Toute la lyre, 1893· VII· XXIII Chansons
XVI. Le chant du vieux berger
Je suis vieux, mais, ô lauriers-roses,Ô lys, cela n'empêche pasToutes sortes de tendres choses,Toutes sortes de frais appas,
De s'épouser, rayons, haleines,Dans les champs pleins de douces voix,Et l'aube de dorer les plaines,Et l'oiseau de chanter au bois.
Les fleurs écoutent la promesseDu papillon ; la tiendra-t-il ?Est-ce une orgie, est-ce une messeQue ce radieux mois d'avril ?
Un vieux de plus dans la nature,Ce n'est que quelqu'un qui s'en va ;Toujours, à la sombre ouverture,Chérubin lui-même arriva.
Je suis vieux ; mais pourvu que j'aime,Je n'ai rien à me reprocherEt l'abeille ira tout de mêmeCajoler la fleur du pêcher.
Le vent fredonne, l'eau miroite,Le gai lapin sort du terrier ;La rose se tient toute droiteComme une fille à marier.
Des couples dans l'ombre s'effacent,Les grands chênes chassent le jour ;Que voulez-vous que les bois fassentSi ce n'est de cacher l'amour ?
Les nids ont l’arbre pour complice ;L'amour prend les cœurs à sa glu ;Il faut bien que tout s'accomplisseComme le bon Dieu l'a voulu.
Les feuilles sont les sœurs des ailes ;Un bosquet c'est une cloison ;Les bois sont complaisants aux belles,Et je trouve qu'ils ont raison.
Aimons ! c'est ce qu'avril préfère.Avec tous ses chiens sans colliersDiane indignée a beau faireUn bruit fauve au fond des halliers,
Cette grande vierge, farouche.Perd son temps contre les amants ;L'amour c'est la bouche, et la bouche,C'est l'éclair qui fait des serments ;
Qu'importe Diane et ses dogues !Chloé trouve Atys éloquent.Les bois aiment ces dialoguesQue ponctue un baiser fréquent.
La nature est l'immense alcôve ;Et c'est ainsi que tout se perd,Et c'est ainsi que tout se sauve ;Cupidon, c'est l'enfant expert ;
Il est subtil, il est superbe ;Vaste hymen providentiel !Les daims font l'idylle dans l'herbe,L'aigle fait l'épopée au ciel.
On entend des murmures d'âmes ;Toute l'ombre est un grand frisson ;Et je sais encor l'air, mesdames,Si je ne sais plus la chanson.
9 octobre.
Versification
- Forme
- 15 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 15(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 15 quatrains
- Mots à la rime
- a lauriers-roses / choses féminine, classiqueb pas / appas masculine, classiquea haleines / plaines féminine, classiqueb voix / bois masculine, classiquea promesse / messe féminine, classiqueb tiendra-t-il / d'avril masculine, classiquea nature / ouverture féminine, classiqueb va / arriva masculine, classiquea j'aime / même féminine, classiqueb reprocher / pêcher masculine, classiquea miroite / droite féminine, classiqueb terrier / marier masculine, classiquea s'effacent / fassent féminine, classiqueb jour / l'amour masculine, classiquea complice / s'accomplisse féminine, classiqueb glu / voulu masculine, classiquea ailes / belles féminine, classiqueb cloison / raison masculine, classiquea préfère / faire féminine, classiqueb colliers / halliers masculine, classiquea farouche / bouche féminine, classiqueb amants / serments masculine, classiquea dogues / dialogues féminine, classiqueb éloquent / fréquent masculine, classiquea alcôve / sauve féminine, classiqueb perd / expert masculine, classiquea superbe / l'herbe féminine, classiqueb providentiel / ciel masculine, classiquea d'âmes / mesdames féminine, classiqueb frisson / chanson masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1986· numérisation poesies.net· Sources