Les minutes de sable mémorial, 1894
La régularité de la châsse
I
Châsse claire où s'endort‖ mon amour chaste et cher,Je m'abrite en ton ombre‖ infinie et charmante,Sur le sol des tombeaux‖ où la terre est la chair…Mais sur ton corps frileux‖ tu ramènes ta mante.
Rêve ! rêve et repose !‖ Écoute, bruit berceur,Voler vers le ciel vain‖ les voix vagues des vierges.Elles n'ont point filé‖ le linceul de leur soeur.Croissez, ô doigts de cire‖ et blêmissants des cierges,
Main maigrie et maudite‖ où menace la mort !O Temps n'épanche plus‖ l'urne des campanulesEn gouttes lourdes. Hors‖ de la flamme qui mordNait une nef noyée‖ en des nuits noires, nulles ;
Puis les piliers polis‖ poussent comme des pins,Et les torchères sont‖ des poings de parricides.Et la flamme peureuse‖ oscille aux vitraux peintsQui lancent à la nuit‖ leurs lames translucides…
L'orgue soupire et gronde‖ en sa trompe d'airainDes sons sinistres et‖ sourds, des voix comme cellesDes morts roulés sans trêve‖ au courant souterrain…Des sylphes font chanter‖ les clairs violoncelles.
C'est le bal de l'abîme‖ où l'amour est sans fin ;Et la danse vous noie‖ en sa houleuse alcôve.La bouche de la tombe‖ encore ouverte a faim ;Mais ma main mince mord‖ la mer de moire mauve…
Puis l'engourdissement‖ délicieux des soirsVient poser sur mon cou‖ son bras fort ; et m'effleurentLes lents vols sur les murs‖ lourds des longs voiles noirs…Seules les lampes d'or‖ ouvrent leurs yeux qui pleurent.
II
Prisdans l'eau calme de granit gris,nous voguons sur la‖ lagune dolente.Notre gondole et ses feux d'ordortlente.
Daisd'un ciel de cendre finlandaisoù vont se perdant‖ loin les mornes berges,n'obscurcis plus, blêmes fanaux,noscierges.
Nefdont l'avant tombe à pic et bref,abats tes mâts, tes‖ voiles, noires trames ;glisse sur les flots marcescentssansrames.
Puisdans l'air froid comme un fond de puitsl'orgue nous berçant‖ ouate sa fanfare.Le vitrail nous montre, écusson,sonphare.
Clair,un vol d'esprits flotte dans l'air :corps aériens‖ transparents, blancs linges,inquiétants regards dardésdessphinges.
Etle criblant d'un jeu de palet,fins disques, brillez‖ au toit gris des limbesmornes et des souvenirs feus,bleusnimbes…
Lagondole spectre que halala mort sous les ponts‖ de pierre en ogive,illuminant son bord brodédé-rive.
Mistout droits dans le fond, endormis,nous levons nos yeux‖ morts aux architraves,d'où les cloches nous versent leurspleursgraves.
Versification
- Mètre
- Vers de 12, 1, 8 et 10 syllabes (28 de 12, 24 de 1, 16 de 8, 8 de 10)· profil 1, 8, 5−5, 6+6
- Mots à la rime
- a cher / chair masculine, classiqueb charmante / mante féminine, classiquea berceur / soeur masculine, classiqueb vierges / cierges féminine, classiquea mort / mord masculine, classiqueb campanules / nulles féminine, classiquea pins / peints masculine, classiqueb parricides / translucides féminine, classiquea d'airain / souterrain masculine, classiqueb celles / violoncelles féminine, classiquea fin / faim masculine, classiqueb alcôve / mauve féminine, classiquea soirs / noirs masculine, classiqueb m'effleurent / pleurent féminine, classiquea Pris / gris masculine, classiqueb dolente / lente féminine, classiquec d'or / dort masculine, non classiquea Dais / finlandais masculine, classiqueb berges / cierges féminine, classiquec fanaux / nos masculine, classiquea Nef / bref masculine, classiqueb trames / rames féminine, classiquec marcescents / sans masculine, classiquea Puis / puits masculine, classiqueb fanfare / phare féminine, classiquec écusson / son masculine, classiquea Clair / l'air masculine, classiqueb linges / sphinges féminine, classiquec dardés / Et masculine, non classiqued des / palet masculine, classiquec limbes / nimbes féminine, non classiqued feus / bleus masculine, classiquea La / hala masculine, classiqueb ogive / rive féminine, classiquec brodé / dé masculine, classiquea Mis / endormis masculine, classiqueb architraves / graves féminine, classiquec leurs / pleurs masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.4
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
76 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les minutes de sable mémorial ; suivies de césar-antéchrist, Paris, FASQUELLE ÉDITEURS, 1932· numérisation gallica.bnf.fr· Sources