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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Toute la lyre, 1893· V

XXXVII. « Je la revois, après vingt ans, l'île où Décembre »

Victor Hugo· 13 quatrains, octosyllabes et alexandrins, 52 vers

Je la revois, après‖ vingt ans, l'île où DécembreMe jeta, pâle naufragé.La voilà ! c'est bien elle.‖ Elle est comme une chambreOù rien encor n'est dérangé.

Oui, c'était bien ainsi‖ qu'elle était ; il me sembleQu'elle rit, et que j'aperçoisLe même oiseau qui fuit,‖ la même fleur qui tremble,La même aurore dans les bois ;

Il me semble revoir,‖ comme au fond d'un mirage,Les champs, les vergers, les fruits mûrs,Et dans le firmament‖ profond ; le même orage,Et la même herbe au pied des murs,

Et le même toit blanc‖ qui m'attend et qui m'aime,Et, par delà le flot grondeur,La même vision‖ d'un éden, dans la mêmeÉblouissante profondeur.

Oui, je la reconnais‖ cette grève enchantée,Comme alors elle m'apparut,Rive heureuse où l'on cherche‖ Acis et Galatée,Où l'on trouve Booz et Ruth ;

Car il n'est pas de plage,‖ ou de montagne, ou d'île,Parmi les abîmes amers,Mieux faite pour cacher‖ les roses de l'idylleSous la tragique horreur des mers.

Ciel ! océan ! c’était cette même nature,Gouffre de silence et de bruit,Ayant on ne sait quelle‖ insondable ouvertureSur la lumière et sur la nuit.

Oui, c'étaient ces hameaux,‖ oui, c'étaient ces rivages ;C'était ce même aspect mouvant,La même âcre senteur‖ des bruyères sauvages,Les mêmes tumultes du vent ;

C'était la même vague‖ arrachant aux décombresLes mêmes dentelles d'argent ;C'étaient les mêmes blocs‖ jetant les mêmes ombresAu même éternel flot changeant ;

C'étaient les mêmes caps‖ que l'onde ignore et ronge,Car l'âpre mer, pleine de deuils,Ne s'inquiète pas,‖ dans son effrayant songe,De la figure des écueils ;

C'était la même fuite‖ immense des nuées ;Sur ces monts, où Dieu vient tonner,Les mêmes cimes d'arbre,‖ en foule remuées,N'ont pas fini de frissonner ;

C'était le même souffle‖ ondoyant dans les seigles ;Je crois revoir sur l'humble préLes mêmes papillons‖ avec les mêmes aiglesSur l'océan démesuré ;

C'était le même flux‖ couvrant l'île d'écume,Comme un cheval blanchit le mors ;C'était le même azur,‖ c'était la même brume,Et combien vivaient, qui sont morts !

8 août 1872. En arrivant à Jersey.

Versification

Forme
13 quatrains (quatrains)
Rimes
13(abab)
Mètre
Octosyllabes et alexandrins (26 de 8, 26 de 12)· profil 8, 6+6
Strophes
13 quatrains
Mots à la rime
a Décembre / chambre féminine, classiqueb naufragé / dérangé masculine, classiquea semble / tremble féminine, classiqueb j'aperçois / bois masculine, classiquea mirage / orage féminine, classiqueb mûrs / murs masculine, classiquea m'aime / même féminine, classiqueb grondeur / profondeur masculine, classiquea enchantée / Galatée féminine, classiqueb m'apparut / Ruth masculine, classiquea d'île / l'idylle féminine, classiqueb amers / mers masculine, classiquea nature / ouverture féminine, classiqueb bruit / nuit masculine, classiquea rivages / sauvages féminine, classiqueb mouvant / vent masculine, classiquea décombres / ombres féminine, classiqueb d'argent / changeant masculine, classiquea ronge / songe féminine, classiqueb deuils / écueils masculine, classiquea nuées / remuées féminine, classiqueb tonner / frissonner masculine, classiquea seigles / aigles féminine, classiqueb pré / démesuré masculine, classiquea d'écume / brume féminine, classiqueb mors / morts masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

52 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1986· numérisation poesies.net· Sources