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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Toute la lyre, 1893· I

XXVI. « Les révolutions, ces grandes affranchies »

Victor Hugo· distiques, alexandrins, 388 vers

Les révolutions,‖ ces grandes affranchies,Sont farouches, étant‖ filles des monarchies.

Donc, quand le genre humain‖ voulut, enfin lassé,Entrer dans l'avenir‖ et sortir du passé,Il n'aperçut pas d'autre‖ ouverture que celleQui s'offrait, sous ce fer‖ où l'éclair étincelle,Entre ces deux poteaux,‖ chambranles effrayants.

Oui, c'est la seule issue,‖ hommes, troupeaux fuyants ;Sortez par ce sépulcre.‖ O mystère insondable !Hélas ! c'est du passé‖ la porte formidable !Entrez dans l'avenir‖ par ce pas sépulcral.C'est à travers le mal‖ qu'il faut sortir du mal.Le genre humain, pour fuir‖ de la sanglante ornière,Marche sur une tête‖ humaine, la dernière ;C'est avec de l'enfer‖ qu'il commence ses cieux ;Et l'homme en écrasant‖ le monstre est monstrueux.

Éruption des droits‖ de l'homme ! Sombres laves !Sortie exaspérée‖ et fauve des esclaves !Triste loi du reflux‖ qui ne peut dévier !Lugubre enfantement‖ du Vingt-et-un-Janvier !Tout un monde surgit,‖ tout un monde s'écroule ;Fiacre horrible qui passe‖ au milieu de la foule !Sacerdoce et Pouvoir‖ sont là ; que disent-ils ?Morne chuchotement‖ de ces deux noirs profils !Pendant qu'autour d'eux gronde,‖ éclate et se proclameLa révolte du peuple‖ et l'émeute de l'âme,Pendant que, sur la terre‖ et dans le firmament,On entend le funèbre‖ et double craquementDe l'ancien paradis‖ et de l'ancien royaume,Le roi spectre tout bas‖ parle au prêtre fantôme.

Qu'est-ce qu'il avait fait,‖ ce roi, ce condamné,Ce patient pensif‖ et pâle ? Il était né.Est-ce une injuste mort ?‖ Qui donc l'oserait dire ?C'est la punition ;‖ c'est aussi le martyre.Responsabilité‖ sombre de l'innocent !O révolutions !‖ l'idéal est en sang ;Le sublime est horrible‖ et l'horrible est sublime ;Et comment expliquer‖ ces aspects de l'abîme ?

Oh ! quels chocs de faisceaux,‖ de tribuns, de pavois !Je vois luire les fronts,‖ j'entends parler les voix ;La lumière est accrue‖ et l'ombre est agrandie ;Toute cette héroïque‖ et vaste tragédiePasse devant mes yeux‖ comme par tourbillons.

La Marseillaise dit :‖ Formez vos bataillons !Là-bas, dans un rayon‖ de gouffre et de colère,Le vieux bonnet damné‖ du forçat séculaireLuit au bout d'une pique,‖ étrange labarum.Ce n'est pas un sénat,‖ ce n'est pas un forum,C'est un tas de Titans‖ qui vient tout reconstruire ;Ces colosses hagards‖ se mettent à bruire ;Nuit, tourmente ; océan‖ épouvantable et beau !Chaque vague qui fuit‖ s'appelle Mirabeau,Robespierre, Brissot,‖ Guadet, Buzot, Barnave,Pétion… — Hébert salit‖ l'écume de sa bave.Et, submergé, saignant,‖ arraché, mort, épars,Le vieux dogme, partout,‖ noyé de toutes parts,Tombe, et tout le passé‖ s'en va dans la même onde.Danton parle ; il est plein‖ de la rumeur d'un monde ;C'est une idée et c'est‖ un homme ; il resplendit ;Il ébranle les cœurs‖ et les murs ; ce qu'il ditEst semblable au passage‖ orageux d'un quadrige ;Un torrent de parole‖ énorme qu'il dirige,Un verbe surhumain,‖ superbe, engloutissant,S'écroule de sa bouche‖ en tempête, et descendEt coule et se répand‖ sur la foule profonde ;Il bâtit ? non, il brise ;‖ il détruit ? non, il fonde.Pendant qu'il jette au vent‖ de l'avenir ses cris,Mêlés à la clameur‖ de vieux trônes proscrits,Le peuple voit passer‖ une roue inouïeDe tonnerre et d'éclairs‖ dont l'ombre est éblouie ;Il parle ; il est l'élu,‖ l'archange, l'envoyé !Et l'interrompra-t-on ?‖ qui l'ose est foudroyé.Qui pourrait lui barrer‖ la route ? qui ? personne.Tout ploie en l'écoutant,‖ tout s'émeut, tout frissonne,Tant ces discours, tombés‖ d'en haut, sont accablants,Tant l'âme est forte, et tant,‖ pour les hommes tremblants,Ces roulements du char‖ de l'esprit sont terribles !

