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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Toute la lyre, 1893· VII· XXIII Chansons

XVII. Chant des songes

Victor Hugo· octosyllabes et tétrasyllabes, 68 vers

Hurrah ! hurrah !Toutes les portes sont ouvertes,Hurrah ! SmarraPour nous qui sortons des eaux vertesEt qui venons du hallier noir !

Les hommes agitent les glaives,Le fouet, la chaîne, l'encensoir ;Nous, nous courons le long des grèvesEt nous sommes les oiseaux rêves.

Hurrah ! hurrah !Toutes les portes sont ouvertes,Hurrah ! Smarra !Pour nous qui sortons des eaux vertesEt qui venons du hallier noir !

Qu'on s'enferme ! qu'on se séquestre !Fermez la ville, et venez voir.Nous sommes dans la salle équestreAssis au fauteuil du bourgmestre !

Hurrah ! hurrah !Toutes les portes sont ouvertes,Hurrah ! Smarra !Pour nous qui sortons des eaux vertesEt qui venons du hallier noir !

Le sergent fait le pied de grue.— Qui va là ? — Vieux, fais ton devoir.Autour de sa tête bourrueNous tourbillonnons dans la rue.

Hurrah ! hurrah !Toutes les portes sont ouvertes,Hurrah ! Smarra !Pour nous qui sortons des eaux vertesEt qui venons du hallier noir !

La nuit sème ses perles d'ambre.Fermez le bouge et le manoir,A double tour ! c'est en décembre.Bon ! nous voilà dans votre chambre !

Hurrah ! hurrah !Toutes les portes sont ouvertes,Hurrah ! Smarra !Pour nous qui sortons des eaux vertesEt qui venons du hallier noir !

Blondes filles et vieillards chauves,Fermez vos rideaux, c'est le soir,Et maintenant, dans vos alcôves,Regardez luire nos yeux fauves !

Hurrah ! hurrah !Toutes les portes sont ouvertes,Hurrah ! Smarra !Pour nous qui sortons des eaux vertesEt qui venons du hallier noir !

Fermez vos yeux, dormez, profanes.Soyez votre propre éteignoir.Nos chauves-souris diaphanesBattent de l'aile sous vos crânes !

Hurrah ! hurrah !Toutes les portes sont ouvertes,Hurrah ! Smarra !Pour nous qui sortons des eaux vertesEt qui venons du hallier noir !

Nous soufflons la cendre et les flammes,L'amour, le deuil, la peur, l'espoir ;Fermez vos cœurs, hommes et femmes,Nous parlons dans l'ombre à vos âmes !

Hurrah ! hurrah !Toutes les portes sont ouvertes,Hurrah ! Smarra !Pour nous qui sortons des eaux vertesEt qui venons du hallier noir !

17 mars 1854.

Versification

Mètre
Octosyllabes et tétrasyllabes (52 de 8, 16 de 4)· profil 4, 8
Mots à la rime
a hurrah / Smarra masculine, non classiqueb ouvertes / vertes féminine, classiquec noir / l'encensoir masculine, classiquea glaives / grèves / rêves féminine, classiquec noir / voir masculine, classiquea séquestre / équestre / bourgmestre féminine, classiquec noir / devoir masculine, non classiquea grue / bourrue / rue féminine, classiquec noir / manoir masculine, classiquea d'ambre / décembre / chambre féminine, non classiquec noir / soir masculine, classiquea chauves / alcôves / fauves féminine, classiquec noir / éteignoir masculine, classiquea profanes / diaphanes / crânes féminine, classiquec noir / l'espoir masculine, classiquea flammes / femmes / âmes féminine, classiquec noir masculine, non classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 1.1

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

68 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1986· numérisation poesies.net· Sources