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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Toute la lyre, 1893· III

L. « Prends-tu l'humanité pour la cause finale  »

Victor Hugo· 1 distiques, alexandrins, 52 vers

Prends-tu l'humanité‖ pour la cause finale ?Crois-tu que cette sombre‖ aïeule virginale,Toute jeune et portant‖ les siècles sur son front,Qui fait tomber l'encens‖ des fleurs, les fruits du tronc,Des feuilles la fraîcheur,‖ de l'écorce la gomme,La nature sacrée‖ est servante chez l'homme,Qu'elle l'adore, prend‖ ses ordres, suit ses pas,Fait les quatre saisons‖ pour ses quatre repas,Et n'a pour fonction,‖ toute à ce maître étrange,Que de bercer le lit‖ de cette âme qui mange,De ce cœur compliqué‖ d'un ventre, et le hamacDe cet esprit sublime‖ orné d'un estomac,Qui suce et boit du sang‖ en rêvant des doctrines,Et qui s'emplit à l'auge‖ et se vide aux latrines ?Crois-tu que l'ache verte‖ en poussant ait pour butDe préserver ta bouche‖ et tes dents du scorbut ?Crois-tu que la montagne,‖ où Dieu laissa ses traces,N'a d'autre utilité‖ que d'être, quand tu chasses,L'écho des voix ; des cris,‖ des cors et des abois ?Crois-tu que lé, croissant,‖ lampe oblique des bois,Qui lorsque le bandit‖ sent le sbire à ses trousses,Se cache à point derrière‖ un tas de branches rousses,Égarant la patrouille‖ avec le caporal,Soit du rôdeur de nuit‖ le complice moral ?Crois-tu que l'aquilon‖ soit le garçon de salleQui vient te balayer‖ l'azur quand il est sale ?Que l'eau pense à l'usine‖ en courant au ravin ?Penses-tu que ce soit‖ pour te sucrer ton vinQue la comète va‖ chez toi, sombre évadée ?Dis-tu, quand tes pavés‖ sont lavés par l'ondée :Bien, bon Dieu ! la besogne‖ est faite ce matin !Crois-tu que dans un ciel‖ perdu, gouffre lointainQui sent ; au froid rayon‖ du soleil qui l'éclaire,Se mêler l'effrayante‖ attraction stellaire,Dans un ciel où jamais‖ un ange ne vola,Une planète morne,‖ et fatale, au delàD'Uranus qui lui-même‖ est plus loin que Saturne,Se traîne, obscure ; sourde,‖ âpre, à jamais nocturne,Traçant dans l'être, au fond‖ d'un blême tourbillon,Presque hors de la vie‖ un lugubre sillon ;Et que cette planète‖ épouvantable râle,Et que ce monde triste‖ autour du soleil pâleQu'à travers la distance‖ il peut à peine voir,Accomplisse, tournant‖ comme un chariot noir,Une sinistre année,‖ égale à cent des vôtres ;Et que, monstre, géant‖ des globes, loin des autres,Il traverse à jamais,‖ seul dans un sombre bruit,Un ouragan d'hiver,‖ d'épouvante et de nuit,Et soit énorme, et soit‖ funeste, et soit horrible,Et montre à l'ombre immense‖ une face terrible,Pour faire, en votre bouge‖ et dans votre terrier,Donner la croix d'honneur‖ à monsieur Leverrier ?

Versification

Forme
1 distiques (distiques)
Rimes
26((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
1 distiques
Mots à la rime
a finale / virginale féminine, classiqueb front / tronc masculine, classiquec gomme / l'homme féminine, classiqued pas / repas masculine, classiquee étrange / mange féminine, classiquef hamac / estomac masculine, classiqueg doctrines / latrines féminine, classiqueh but / scorbut masculine, classiquei traces / chasses féminine, classiquej abois / bois masculine, classiquek trousses / rousses féminine, classiquel caporal / moral masculine, classiquem salle / sale féminine, classiquen ravin / vin masculine, classiqueo évadée / l'ondée féminine, classiquep matin / lointain masculine, classiqueq l'éclaire / stellaire féminine, classiquer vola / delà masculine, classiques Saturne / nocturne féminine, classiquet tourbillon / sillon masculine, classiqueu râle / pâle féminine, classiquev voir / noir masculine, classiquew vôtres / autres féminine, classiquex bruit / nuit masculine, classiquey horrible / terrible féminine, classiquez terrier / Leverrier masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.9· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

52 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1986· numérisation poesies.net· Sources