Auprès des flamboyants‖ se dressent les horribles :Justiciers, punisseurs,‖ vengeurs, démons du bien.— Grâce ! encore un moment !‖ grâce ! — Ils répondent : Rien.

Entendez-vous Marat‖ qui hurle dans sa cave ?Sa morsure aux tyrans‖ s'en va baiser l'esclave.Il souffle la fureur,‖ les griefs acharnés,La vengeance, la mort,‖ la vie, aux déchaînésÀ plat ventre, grinçant‖ des dents, livide, oblique,Il travaille à l'immense‖ évasion publique ;Il perce l'épais mur‖ du bagne, et, dans son trou,Du grand cachot de l'ombre‖ il tire le verrou ;Il saisit l'ancien monde ;‖ il met à nu sa plaie ;Il le traîne de rue‖ en rue, il est la claie ;Il est en même temps‖ la huée ; il écrit ;Le vent d’orage emporte et sème son esprit,Une feuille, de fange‖ et d'aurore inondée,Espèce de guenille‖ horrible de l'idée ;Il dénonce, il délivre ;‖ il console, il maudit ;De la liberté sainte‖ il est l'âpre bandit ;Il agite l'antique‖ et monstrueuse chaîne,Hideux, faisant sonner‖ ce fer contre sa haine ;On voit autour de lui‖ des ossements humains.Charlotte, ayant le cœur‖ des ancêtres romains,Seule osera tenter‖ cet antre inabordable ;Il est le misérable,‖ il est le formidable ;Il est l'auguste infâme ;‖ il est le nain géant ;Il égorge, massacre,‖ extermine, en créant ;Un pauvre en deuil l'émeut,‖ un roi saignant le charme ;Sa fureur aime ; il verse‖ une effroyable larme ;Comme il pleure avec rage‖ au secours des souffrants !Il crie au mourant : Tue !‖ Il crie au volé : Prends !Il crie à l'opprimé :‖ Foule aux pieds ! broie ! accable !Doux pour une détresse‖ et pour l'autre implacable,Il fait à cette foule,‖ à cette nation,À ce peuple, un salut‖ d'extermination.Dur, mais grand ; front livide‖ entre les fronts célèbres !Ténébreux, il attaque‖ et poursuit les ténèbres.Cette chauve-souris‖ fait la guerre au corbeau.Prêtre imposteur du vrai,‖ difforme amant du beau,Il combat l'ombre avec‖ toutes les armes noires.Pierres, boue et crachats,‖ affronts, cris dérisoires,Hymnes à l'échafaud,‖ poignard, rire infernal,Il puise à pleines mains‖ dans l'affreux arsenal ;Cet homme peut toucher‖ à tout, hors à la foudre.

