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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Vers, 1894· Troisième partie

« Je suis dans un pré où coule l'eau froide dans l'herbe »

Francis Jammes· alexandrins surtout, 91 vers

I

1

Je suis dans un pré‖ où coule l'eau froide dans l'herbe,Le long des cerisiers,‖ sur des joncs, des cailloux.Les filles mettront les‖ fleurs du pré vert en gerbesPour la procession‖ quand le temps sera doux :Les fleurs qu'on appelle bouquets‖ faits, les joncs roses.Les jeunes filles‖ seront en blanc et, le soir,La procession jonchera‖ le reposoirEt le curé dira‖ de bien, bien belles choses.

2

Il élèvera le‖ Saint-Sacrement doréEt les larmes viendront‖ aux yeux — ô gloire, gloire,Gloire à Dieu, dira-t-on,‖ que son nom soit sacré,Il est le Dieu puissant,‖ le Dieu de la victoire !Les encensoirs‖ fumeront et les fleurs en l'airSe mêleront ; les‖ filles feront leur voix aiguë,Et la procession‖ reviendra dans la rueVers quatre heures, quand le‖ soir est encore clair.

3

Les ronces pendent dans‖ le chemin, le vent passeDans les feuilles transparentes des peupliers,Et dans le lavoir jaune‖ il y a des laveuses,Et souvent des linges à côté sont pliés.Les canards, les poussins‖ jaunes sont dans la boue,Les grillons chantent dans‖ la haie, les moucheronsAu-dessus de l'eau volent en‖ faisant des ronds.Les frelons volent et‖ les petits enfants jouent.

4

Le ciel est bleu.‖ Les herbes près de l'eau sont bleues,Et au soleil‖ les maisons en chaux sont plus blanches,Et les paysans suivent‖ à long pas les bœufsEt derrière la herse qui‖ racle ils se penchent.Le vent souffle tout doucement‖ sur le blé vert,Mais je passe ennuyé‖ devant toutes ces chosesEt sur les ajoncs qui‖ piquent près des jardinsEt près des fermes bien fraîches où aboient les chiens,Sur le farouche rouge‖ et sur le trèfle rose.

5

Bien que je m'ennuie, moi,‖ je veux retourner làQuand je serai malade‖ encore, voir des bûchesDans les vieux jardins et‖ secouer des lilasPour faire pleuvoir les‖ hannetons, boire aux cruchesSur l'évier frais, dans la‖ cuisine qui sent fort,Et rester seul avec‖ moi d'un air doux et tristeEt puis me promener‖ seul sans aller trop vite.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

6

Les nuages sont blancs,‖ la terre grise est tiède.Devant la ferme‖ l'évier frais sue en dehors ;Cet évier est‖ une pierre usée qui est froideMême à midi, quand tout‖ est chaud et que tout dort.Les lézards courent sur‖ les briques des muraillesDont les ongles peuvent enlever des morceaux.Il fait chaud, il fait chaud,‖ il fait chaud, il fait chaud,Et l'on s'égratigne les jambes‖ aux broussailles.

7

La terre se fendille‖ et nous avons étéCueillir de la mousse pour une‖ croix de tombe ;Elle était jaune‖ et sèche et j'ai grattéPour l'arracher ; sur des‖ flaques d'eau jaune tombentDes feuilles, et au fond‖ il y a des têtards.Dans les prés il y a‖ des fleurs fines qui bougent ;Les pies viennent en criant sur les chênes ronds,Et sitôt que quelqu'un‖ arrive, elles s'en vont.Vers sept heures tout le‖ fond du ciel est très rouge.

8

Il y a sur la place‖ un soleil chaud et blanc.Sur la place on entend‖ des marteaux qui résonnentDans la forge noire et‖ rouge : un retombement.Les poulets piquent le‖ grain dans la paille jaune.L'herbe a poussé‖ entre les pavés près des bancsOù sont des femmes qui‖ causent et qui s'arrêtentDe bavarder‖ pour regarder passer les gens.On dirait que les coqs‖ ont du sang à la crête.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

II

1

Il y a des roses‖ sur le mur où il a plu ;Et dans la haie aussi‖ et les feuilles sont molles.Ce matin il y a‖ du brouillard gris, et plusOn regarde loin, il‖ est épais. Il se poseSur le coteau au haut‖ des feuilles des pins noirs ;Il fait un peu frais, mais‖ pas trop. Je viens de voirDes laitières près du‖ mur mouillé plein de roses.

2

Sur la route il y‖ a un peuplier écorcéDont le bois blanc est un‖ peu jauni par la pluie ;J'avais les doigts froids pour‖ les y avoir passés.L'osier mouillé qui tient‖ les portes des champs crie ;Le foin du pré‖ est couché ; dans la haie on voitDes branches noires de‖ bois sec pleines de gouttes ;Une pie est posée‖ sur le bord de la route,La pluie coule de‖ la paille des chars et des toits.

3

Le temps est gris,‖ sans nuages : les hirondellesPoussent des cris dans le‖ ciel gris, humide et froidEt elles font des croix‖ noires avec leurs ailes.Leur cri est aigu et‖ long au-dessus des toitsD'où la fumée‖ sort doucement des briques rouges.L'intérieur des‖ mansardes est noir et profond,Et l'on ne peut pas voir‖ ce qu'il y a au fond.Il commence à pleuvoir‖ un peu à grosses gouttes.

1889.

Versification

Mètre
Alexandrins surtout (80 de 12, 7 de 13, 1 de 10)· profil 4+6, 6÷6, 5÷8

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

91 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vers, Paris, Paul Ollendorff, 1894· numérisation poesies.net· Sources