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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Toute la lyre, 1893· III

II. « Quand l'enfant nous regarde, on sent Dieu nous sonder »

Victor Hugo· 1 distiques, alexandrins, 66 vers

Quand l'enfant nous regarde,‖ on sent Dieu nous sonder.Quand il pleure, j'entends‖ le tonnerre gronder ;Car penser c'est entendre ;‖ et le visionnaireEst souvent averti‖ par un vague tonnerre.Quand ce petit être, humble‖ et pliant les genoux,Attache doucement‖ sa prunelle sur nous,Je ne sais pas pourquoi‖ je tremble ; quand cette âme,Qui n'est pas homme encore‖ et n'est, pas encor femme,En qui rien ne s'admire‖ et rien ne se repent,Sans sexe, sans passé‖ derrière elle rampant,Verse, à travers les cils‖ de sa rose paupière,Sa clarté dans laquelle‖ on sent de la prière,Sur nous les combattants,‖ les vaincus, les vainqueurs,Quand ce pur esprit semble,‖ interroger nos cœurs,Quand cet ignorant, plein‖ d'un jour que rien n'efface,A l'air de regarder‖ notre science en face,Et jette, dans cette ombre‖ où passe Adam banni,On ne sait quel rayon‖ de rêve et d'infini,On dirait, tant l'enfance‖ est ressemblante au temple ;Que la lumière, chose‖ étrange, nous contemple ;Toute la profondeur‖ du ciel est dans cet œil.Fût-on Christ ou Socrate,‖ eût-on droit à l'orgueil,On dit : laissez venir‖ à moi cette auréole !Comme on sent qu'il était‖ hier l'esprit qui vole !Comme on sent manquer l'aile‖ à ce petit pied blanc !Oh ! comme c'est débile‖ et frêle et chancelant !Comme on devine aux cris‖ de cette bouche, un songeDe paradis qui jusqu'‖en enfer se prolonge,Et que le doux enfant‖ ne veut pas voir finir !L'homme, ayant un passé,‖ craint pour cet avenir ;Que la vie apparaît‖ fatale ! Comme on penseÀ tant de peine avec‖ si peu de récompense !Oh ! comme on s'attendrit‖ sur ce nouveau venu !Lui cependant, qu'est-il,‖ ô vivants ? l'inconnu.Qu'a-t-il en lui ? l'énigme.‖ Et que porte-t-il ? l'âme.Il vit à peine ; il est‖ si chétif qu'il, réclameDu brin d'herbe ondoyant‖ aux vents, un point d'appui ;Parfois, lorsqu'il se tait,‖ on le croit presque enfui,Car on a peur que tout‖ ici-bas ne le blesse.Lui, que fait-il ? Il rit.‖ Fait d'ombre et de faiblesseEt de tout ce qui tremble,‖ il ne craint rien. Il estParmi nous le seul être‖ encor vierge et complet ;L'ange devient l'enfant‖ lorsqu'il se rapetisse ;Si toute pureté‖ contient toute justice,On ne rencontre — pas‖ l'enfant sans quelque effroi ;On sent qu'on est devant‖ un plus juste que soi ;C'est l'atome, le nain‖ souriant, le pygmée ;Et quand il passe, honneur,‖ gloire, éclat, renommée,Méditent ; on se dit‖ tout bas : Si je priais ?On rêve ; et les plus grands‖ sont les plus inquiets ;Sa haute exception‖ dans notre obscure sphère,C'est que n'ayant rien fait,‖ lui seul n'a pu mal faire ;Le monde est un mystère‖ inondé de clarté ;L'enfant est sous l'énigme‖ adorable abrité ;Toutes les vérités‖ couronnent, condenséesCe doux front qui n'a pas‖ encore de pensées ;On comprend que l'enfant,‖ ange de nos douleurs,Si petit ici-bas,‖ doit être grand ailleurs ;Il se traîne, il trébuche ;‖ il n'a dans l'attitude,Dans la voix, dans le geste,‖ aucune certitude ;Un souffle à qui la fleur‖ résiste fait ployerCet être à qui fait peur‖ le grillon du foyer ;L'œil hésite pendant‖ que la lèvre bégaie ;Dans ce naïf regard‖ que l'ignorance égaieL'étonnement avec‖ la grâce se confond,Et l’immense lueur étoilée est au fond.

Juin 1874.

Versification

Forme
1 distiques (distiques)
Rimes
33((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6−6
Strophes
1 distiques
Mots à la rime
a sonder / gronder masculine, classiqueb visionnaire / tonnerre féminine, classiquec genoux / nous masculine, classiqued âme / femme féminine, classiquee repent / rampant masculine, classiquef paupière / prière féminine, classiqueg vainqueurs / cœurs masculine, classiqueh n'efface / face féminine, classiquei banni / d'infini masculine, classiquej temple / contemple féminine, classiquek œil / l'orgueil masculine, classiquel auréole / vole féminine, classiquem blanc / chancelant masculine, classiquen songe / prolonge féminine, classiqueo finir / avenir masculine, classiquep pense / récompense féminine, classiqueq venu / l'inconnu masculine, classiquer l'âme / réclame féminine, classiques d'appui / enfui masculine, classiquet blesse / faiblesse féminine, classiqueu est / complet masculine, classiquev rapetisse / justice féminine, classiquew effroi / soi masculine, classiquex pygmée / renommée féminine, classiquey priais / inquiets masculine, classiquez sphère / faire féminine, classiquea clarté / abrité masculine, classiqueb condensées / pensées féminine, classiquec douleurs / ailleurs masculine, classiqued l'attitude / certitude féminine, classiquee ployer / foyer masculine, classiquef bégaie / égaie féminine, classiqueg confond / fond masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 2.3· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

66 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1986· numérisation poesies.net· Sources