La meule doit broyer‖ si le moulin veut moudre ;Sur les versants divers‖ des abîmes penchants,Ceux qui paraissent bons,‖ ceux qui semblent méchants,Ébauchent en commun‖ la même délivrance ;Ils font le droit, ils font‖ le peuple, ils font la France.Qu'appelez-vous Bourbon,‖ majesté, roi, dauphin ?Toute chose dont sort‖ l'indigence, la faim,L'ignorance, le mal,‖ la guerre, l'homme brute,C'est fini, cela doit‖ s'en aller dans la chute ;C'est une tête. Eh bien,‖ le panier la reçoit.Ils marchent, détruisant‖ l'obstacle, quel qu'il soit ;Et c'est leur dogme à tous :‖ — Tuer quiconque tue.Ruine où l'ordre éclôt,‖ vit et se constitue !

C'est par excès d'amour‖ qu'ils abhorrent ; bontéDevient haine ; ils n'ont plus‖ de cœur que d'un côtéÀ force de songer‖ au sort des misérables,Et par miséricorde‖ ils sont inexorables.Pour eux ce blond dauphin,‖ c'est déjà tout un roi ;Qu'importe sa pâleur,‖ sa fièvre, son effroi ?Ils écoutent le triste‖ avenir qui sanglote ;L'enfant a dans leur main‖ la lourdeur d'un despote ;Ils l’écrasent — meurs donc ! — sous le trône natal.Ainsi tous les débris‖ du vieux monde fatal,Évêques mis aux fers,‖ rois traînés à la barre,Disparaissent, broyés‖ sous leur pitié barbare.Tigres compatissants !‖ formidables agneaux !Le sang que Danton verse‖ éclabousse VergniauxSous la Montagne ainsi‖ qu'aux pieds de la GirondeLe même avenir chante‖ et la même horreur gronde.

Oui, le droit se dressa‖ sur les codes bâtards ;Oui, l'on sentit, ainsi‖ qu'à tous les avatars,Le tressaillement sourd‖ du flanc des destinées,Quand, montant lentement‖ son escalier d'années,Le dix-huitième siècle‖ atteignit quatrevingt ;Encor treize, le nombre‖ étrange, et le jour vint.Alors, comme il arrive‖ à chaque phénomène,À chaque changement‖ d'âge de l'âme humaine,Comme lorsque Jésus‖ mourut au Golgotha,L'éternel sablier‖ des siècles s'arrêta,Laissant l'heure incomplète‖ et discontinuée ;L'œil profond des penseurs‖ plongea dans la nuée,Et l'on vit une main‖ qui retournait le temps.On comprit qu'on touchait‖ aux solennels instants,Que tout recommençait,‖ qu'on entrait dans la phase,Que le sommet allait‖ descendre sous la base,Que le nadir allait‖ devenir le zénith,Que le peuple montait‖ sur le roi qui finit !

Un blême crépuscule‖ apparut sur Sodome,Promesse menaçante ;‖ et le peuple, pauvre homme,Mendiant dont le vent‖ tordait le vil manteau,Forçat dans sa galère‖ ou juif dans son ghetto,Se leva, suspendit‖ sa plainte monotone,Et rit, et s'écria :‖ — Voici la grande automne !La saison vient. C'est mûr.‖ Un signe est dans les cieux.

La Révolution,‖ pressoir prodigieux,Commença le travail‖ de la vaste récolte,Et, des cœurs comprimés‖ exprimant la révolte,Broyant les rois caducs‖ debout depuis Clovis,Fit son œuvre suprême‖ et triste, et sous sa visToute l'Europe fut‖ comme une vigne sombre.Alors, dans le champ vague‖ et livide de l'ombre,Se répandit, fumant,‖ on ne sait quel flot noir,O terreur ! et l'on vit,‖ sous l'effrayant pressoir,Naître de la lumière‖ à travers d'affreux voiles,Et jaillir et couler‖ du sang et des étoiles ;On vit le vieux sapin‖ des trônes ruisseler,Tandis qu'on entendait‖ tout le passé râler,Et, le front radieux,‖ la main rouge et fangeuse,Chanter la Liberté,‖ la grande vendangeuse.

