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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Toute la lyre, 1893· II

XLIII. O rus

Victor Hugo· 9 sizains, alexandrins et hexasyllabes, 54 vers

Laissons les hommes noirs‖ bâcler dans leur étable.Des lois qui vont nous faire‖ un bien épouvantable ;Allons-nous-en aux bois ;Allons-nous-en chez Dieu,‖ dans les prés où l'on aime,Près des lacs où l'on rêve,‖ et ne sachons pas mêmeSi des gens font des lois !

Oh ! quand on peut s'enfuir‖ aux champs, dans le grand songe,Dans les fleurs, sous les cieux,‖ les hommes de mensonge,Prêtres, despotes, rois,Comme c’est peu de chose, et comme ces marouflesSont des fantômes vite‖ effacés dans les souffles,Les rayons et les voix !

Laissons-les s'acharner‖ à leur folle aventure.Enfants, allons-nous-en‖ là-haut, dans la nature.Mai dore le ravin,Tout rit, les papillons‖ et leur douce poursuitePassent, l'arbre est en fleur,‖ venez, prenons la fuiteDans cet oubli divin.

L'évanouissement‖ des soucis de la terreEst là ; les champs sont purs ;‖ là souriait Voltaire,Là songeait Diderot ;On se sent rassuré‖ par les parfums ; les rosesNous consolent, étant‖ ignorantes des chosesQue l'homme connaît trop.

Là, rien ne s’interrompt, rien ne finit d’éclore ;Le rosier respiré‖ par Ève embaume encoreNos deuils et nos amours ;Et la pervenche est plus‖ éternelle que Rome ;Car ce qui dure peu, monts et forêts, c’est l’homme ;Les fleurs durent toujours.

La Pyramide après trois mille ans est ridée,Le lys n'a pas un pli.‖ — Ni la fleur, ni l'idée,Ni le vrai, ni le beau,N'expirent ; Dieu refait‖ sans cesse leur jeunesse ;La mort c'est l'aube, et c'est‖ afin que tout renaisseQue Dieu fit le tombeau.

Ô splendeur ! ô douceur !‖ l'étendue infinieEst un balancement‖ d'amour et d'harmonie ;Contemplons à genoux ;Une voix sort du ciel‖ et dans nos fibres passe ;De là nos chants profonds ;‖ le rythme est dans l'espaceEt la lyre est en nous.

Venez, tous mes enfants,‖ tous mes amis ! les plaines,Les lacs, les bois n'ont point‖ de perfides haleinesEt de haineux reflux ;Venez ; soyons un groupe‖ errant dans la prairie,Qui va dans l'ombre avec‖ des mots de rêverieEt ne sait même plus,

Tant il sent vivre en lui‖ la nature immortelle,Si la Chambre a quitté‖ Pantin pour Bagatelle,Versailles pour Saint-Cloud,Et si le pape enfin‖ daigne rougir la jupeDu prêtre dont le nom‖ commence comme dupeEt finit comme loup.

27 mai 1875.

Versification

Forme
9 sizains (sizains)
Rimes
9(aabccb)
Mètre
Alexandrins et hexasyllabes (36 de 12, 18 de 6)· profil 6, 6+6
Strophes
9 sizains
Mots à la rime
a étable / épouvantable féminine, classiqueb bois / lois masculine, classiquec aime / même féminine, classiquea songe / mensonge féminine, classiqueb rois / voix masculine, classiquec maroufles / souffles féminine, classiquea aventure / nature féminine, classiqueb ravin / divin masculine, classiquec poursuite / fuite féminine, classiquea terre / Voltaire féminine, classiqueb Diderot / trop masculine, non classiquec roses / choses féminine, classiquea d’éclore / encore féminine, classiqueb amours / toujours masculine, classiquec Rome / l’homme féminine, classiquea ridée / l'idée féminine, classiqueb beau / tombeau masculine, classiquec jeunesse / renaisse féminine, classiquea infinie / d'harmonie féminine, classiqueb genoux / nous masculine, classiquec passe / l'espace féminine, classiquea plaines / haleines féminine, classiqueb reflux / plus masculine, classiquec prairie / rêverie féminine, classiquea immortelle / Bagatelle féminine, classiqueb Saint-Cloud / loup masculine, non classiquec jupe / dupe féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.4

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

54 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1986· numérisation poesies.net· Sources