Toute la lyre, 1893· III
I. Effets de réveil
On ouvre les yeux ; rien‖ ne remue ; on entendAu chevet de son lit‖ la montre palpitant ;La fenêtre livide‖ aux spectres est pareille ;On est gisant ainsi‖ qu'un mort. On se réveille,Pourquoi ? parce qu'on s'est‖ la veille réveilléAu même instant. Ainsi‖ qu'un rouage rouilléEt vieilli, mais exact,‖ l'âme a ses habitudes.Oh ! la nuit, c'est la plus‖ sombre des solitudes.L'heure apparaît, entrant,‖ sortant, comme un passeurD'ombres, et notre esprit‖ voit tout dans la noirceur ;Des pas sans but, des deuils‖ sans fin, des maux sans nombre.Le rêve qu'on avait‖ et qui tremblait dans l'ombre ;S'ajuste à la pensée‖ indistincte qu'on a.Tous les gouffres au bord‖ desquels nous amenaCe fantôme appelé‖ le Hasard, reparaissent ;Les mêmes visions‖ redoutables s'y dressent ;Ici le précipice,‖ ici l'écroulement,Ici la chute, ici‖ ce qui fuit, ce qui ment,Ce qui tue, et là-bas,‖ dans l'âpre transparence,Les vagues bras levés‖ de la pâle espérance.Comme on est triste ! on sent‖ l'inexprimable effroi ;On croit avoir le mur‖ du tombeau devant soi ;On médite, effaré‖ par les choses possibles ;Toute rive s'efface.‖ On voit les invisibles,Les absents, les manquants,‖ cette morte, ce mort,On leur tend les mains. Ombre‖ et songe ! On se rendort… —
Homme, debout ! voici‖ le jour, l'aube ravie,L'azur ; et qu'est-ce donc‖ qui rentre ? C'est la vie,C'est le cri du travail,‖ c'est le chant des oiseaux,C'est le rayonnement‖ des champs, des airs, des eaux ;La nuit traîne un linceul,‖ l'aurore agite un lange ;Tout ce qu'on vient de voir‖ spectre, on le revoit ange ;Du père qu'on vit mort‖ on voit l'enfant vivant ;Le monde reparaît,‖ clair comme auparavant ;On ne reconnaît plus‖ son âme ; elle était noire,Elle est blanche ; elle espère‖ et se remet à croire,À sourire, à vouloir ;‖ on a devant les yeuxUn éblouissement‖ doré, chantant, joyeux,On ne sait quel fouillis‖ charmant de lueurs roses ;Et tout l'homme est changé‖ parce qu'on voit les choses,Les hommes, Dieu, les cœurs,‖ les amours, le destin,À travers le vitrail‖ splendide du matin.
V. H. 14 septembre 1872.
Versification
- Forme
- 2 distiquess (distiques)
- Rimes
- 21((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 2 distiquess
- Mots à la rime
- a entend / palpitant masculine, classiqueb pareille / réveille féminine, classiquec réveillé / rouillé masculine, classiqued habitudes / solitudes féminine, classiquee passeur / noirceur masculine, classiquef nombre / l'ombre féminine, classiqueg a / amena masculine, classiqueh reparaissent / dressent féminine, classiquei l'écroulement / ment masculine, classiquej transparence / espérance féminine, classiquek effroi / soi masculine, classiquel possibles / invisibles féminine, classiquem mort / rendort masculine, classiquea ravie / vie féminine, classiqueb oiseaux / eaux masculine, classiquec lange / ange féminine, classiqued vivant / auparavant masculine, classiquee noire / croire féminine, classiquef yeux / joyeux masculine, classiqueg roses / choses féminine, classiqueh destin / matin masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
42 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1986· numérisation poesies.net· Sources