Jours du peuple cyclope‖ et de l'esprit titan !Vie et trépas tournant‖ le même cabestan !Temps splendide et fatal,‖ qui mêle en sa fournaiseAu cri d'un Josaphat‖ l'hymne d'une Genèse !Quiconque t'osera‖ regarder fixement,Convention, cratère,‖ Etna, gouffre fumant,Quiconque plongera‖ la fourche dans ta braise,Quiconque sondera‖ ce puits : Quatrevingt-treize,Sentira se cabrer‖ et s'enfuir son esprit.

Quand Moïse vit Dieu,‖ le vertige le prit ;Et moi, devant l'histoire‖ aux horizons sans nombre,Je tremble, et j'ai le même‖ éblouissement sombre,Car c'est voir Dieu que voir‖ les grandes lois du sort.

Non, le glaive, la mort‖ répondant à la mort,Non, ce n'est pas la fin.‖ Jette plus bas la sonde,Mon esprit. Ce serait‖ l'étonnement du mondeEt la déception‖ des hommes qu'un progrèsN'apparût qu'en laissant‖ aux justes des regrets,Que l'ombre attristât l'aube‖ à se lever si lente,Et que, pour le toucher‖ avec sa main sanglanteLe temps de lui céder‖ la place et le chemin,Toujours l'affreux hier‖ ensanglantât demain !Non, ce n'est pas la fin.‖ Non, il n'est pas possible,Dieu, que toute ta loi‖ soit de changer de cible,Et de faire passer‖ le meurtre et le forfaitDes mains des rois aux mains‖ du peuple stupéfait.Le peuple ne veut pas‖ de ce morne héritage.Que serait donc l'effort‖ de l'homme si le sageN'avait à constater‖ qu'un résultat si vain,Le choc du droit humain‖ contre le droit divin !Et s'il n'apercevait‖ que cette lueur troubleQuand il écoute au fond‖ de l'ombre la voix double,Le passé, l'avenir,‖ la matière, l'esprit,La voix du peuple Enfer,‖ la voix du peuple Christ !

C'est vrai, l'histoire est sombre.‖ Ô rois ! hommes tragiques !Démences du pouvoir‖ sans limites ! logiquesDe l'épée et du sceptre,‖ exterminant, broyant,Allant à travers tout‖ à leur but effrayant !Oh ! la toute-puissance‖ a Caïn pour ancêtre.Rien qu'à voir par éclairs‖ les siècles apparaître,Quels règnes inouïs !‖ que d'étranges lueurs !Voici les idiots‖ à côté des tueurs.Zam, s'éveillant trop tard,‖ met l'aurore à l'amende ;Claude égorge sa femme‖ et puis la redemande ;Bajazet veut lier‖ les vents à des poteaux ;Xercès fouette la mer,‖ Phur crache sur l'Athos ;Pillage, trahison,‖ vol, parjure, homicide ;Ici le parricide‖ et là l'infanticide ;Pères dénaturés,‖ fils en rébellion ;Octave usurpe, opprime,‖ égorge, et dans LyonSoixante nations‖ lui bâtissent un temple ;La Flandre est un bûcher‖ que Philippe contemple ;Léon dix en riant‖ étrangle un cardinal ;Maxence après Galère‖ apparaît infernal ;Voilà Sanche, abruti‖ d'ivresses funéraires ;Celui-ci, Mahomet,‖ tua ses dix-neuf frères ;Après avoir frappé‖ son père, ManfrediS'assied dessus jusqu'à‖ ce qu'il soit refroidi ;Les Transtamares font‖ revivre les Orestes ;Achab fait ramasser‖ sous sa table ses restesPar des hommes sans mains,‖ sans pieds, sans dents, sans yeux ;Caïus triomphe avec‖ du sang jusqu'aux essieux ;Richard d'York étouffe‖ Édouard cinq ; RamireLe Mauvais est mauvais,‖ mais Jean le Bon est pire ;Sélim, tout effaré‖ de débauche et d'encens,Court dans Stamboul, perçant‖ de flèches les passants ;Zeb plante une forêt‖ de gibets à Nicée ;Christiern fait tous les jours‖ arroser d'eau glacéeDes captifs enchaînés‖ nus dans des souterrains ;Galéas Visconti,‖ les bras liés aux reins,Râle, étreint par les nœuds‖ de la corde que SforcePasse dans les œillets‖ de sa veste de force ;Cosme, à l'heure où midi‖ change en brasier le ciel,Fait lécher par un bouc son père enduit de miel ;Soliman met Tauris‖ en feu pour se distraire ;Alonze, furieux‖ qu'on allaite son frère,Coupe le bout des seins d’Urraque avec ses dents ;Vlad regarde mourir‖ ses neveux prétendantsEt rit de voir le pal‖ leur sortir par la bouche ;Borgia communie ;‖ Abbas, maçon farouche,Fait avec de la brique‖ et des hommes vivantsD'épouvantables tours‖ qui hurlent dans les vents ;Là, le sceptre vandale,‖ ici la loi burgonde ;Cléopâtre renaît‖ pire dans Frédégonde ;Ivan est sur Moscou,‖ Carlos est sur Madrid ;Sous cet autre, Louis‖ dit le Grand, on ouvritLes mères pour tuer‖ leurs enfants dans leurs ventres.Mais où sont donc les loups !‖ Oh ! les antres ! les antres !La jungle où les boas‖ glissent, fangeux et froids !Est-ce du sang qui coule‖ aux veines de ces rois ?Ont-ils des cœurs aussi ?‖ Sont-ils ce que nous sommes ?Cieux profonds ! Oh ! plutôt‖ que l'aspect de ces hommes,La rencontre du tigre,‖ et, plutôt que leur voix,Le sourd rugissement‖ des lions dans les bois !

