 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1986· numérisation poesies.net· Sources