Toute la lyre, 1893· La corde d’airain
XXII. Rentrée dans la solitude
Ô ses amis d'hier,‖ pas d'aujourd'hui, qu'il trouveLa prudence pour vous‖ bonne, et qu'il vous approuve,Cela doit vous suffire.‖ Il dit : Reniez-moi,Et sourit. Il poursuit‖ sa route sans émoi ;Il faut bien que le cœur‖ des hommes se révèle.Croyez-vous que ce soit‖ une chose nouvellePour lui qui reste droit‖ lorsqu'on est à genoux,De tenir tête aux sots,‖ aux furieux, à vous ?Quand Bonaparte était‖ le maître de la terre,Devant ce tout-puissant‖ il fut le solitaire.Braver, lutter, souffrir,‖ ne sont-ce pas ses mœurs ?N'a-t-il pas l'habitude‖ ancienne des clameurs ?N'a-t-il pas ; du sommet‖ d'un roc dans les nuées,Vu vingt ans à ses pieds‖ écumer les huées ?Vingt ans, couronne au front,‖ l'empire n'a-t-il pointA cet homme pensif,‖ d'en bas montré le poing ?Il avait l'œil hagard‖ des antiques prophètes.Alors comme aujourd'hui‖ c'était un fou. Donc, faites.Adieu. Ce qu'il promit,‖ il le tient maintenant,Et c'est trop fort, il est‖ fidèle, il est gênant.Reniez-le. Tournez‖ du côté de l'injure ;Tout doit finir. La vie‖ est-elle une gageure ?L'entêtement d'un seul‖ est un reproche à tous.Le devoir des lions‖ est de vieillir toutous ;Les vents époumonés‖ ont dégonflé leur outre.Pourquoi s'obstine-t-il,‖ cet homme ? Passons outre.
C'est bien. Il reste seul.‖ L'ombre est devant ses pas,Il connaît le désert‖ et ne s'en émeut pas.Il s'évanouira‖ de nouveau dans l'abîme.Soit. Mais, toutes les fois‖ que pour commettre un crimeLes ennemis publics‖ se feront signe entre eux,Peuple, toutes les fois‖ qu'un homme désastreuxDressera contre toi‖ quelque embûche à sa guise,Toutes les fois qu'un bruit‖ de couteau qu'on aiguiseSe mêlera sinistre‖ au tumulte confusDes noirs événements‖ pareils aux bois touffus,Chaque fois qu'un vaisseau‖ partira pour Cayenne,Chaque fois que Paris,‖ la ville citoyenne,Sera livrée au sabre,‖ et que la libertéSentira quelque pointe‖ infâme à son côté,Chaque fois que des pas‖ tortueux et funèbresMarcheront vers un but‖ obscur dans les ténèbres,Alors, dans la nuit lâche‖ où s'éclipsent les lois,On entendra gronder‖ une lointaine voix,On verra tout à coup‖ un fantôme apparaître,Et les hommes distraits‖ reconnaîtront peut-êtreCette ombre à sa tristesse‖ au fond du firmament,Et cette conscience‖ à son rugissement.
Vianden, juin 1871.
Versification
- Forme
- 2 distiquess (distiques)
- Rimes
- 24((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 2 distiquess
- Mots à la rime
- a trouve / approuve féminine, classiqueb Reniez-moi / émoi masculine, classiquec révèle / nouvelle féminine, classiqued genoux / vous masculine, classiquee terre / solitaire féminine, classiquef mœurs / clameurs masculine, classiqueg nuées / huées féminine, classiqueh point / poing masculine, non classiquei prophètes / faites féminine, classiquej maintenant / gênant masculine, classiquek l'injure / gageure féminine, classiquel tous / toutous masculine, classiquem outre féminine, classiquea pas masculine, classiqueb l'abîme / crime féminine, classiquec eux / désastreux masculine, classiqued guise / aiguise féminine, classiquee confus / touffus masculine, classiquef Cayenne / citoyenne féminine, classiqueg liberté / côté masculine, classiqueh funèbres / ténèbres féminine, classiquei lois / voix masculine, classiquej apparaître / peut-être féminine, classiquek firmament / rugissement masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.2
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1986· numérisation poesies.net· Sources