Eh bien, vengeance donc !‖ mort ! malheur ! représailles !La torche aux Rhamséions,‖ aux Kremlins, aux Versailles !Qu'Ossa soit à son tour‖ broyé par Pélion !Au bourreau les bourreaux !‖ Justice ! talion !

Non ! Jamais d'échafauds !‖ C'est par d'autres répliquesQue doivent s'affirmer‖ les saintes républiques.Ce siècle, le plus grand‖ des siècles, l'a compris.Le jour où Février‖ se leva sur Paris,Il fit deux parts de l'œuvre‖ immense de nos pères,Et, grave, agenouillé‖ devant les grands mystères,Ne gardant que le droit,‖ rendit à Dieu la mort.Notre doigt n'est pas fait‖ pour presser le ressortDe ce fer monstrueux‖ qui tombe et se relève ;La liberté n'est pas‖ un outil de la Grève ;Elle s'emmanche mal‖ au couperet hideux ;Carrier, Le Bas, Hébert,‖ sont des Philippes deux ;Fouquier-Tinville touche‖ au duc d'Albe ; BarrèreVaut de Maistre, et Chaumette‖ a Bâville pour frère ;Marat, Couthon, Saint-Just,‖ d'où la vengeance sort,Servent la vie avec‖ les choses de la mort ;Ce qu'ils font est fatal ;‖ c'est toujours la vieille œuvre,Et l'on y sent le froid‖ de l'antique couleuvre.Non, le vrai ne doit point‖ avoir de repentirs ;Au nom de tous les morts‖ et de tous les martyrs,Non, jamais de vengeance !‖ et la vie est sacrée.L'aigle des temps nouveaux,‖ planant dans l'empyrée,Laisse le sang rouiller‖ le bec du vieux vautour ;Le peuple doit grandir ;‖ étant maître à son tour,Et c'est par la douceur‖ que la grandeur se prouve.Concorde ! Nos enfants‖ ne tettent plus la louve ;Notre avenir n'est plus‖ dans un antre, allaitéPar l'affreux ventre noir‖ de la fatalité.

