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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les minutes de sable mémorial, 1894

Berceuse

DU MORT POUR S’ENDORMIR

Alfred Jarry· distiques, octosyllabes surtout, 58 vers

Le grand portrait pendu au mur,solaire sous sa tente obscure,

dans les plis du fantôme blancqui me couve hausse son front lent.

O que pâle est mon front lunairesous les étoiles septénaires !

Le portrait de mon front murala sucé tout mon sang qui râle.

Le vampire hume dans mon couet mes artères des airs fous,

cependant que les araignéestrottent de mes mains décharnées

avec leurs toiles de velours,bagues où s'empêtrent mes doigts lourds.

Qui donc a caché sous ma glotteun pipeau moisi de hulotte,

m'empêchant d'ouïr les navettestisser de mes cierges squelettes ?

A leur pointe des papillonsont des élytres de grillons

et s'en vont voler sur les fleursde la tenture de pâleurs.

Leurs ailes jaunes sont des tuilesdont on bat les cartes mobiles ;

et du plafond qui dort très calme,du plafond plat tombent des lames…

Puissent mes os rester intactsdans leur fourreau de chair compacte,

rester intacts jusques à l'heureoù se débat le corps qui meurt,

où la peau fait comme une vitretransparente à l'âme, et se vitre

l'œil de méduse à tentacules…Des poulpes noirs autour circulent,

faisant des ronds avec leurs mainspour figurer les lendemains.

Le cierge hausse son cœur qui pleurede clepsydre me comptant l'heure ;

cependant que des Absalonsindifférents des rideaux longs

larmoient les pieds mous dans le vague.Voici qu'une petite vague

mousseuse aux oreilles de lièvreou d'escargot vient sur mes lèvres,

et que mes narines de vœuxont respiré des pastels bleus.

De mes genoux que le poids gonflese dégrafent mes pesants ongles :

très doucement je me dépliecomme un habit dans mon grand lit,

dont on verrait flotter les manchesau vent des cloches des dimanches.

Les sonneurs de leurs bras très lasabattront des cloches des glas…

Je vois leurs cloches sous les nuesbâiller des langues inconnues…

Dans le ciel où le jour s'effaceSplendit voilée la Sainte-Face…

Versification

Forme
Distiques
Rimes
29(aa)
Mètre
Octosyllabes surtout (54 de 8, 4 de 9)· profil 8, 9
Strophes
29 distiques
Mots à la rime
a mur / obscure mixte, classiquea blanc / lent masculine, mixtea lunaire / septénaires féminine, classiquea mural / râle mixte, classiquea cou / fous masculine, non classiquea araignées / décharnées féminine, mixtea velours / lourds masculine, non classiquea glotte / hulotte féminine, classiquea navettes / squelettes féminine, classiquea papillons / grillons masculine, classiquea fleurs / pâleurs masculine, classiquea tuiles / mobiles féminine, classiquea calme / lames féminine, classiquea intacts / compacte masculine, classiquea l'heure / meurt mixte, classiquea vitre féminine, assonantea tentacules / circulent féminine, assonantea mains / lendemains masculine, mixtea pleure / l'heure féminine, classiquea Absalons / longs masculine, non classiquea vague féminine, classiquea lièvre / lèvres féminine, classiquea vœux / bleus masculine, classiquea gonfle / ongles féminine, classiquea déplie / lit mixte, classiquea manches / dimanches féminine, non classiquea las / glas masculine, classiquea nues / inconnues féminine, assonantea s'efface / Sainte-Face féminine, mixte
Richesse
extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 5.9

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

58 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les minutes de sable mémorial ; suivies de césar-antéchrist, Paris, FASQUELLE ÉDITEURS, 1932· numérisation gallica.bnf.fr· Sources