Ce patient, traîné‖ dans un tombeau qui roule,Ces prunelles de tigre‖ éclatant dans la foule,Ce prêtre, ce bourreau,‖ tout ce groupe fatal,Ce tréteau, pilori‖ s'il n'est pas piédestal,Ce panier, cette fosse‖ infâme qui se creuse,Cette hache, c'était‖ de l'ombre malheureuse ;Cela cachait le ciel,‖ le vrai, l'astre éclipsé ;C'était du crépuscule‖ et c'était du passé ;Le peuple sent en lui‖ sa nouvelle âme éclore,Et ne veut rien du soir‖ et veut tout de l'aurore.Avançons. Le progrès,‖ c'est un besoin d'azur.

Certes, Danton fut grand ;‖ Robespierre était pur ;Jadis, broyant, malgré‖ les cris et les menaces,Les mâchoires de l'hydre‖ entre ses poings tenaces,Gladiateur géant‖ du cirque des fléaux,Ayant à déblayer‖ tout l'antique chaos,Ce grand Quatrevingt-treize‖ a fait ce qu'il dut faire ;Mais nous qui respirons‖ l'idéale atmosphère,Nous sommes d'autres cœurs ;‖ les temps fatals sont clos ;Notre siècle, au-dessus‖ du vieux niveau des flots,Au-dessus de la haine,‖ au-dessus de la crainte,Fait sa tâche ; il construit‖ la grande Babel sainte ;Dieu laisse cette fois‖ l'homme bâtir sa tour.

La république doit‖ s'affirmer par l'amour,Par l'entrelacement‖ des mains et des pensées,Par tous les lys s'ouvrant‖ à toutes les rosées,Par le beau, par le bon,‖ par le vrai, par le grand,Par le progrès debout,‖ vivant, marchant, flagrant,Par la matière à l'homme‖ enfin libre asservie,Par le sourire auguste‖ et calme de la vie,Par la fraternité‖ sur tous les seuils riant,Et par une blancheur‖ immense à l'orient.

Après le dix août‖ superbe, où dans la brumeSous le dernier éclair‖ le dernier trône fume,Après Louis, martyr‖ de son hérédité,Roi que brise la France‖ en mal de liberté,Après cette naissance,‖ après cette agonie,Toute l'œuvre tragique‖ et farouche est finie.L'ère d'apaisement‖ suit l'ère de terreur.Le droit n'a pas besoin‖ de se mettre en fureur,Et d'arriver les mains‖ pleines de violences,Et de jeter un glaive‖ au plateau des balances ;Il paraît, on tressaille ;‖ il marche, on dit : C'est Dieu.

Mort à la mort ! Au feu‖ la loi sanglante ! au feuLe vieux koran de fer,‖ l'affreux code implacableQui tord l'irrémissible‖ avec l'irrévocable,Qui frappe, qui se venge,‖ et qui se trompe ! À bas,Croix qui saisis Jésus‖ et lâches Barabbas !À bas, potence, avec‖ toutes tes branches noires !Fourche que Vouglans mêle‖ à ses réquisitoires,Solive épouvantable‖ où Tristan s'accouda,Machine de Tyburn‖ et de la Cebada,Démolis-toi toi-même,‖ et croule, mutilée,Avec le saint-office‖ et la chambre étoilée,Et tourne contre toi‖ la mort que tu contiens !Charpente que l'enfer‖ fait lécher à ses chiens,Va pourrir dans la terre‖ éternelle et divineQui ne te connaît point,‖ toi l'arbre sans racine,Qui t'exclut de la sève‖ et qui ne donne pasLa vie au bois féroce‖ où germe le trépas !Fuis, dissous-toi, perds-toi‖ dans la grande nature !Engins qu'ont maniés‖ le meurtre et la torture ;Ô monstrueux outils‖ de la tombe, assassins,Rappelez-vous les bons,‖ les innocents, les saints,Et demandez-vous-en‖ compte les uns aux autres !Tous les crimes du faible‖ ont pour source les vôtres.

Poutre, ébrèche la hache‖ et brise le couteau ;Hache, deviens cognée‖ et frappe le poteau,Frappe ; exterminez-vous,‖ ô ténébreux complices !Et tombe pêle-mêle,‖ ô forêt des supplices,Roue, échelle, garrot,‖ gibet, et glaive, et faulx,Sous le bras du progrès,‖ bûcheron d'échafauds !

Versification

Forme
Distiques
Rimes
194((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6−6
Mots à la rime
a affranchies / monarchies féminine, classiquea lassé / passé masculine, classiqueb celle / étincelle féminine, classiquec effrayants / fuyants masculine, classiqueb insondable / formidable féminine, classiquec sépulcral / mal masculine, classiqued ornière / dernière féminine, classiquee cieux / monstrueux masculine, classiquea laves / esclaves féminine, classiqueb dévier / Vingt-et-un-Janvier masculine, classiquec s'écroule / foule féminine, classiqued disent-ils / profils masculine, classiquee proclame / l'âme féminine, classiquef firmament / craquement masculine, classiqueg royaume / fantôme féminine, classiquea condamné / né masculine, classiqueb dire / martyre féminine, classiquec l'innocent / sang masculine, non classiqued sublime / l'abîme féminine, classiquea pavois / voix masculine, classiqueb agrandie / tragédie féminine, classiquec tourbillons / bataillons masculine, classiqueb colère / séculaire féminine, classiquec labarum / forum masculine, classiqued reconstruire / bruire féminine, classiquee beau / Mirabeau masculine, classiquef Barnave / bave féminine, classiqueg épars / parts masculine, classiqueh onde / monde féminine, classiquei resplendit / dit masculine, classiquej quadrige / dirige féminine, classiquek engloutissant / descend masculine, classiquel profonde / fonde féminine, classiquem cris / proscrits masculine, classiquen inouïe / éblouie féminine, classiqueo l'envoyé / foudroyé masculine, classiquep personne / frissonne féminine, classiqueq accablants / tremblants masculine, classiquer terribles / horribles féminine, classiqueb bien / Rien masculine, classiquea cave / l'esclave féminine, classiqueb acharnés / déchaînés masculine, classiquec oblique / publique féminine, classiqued trou / verrou masculine, classiquee plaie / claie féminine, classiquef écrit / esprit masculine, classiqueg inondée / l'idée féminine, classiqueh maudit / bandit masculine, classiquei chaîne / haine féminine, classiquej humains / romains masculine, classiquek inabordable / formidable féminine, classiquel géant / créant masculine, classiquem charme / larme féminine, classiquen souffrants / Prends masculine, classiqueo accable / implacable féminine, classiquep nation / d'extermination masculine, classiqueq célèbres / ténèbres féminine, classiquer corbeau / beau masculine, classiques noires / dérisoires féminine, classiquet infernal / arsenal masculine, classiqueu foudre / moudre féminine, classiqueb penchants / méchants masculine, classiquec délivrance / France féminine, classiqued dauphin / faim masculine, classiquee brute / chute féminine, classiquef reçoit / soit masculine, classiqueg tue / constitue féminine, classiquea bonté / côté masculine, classiqueb misérables / inexorables féminine, classiquec roi / effroi masculine, classiqued sanglote / despote féminine, classiquee natal / fatal masculine, classiquef barre / barbare féminine, classiqueg agneaux / Vergniaux masculine, classiqueh Gironde / gronde féminine, classiquea bâtards / avatars masculine, classiqueb destinées / d'années féminine, classiquec quatrevingt / vint masculine, classiqued phénomène / humaine féminine, classiquee Golgotha / s'arrêta masculine, classiquef discontinuée / nuée féminine, classiqueg temps / instants masculine, classiqueh phase / base féminine, classiquei zénith / finit masculine, classiquea Sodome / homme féminine, classiqueb manteau / ghetto masculine, classiquec monotone / automne féminine, classiqued cieux / prodigieux masculine, classiqueb récolte / révolte féminine, classiquec Clovis / vis masculine, classiqued sombre / l'ombre féminine, classiquee noir / pressoir masculine, classiquef voiles / étoiles féminine, classiqueg ruisseler / râler masculine, classiqueh fangeuse / vendangeuse féminine, classiquea titan / cabestan masculine, classiqueb fournaise / Genèse féminine, classiquec fixement / fumant masculine, classiqued braise / Quatrevingt-treize féminine, classiquee esprit / prit masculine, classiqueb nombre / sombre féminine, classiquec sort / mort masculine, classiqueb sonde / monde féminine, classiquec progrès / regrets masculine, classiqued lente / sanglante féminine, classiquee chemin / demain masculine, classiquef possible / cible féminine, classiqueg forfait / stupéfait masculine, classiqueh héritage / sage féminine, classiquei vain / divin masculine, classiquej trouble / double féminine, classiquek l'esprit / Christ masculine, classiquea tragiques / logiques féminine, classiqueb broyant / effrayant masculine, classiquec ancêtre / apparaître féminine, classiqued lueurs / tueurs masculine, classiquee l'amende / redemande féminine, classiquef poteaux / l'Athos masculine, classiqueg homicide / l'infanticide féminine, classiqueh rébellion / Lyon masculine, classiquei temple / contemple féminine, classiquej cardinal / infernal masculine, classiquek funéraires / frères féminine, classiquel Manfredi / refroidi masculine, classiquem Orestes / restes féminine, classiquen yeux / essieux masculine, classiqueo Ramire / pire féminine, classiquep d'encens / passants masculine, classiqueq Nicée / glacée féminine, classiquer souterrains / reins masculine, classiques Sforce / force féminine, classiquet ciel / miel masculine, classiqueu distraire / frère féminine, classiquev dents / prétendants masculine, classiquew bouche / farouche féminine, classiquex vivants / vents masculine, classiquey burgonde / Frédégonde féminine, classiquez Madrid / ouvrit masculine, classiquea ventres / antres féminine, classiqueb froids / rois masculine, classiquec sommes / hommes féminine, classiqued voix / bois masculine, classiquea représailles / Versailles féminine, classiqueb Pélion / talion masculine, classiquea répliques / républiques féminine, classiqueb compris / Paris masculine, classiquec pères / mystères féminine, classiqued mort / ressort masculine, classiquee relève / Grève féminine, classiquef hideux / deux masculine, classiqueg Barrère / frère féminine, classiquei œuvre / couleuvre féminine, classiquej repentirs / martyrs masculine, classiquek sacrée / l'empyrée féminine, classiquel vautour / tour masculine, classiquem prouve / louve féminine, classiquen allaité / fatalité masculine, classiquea roule / foule féminine, classiqueb fatal / piédestal masculine, classiquec creuse / malheureuse féminine, classiqued éclipsé / passé masculine, classiquee éclore / l'aurore féminine, classiquef d'azur / pur masculine, classiqueb menaces / tenaces féminine, classiquec fléaux / chaos masculine, classiqued faire / atmosphère féminine, classiquee clos / flots masculine, classiquef crainte / sainte féminine, classiqueg tour / l'amour masculine, classiqueb pensées / rosées féminine, classiquec grand / flagrant masculine, classiqued asservie / vie féminine, classiquee riant / l'orient masculine, classiquea brume / fume féminine, classiqueb hérédité / liberté masculine, classiquec agonie / finie féminine, classiqued terreur / fureur masculine, classiquee violences / balances féminine, classiquef Dieu / feu masculine, classiqueb implacable / l'irrévocable féminine, classiquec bas / Barabbas masculine, classiqued noires / réquisitoires féminine, classiquee s'accouda / Cebada masculine, classiquef mutilée / étoilée féminine, classiqueg contiens / chiens masculine, classiqueh divine / racine féminine, classiquei pas / trépas masculine, classiquej nature / torture féminine, classiquek assassins / saints masculine, classiquel autres / vôtres féminine, classiquea couteau / poteau masculine, classiqueb complices / supplices féminine, classiquec faulx / d'échafauds masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

388 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1986· numérisation poesies.net· Sources